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Tribune 13 avr. 2017

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Soutien au peuple guyanais

Des représentant(e)s d’associations antiracistes et altermondialistes apportent leur «soutien aux revendications légitimes du peuple guyanais exprimé par ses représentants et appelons citoyens, médias et organisations à le soutenir et à l'imiter dans sa lutte pour l'égalité, la justice sociale et le respect des droits fondamentaux».

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Depuis le 27 mars, les Guyanais, en lançant une grève générale illimitée qui a empêché le décollage de la fusée Ariane, se sont engagés dans un mouvement très déterminé pour dénoncer l'insécurité, le manque d'investissement et l'état délabré de leurs services publics, hôpitaux, écoles, un taux de chômage deux fois plus élevé qu'en métropole, et qui  atteint 55% pour les jeunes de 15 à 24 ans, et 44 % de taux de pauvreté. La France a fait de la base de Kourou une vitrine scientifique spatiale de renommée mondiale, mais une grande partie de Guyanais estiment que les retombées économiques et sociales pour la population de 245 000 habitants de ce territoire, grand de 84 000 km2, sont insuffisantes.

La fracture territoriale est en effet manifeste entre les 179 millions d'euros que Paris verse par an au Centre Spatial Guyanais (CSG), soit 76 % du budget spatial européen, plus 20 millions à chaque tir, et le retard de ce département en ce qui concerne l’éducation, la santé, les infrastructures publiques, le foncier, le social, l’agriculture et l’accès aux institutions publiques et donc aux droits. Déjà, en février dernier, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, émettait un rapport alarmant sur la situation en Guyane, pointant du doigt toutes les instances publiques. Ce rapport mettait en avant la nécessité d’une école accessible, de qualité et gratuite (transport scolaire et restauration compris), la nécessité d’un nouveau maillage sanitaire afin de ne pas rendre difficile l’accès aux soins des peuples autochtones amérindiens et bushinengués notamment et la nécessité d’un accès aux droits sociaux plus marqué.

Le mouvement social actuel exprime un ras-le-bol face à l’incurie de l’Etat français. Les Guyanais portent des revendications légitimes et nécessaires face à cette situation critique, par les voix unies de leurs élus – dont 13 des 22 maires ont rendu leur écharpe tricolore symboliquement, car ne se considérant pas traités comme des Français à part entière » – , leurs syndicats (l'UTG, Union des Travailleurs Guyanais), leurs collectifs citoyens, comme les 500 Frères et No Violans. Réunis dans le Collectif Pou La Gwiyann Dékolé, ils demandent des investissements publics d'urgence à hauteur de 2,5 milliards, et estiment les propositions faites par la Ministre des Outre-mer Ericka Bareits et le Ministre de l'Intérieur Matthias Fekl, à hauteur d'1 milliard, insuffisantes et incertaines car étalées sur 5 à 10 ans et à l'état de promesses.

Nous apportons notre soutien aux revendications légitimes du peuple guyanais exprimé par ses représentants et appelons citoyens, médias et organisations à le soutenir et à l'imiter dans sa lutte pour l'égalité, la justice sociale et le respect des droits fondamentaux.

A cette occasion, il importe de rappeler que ce traitement inégal est dû au racisme structurel dont sont victimes les peuples ultramarins.  Ces territoires sont les dernières colonies de la France. La situation actuelle est la conséquence du génocide des Amérindiens, de la traite négrière transatlantique et du colonialisme. Comme la précédente mobilisation en Guadeloupe (Lyannaj), en Martinique et déjà en Guyane en 2009 l'a démontré, c'est ce passif qui doit faire l’objet de réparations. La dette coloniale de la France envers la Guyane comme envers toutes les colonies est une affaire de justice. Le plan d’urgence de trois milliards exigé par le peuple guyanais  n’est qu’une faible partie du remboursement par l’Etat français de cette dette.

Les signataires:

Nils Anderson, président du Conseil scientifique de Sortir du colonialisme

Adda Bekkouche, juriste, membre du CS d'Attac France

Martine Boudet, membre du CS d'Attac France

Christian Delarue, membre du CA du CADTM, militant altermondialiste et antiraciste

Patrick Farbiaz, porte-parole de Sortir du colonialisme

Evelyne Perrin,présidente Association Sang pour Sans

Louis-Georges Tin, président du Cran

Urgence antiraciste –Pour une démocratie inclusive-  (Collectif, Ed du Croquant, mars 2017)

https://editions-croquant.org/les-collections/product/384-urgence-antiraciste

 http://www.anticolonial.net/spip.php?article3029

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