Gotainer, le loufolk singer

Il n’a pas la place qu’il mérite, ce chanteur étancheur de morosité. Dans le ciel dépressif de la chanson française, l'éclat des coups de Gotainer vient à manquer. Des éclairs de truculence à déchirer !

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Il n’a pas la place qu’il mérite, ce chanteur étancheur de morosité. Dans le ciel dépressif de la chanson française, l'éclat des coups de Gotainer vient à manquer. Des éclairs de truculence à déchirer !

Durant le confinement, il disait ses textes en vidéhome sweet homme et c'était plaisant.

Bien sûr,  à trop conjuguer pub avec tubes, du point de vue de la critique musicale, le chanteur a perdu de son statut d’artiste. On l’a pris pour un braqueur de banque, un fabriquant de tube long et creux (coucou à Boris Vian), et moins pour l’authentique saltimbranque des mots qu’il est. Pourtant, ce gars-là n’a rien d’un Séguéla. Il a passé 50 ans et n’a pas de Rolex (enfin, je crois…),  juste le mauvais rôle de l’auteur de ritournelles, chanteur marrant limite chanteur pour enfants.

Et pourtant…

Tout véritable amateur de chanson française aime à relire les lettres de Gotainer. Les décacheter avec affection dès que leur timbre si particulier a été repéré. De ces lettres, y en a une bonne liasse : des années à 80 jusqu’à aujourd’hui.

Gotainer a la verve turgescente. Il n’a pas besoin de beaucoup d’accords pour réussir une chanson. Son Primitif se contente de verbes dans leur simple habit d’infinitif. Moi être zinzin de ta fantaisie. Ses textes sont prétextes à déconnade, mais pas que… Le chanteur aurait-il trop oublié d’être sérieux avec ses rimes pour Face A et Face B facétieuses ? Un temps, ses cds n'étaient même plus disponibles à la vente. L'humour trublionne, le potache fait tache et prive du firmament de la chanson. Pauvre Richard Ghettoner.

Gotainer fait penser à Nougaro (qui fut honteusement chassé de sa maison de disques au milieu des années 80), joueur et ciseleur de mots. Pas de décalco, bien sûr, mais comme un lointain palindrome qui se prendrait pas au sérieux, un cousin câlin drôle. À l'inverse de l'ode nougaresque, ce n’est pas Cécile, sa fille, mais ce garçon qui jubile. Ses bulles ne sont peut-être pas de jazz, mais il y en a des tonnes dans les tripes musicales de ce chanteur qui pétille.

Certes, bien plus que le Toulousain, Gotainer est adepte de l’au-dessous de la ceinture musicale. Rabelaisien, quoi. C’est sans doute ce qui lui vaut, entre autres, l’étiquette chanteur-humoriste.  Un genre qui s’est développé ces dernières années et dont il peut, sans aucun problème, se montrer un digne représentant (pas un vieux papy ancêtre, hein !). C’est qui le plus culcul ? En tout cas, ça n'est pas lui. La preuve, il a fait du lourd et frappé 12 coups en version alexandrins dans sa pièce La Goutte au pépère (co-écrite avec eric Kristy).

(Tiens, au fait L’homme à l’auto fait penser au très bon Café d’Oldelaf.)

Non, faire rire ne le dérange pas, en revanche, ça le déhanche ! Ce n’est pas un sot qui sautille, mais un chanteur sympa adepte du sampa. Avec sa démarche élastique, il transforme ses apparitions en tableau de courbé.

C’est aussi un redoutable chanteur à bestiaire. Normal, chez Gotainer, la poilade est assurée. Beaucoup de ses meilleurs titres sentent l’animal : Le youki, le moustique, le chien toufoufou, Hep taxi, suivez ce papillon, voire l'animalesque béquillard des bois jusqu'à son heureuse version du Never smile at a crocodile du Peter Pan de Disney. Avec Rupture de stock comme une chanson sur l'eau qui fait école classe verte.

Et puis il y a Le Bonobo qui verse aussi dans une autre veine…

C’est que Gotainer est aussi un chanteur de l’amour, un crooner délirant. Richard Grocrooner malicieux. Il n’y a qu’à revoir son Primitif chanté en présence de Pauline Laffont dans un Collaro show mémorable…Alors que the Boss s’évertue à compter jusqu’à 4 (One, two, one two three four !), lui compte souvent jusqu’à Sex. Oh, discrètement, éroticoquinement. Ballade de l’obsédé, Quéquette Blues, Bonobo, Tout chez moi l’habite, Femmes à lunettes…Homo erectus et chaud latin lover (Tiens, sa reprise de J’veux du cuir d’Alain Souchon lui allait bien). La pudeur peut se nicher dans le mot "nichon".

Il y a aussi sa jolie chanson d'amour Ô vous.

C'est l'artiste des mots dits sur les mélodies de Claude Engel (et de quelques autres). Gotainer a sa place dans la chanson française. Il a sa généalogie de génies de la chanson qui n'attendent pas l'humour mais la servent magnifiquement : Bobby Lapointe, Georges Brassens, Henri Salavador, Jacques Dutronc, Nino Ferrer.

Gotainer ne nous fait pas pleurer (Gotainer go with a smile) il nous fait ses yeux de cocktail et c’est jubilant (allez jubilatoire). Gotainer, c'est un chanteur populaire, le roi du loufolk.

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