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Tribune 29 oct. 2018

Inch'Allah: la «secrétaire» de Paris 8 dénonce «une manipulation»

Martine Roman, responsable administrative des masters d'histoire de l'Université Paris-8, a un chapitre dédié dans le livre «Inch'Allah, l'islamisation à visage découvert», coordonné par les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Elle dénonce «une manipulation » et un travail qui fait fi de toute «déontologie».

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En réponse à Gérard Davet et Fabrice Lhomme... 

En octobre 2017, j'ai reçu un appel d'Ivanne Trippenbach. Elle se recommandait de Fabrice Lhomme qui lui avait donné mes coordonnées. Je le connaissais, je ne me suis pas méfiée. 

Dans cette conversation à bâtons rompus que je supposais préalable à une enquête de terrain à Paris-8, j'étais sensée lui donner quelques indications. Très vite, j'ai été heurtée par sa manière de procéder et compris le parti pris sous-jacent. La tonalité insistante, ses questions insidieuses m'ont alertée.

Force m'est aujourd'hui de le constater, dans l'entreprise de MM. Davet et Lhomme, il fallait un personnage négatif à dénoncer. Peut-être s'agissait-il pour eux de se dédouaner et pour cela d'épingler des jugements « excessifs ». Ils ont construit un personnage odieux, peu fiable, auquel il me fallait correspondre. A l'évidence la jeune journaliste avait eu préalablement un portrait de moi caricatural. Le féminisme m'était imputé à charge, tout comme mon expérience de Vincennes de 1976 à ce jour. Tout était surinterprété tendancieusement. Heurtée par la démarche, j'ai fermement dit : « Arrêtez de me poser des questions, venez sur le terrain faire votre enquête, je ne veux plus vous parler ». J'ai par la suite confirmé mon refus de toute discussion ou rencontre ultérieure.

Au début de l'année, j'informai Fabrice Lhomme de ma décision, il m'annonça alors que le projet sur le 93 était abandonné.

Depuis aucune nouvelle jusqu'à la parution du livre que j'ai apprise par des amies.

J'ai été saisie par la désinvolture et le cynisme des deux auteurs qui tranquillement me livraient en pâture à la réprobation générale. Il était plus aisé de cibler une personne, une « secrétaire » (réflexe de classe ?) désignée comme « très isolée » qu'on tentait de disqualifier, que de faire une enquête auprès de collectifs, d'enseignants, de personnels, de syndicalistes parmi les milliers d'acteurs de Paris 8.

Et de fait, les premières conséquences ne se sont pas fait attendre : plusieurs réactions déjà dans le milieu universitaire et sur des sites d'information. Certains ont cru nécessaire de m'apporter leur soutien, d'autres de me manifester leur réprobation.

Surprise également à la lecture de la description minutieuse de mon aspect physique, de mon profil psychologique, idéologique, Jusqu'à la tonalité de ma voix supposée tremblante « entre colère et anxiété ». Quelle précision ! Seul problème : je n'avais jamais rencontré la journaliste !

Depuis quelques jours et la parution du livre, je me trouve dans l'obligation de m'expliquer, de rétablir les faits, de justifier même mes options féministes que je ne renie en aucun cas.

Je suis outrée que des journalistes de renom s'octroient tant de facilités à mes dépens.

J'ai pour habitude d'assumer mes convictions, mes propos, encore faut-il qu'ils ne soient pas dénaturés, utilisés à des fins qui me sont étrangères.

« Lançeuse d'alerte », « féministe laïque », soixante-huitarde attardée... Dans la typologie sommaire, voire les stéréotypes des Davet – Lhomme je refuse la place qu'ils prétendent m'assigner. Je suis outrée que des journalistes aient perdu à cette occasion tout sens de la déontologie ou simplement de l'éthique. L'un des deux faisant en outre partie de mes connaissances, cette entreprise de manipulation s'apparente à un abus de confiance.

« Une enquête spotlight » ? Une entreprise politique ou idéologique ? Commerciale ? Si j'en juge par le chapitre Paris 8, il n'y a eu ni enquête ni terrain.

Lire aussi la réponse de Véronique Decker et notre article sur le livre. 

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