Disclose, un nouveau modèle pour l’investigation journalistique

A la fois média et ONG, Disclose souhaite enquêter en profondeur sur des sujets de société dissimulés ou délaissés. Financées par le don et relayées par des médias partenaires, dont Mediapart, les enquêtes de Disclose feront également appel à la collaboration de ses membres. Objectif : susciter un maximum d'impact dans le débat public.

Les lecteurs de Mediapart le savent bien, une information de qualité nécessite du temps et des moyens. Face à la crise de la presse, l’investigation journalistique est désormais un luxe que beaucoup de titres ne peuvent plus se permettre. Étouffé par les logiques de rentabilité, le manque d’effectifs et la concentration des médias, le fameux "quatrième pouvoir" se précarise, au détriment du débat démocratique.

De par le monde, un modèle tente d’apporter une réponse à ce problème : le média à but non lucratif. Soutenus par les dons de particuliers et par des financements de fondations attachées au progrès social, les médias à but non lucratif ont démontré leur utilité et leur efficacité.

Ils se nomment Propublica aux Etats-Unis, The bureau of investigative journalism en Angleterre, Correctiv en Allemagne ou encore l’Irpi en Italie. Ces organisations, sorte d’agences d’investigation journalistique, ont permis à leurs équipes d’enquêter en profondeur sur des sujets difficiles ou délaissés. On leur doit notamment des révélations sur l’emprise des laboratoires pharmaceutiques aux Etats-Unis, les ravages de l’élevage intensif, la guerre des drones et leurs victimes dans les populations civiles au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Ou encore sur l’infiltration des mafias italiennes dans l'économie africaine. Certains, comme Correctiv, collaborent déjà avec Mediapart. Ce fut le cas pour une vaste enquête diffusée l’année dernière intitulée “Quand les mers montent”. Ces médias à but non lucratif ont su gagner la confiance des lecteurs, mais aussi interpeller les pouvoirs et susciter un débat démocratique dans leurs pays.

En France, il y a matière à initier des enquêtes d’ampleur. Quelle est la qualité de l’eau que nous buvons ? Comment l’industrie agro-alimentaire fabrique-t-elle la nourriture des enfants ? Qui finance nos élus ? D’où provenait le mystérieux nuage radioactif qui a survolé l’Europe en 2017 ? Comment sont utilisées les armes françaises au Yémen ? Pourquoi des bébés naissent-ils sans bras ? Dans quel état se trouvent nos centrales nucléaires ?

Pour nous donner les moyens d’apporter des réponses à ces questions de société cruciales, nous proposons de suivre l’exemple de nos voisins en créant Disclose, le premier média d’investigation à but non lucratif.

Constitué en association loi 1901, Disclose est composé d’une direction, mais aussi d’un comité éditorial et d’un conseil d’administration bénévoles composés de journalistes, avocats, juristes, chercheurs et photographes. Pour remplir sa mission d’information au service de l’intérêt général, Disclose se finance grâce au soutien de ses membres et aux dons de fondations - hors fondations d’entreprises. Pas d’actionnaires ni de personnel dédié à la recherche d’annonceurs, l’argent récolté est intégralement investi dans le journalisme.

Une entreprise de presse détenue à 100% par l’association permet quant à elle de payer les journalistes, amenés à travailler en équipe, pendant plusieurs mois. Les sujets, nationaux et internationaux, sont déterminés par le comité éditorial, avant d'être enquêtés par des équipes de deux à quatre journalistes d’investigation expérimentés.  

A l’heure des scandales sanitaires et des bouleversements environnementaux, devant l’explosion des marchés de la surveillance, de l’intelligence artificielle, comme des méthodes de désinformation qui troublent encore davantage notre capacité de discernement, ce nouveau mode d’organisation nous apparaît comme une nécessité.

C’est à cette condition que le droit à l’information, une urgence démocratique, pourra être consolidé et renforcé.   

Ce constat n’est pas le nôtre, nous sommes nombreux à le partager, dont Mediapart qui a accepté d’être partenaire dans la diffusion des enquêtes de Disclose. D’autres rédactions ont également fait ce choix : la cellule investigation de Radio France, mais aussi Konbini News, les sites Rue89 à Strasbourg, Bordeaux et Lyon et Marsactu à Marseille. Une telle association n’avait encore jamais existé dans le paysage médiatique français.

Pourquoi s’être associé avec des médias si différents ? Pour deux raisons au moins : toucher un public le plus large possible et décliner notre travail sous divers formats (vidéo, photo, radio et écrit). Avec toujours la même idée : décupler l’impact de nos révélations et susciter le débat.

Parce que l’indignation ne suffit plus, nous considérons qu’il est indispensable d’aller plus loin que la simple diffusion de nos investigations journalistiques. En parallèle du travail d’enquête, Disclose veut être un acteur engagé dans la société. A la manière d’une ONG, Disclose veut encourager la mobilisation autour du droit à l’information, que ce soit par des actions juridiques concertées, la mise en place d’outils de recherche citoyens ou des méthodes de vérifications des faits faisant appel aux compétences de nos membres.

Pour recueillir des faits et disposer des ressources nécessaires à leur divulgation, Disclose a besoin du soutien de tous. Cet appel à la participation citoyenne nous impose d’être irréprochables. Les adhérents de Disclose auront le pouvoir – une première dans un média français – de désigner deux membres chargés de les représenter au conseil d’administration. Ils auront ainsi un droit de regard sur la bonne gestion des fonds de l’association.

Nous avons besoin de bâtir une communauté solide, soudée et soucieuse de transformer les révélations journalistiques en actions citoyennes.  

Pour toutes ces raisons, nous avons lancé le 6 novembre une campagne de levée de fonds participative. A ce jour, Disclose a réuni plus de 400 contributeurs ! Nous devons être plus nombreux encore à soutenir ce nouveau modèle de collaboration entre journalistes, citoyens, chercheurs, juristes, et photographes.

Pour rejoindre Disclose et devenir lanceur d’enquêtes, vous pouvez vous rendre sur notre site Internet Disclose.ngo ou sur la page Kisskissbankbank de la collecte qui se trouve ici : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/disclose-devenez-lanceur-d-enquetes 

N’attendez pas, devenez lanceurs d’enquêtes.

Signataires :

Mathieu Asselin, photographe documentaire ; Céline Bardet, juriste pénal international ; Anna Benjamin, journaliste ; Joseph Breham, avocat ; Julia Cagé, sociologue ; Jean-Pierre Canet, réalisateur ; Jean-Yves Chainon, producteur ; Catherine Cohen, avocate ; Quentin Descamps, journaliste ; Michel Despratx, journaliste ; Mathias Destal, journaliste ; Nicolas Diaz, consultant en sécurité numérique ; Marc Guéniat, journaliste ; Maud Jullien, journaliste ; François Lafforgue, avocat ; Geoffrey Le Guilcher, journaliste ; Basile Lemaire, journaliste ; Inès Léraud, journaliste ; Geoffrey Livolsi, journaliste ; Mathieu Martinière, journaliste ; Virginie Marquet, avocate ; Mehdi Meddeb, journaliste ; Leila Miñano, journaliste ; Anne-Sophie Novel, journaliste ; Anne Poiret, documentariste ; Didier Pourquery, directeur de publication de The Conversation ; Philippe Pujol, journaliste ; Magali Serre, réalisatrice ; Nicolas Serve, photographe. 

 



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