Leningrad - «Moscou, pour quel prix sonne ton glas ?»

Si à la lecture de la traduction qui suit, vous vous demandez pourquoi tant de haine : Leningrad, groupe originaire de la ville dont il porte le nom communiste, St-Pétersbourg, a eu pas mal de démêlés avec les autorités de Moscou, notamment l'ancien maire, M. Loujkov, cité dans ce morceau, qui les aura personnellement interdits de concert dans la capitale. Nous sommes en juin 2012, la vidéo est publiée deux mois après les dernières grosses manifs de l'opposition russe sur la place Bolotnaïa, qui mèneront à divers incidents, dont découlent les procès (et condamnations) d'aujourd'hui.

Si à la lecture de la traduction qui suit, vous vous demandez pourquoi tant de haine : Leningrad, groupe originaire de la ville dont il porte le nom communiste, St-Pétersbourg, a eu pas mal de démêlés avec les autorités de Moscou, notamment l'ancien maire, M. Loujkov, cité dans ce morceau, qui les aura personnellement interdits de concert dans la capitale. Nous sommes en juin 2012, la vidéo est publiée deux mois après les dernières grosses manifs de l'opposition russe sur la place Bolotnaïa, qui mèneront à divers incidents, dont découlent les procès (et condamnations) d'aujourd'hui.

Et enfin, en 2011-2012, Moscou menait son projet d'expansion, sauf que, au lieu d'ajouter progressivement, comme on pourrait s'y attendre, des territoires à la périphérie, la nouvelle administration moscovite (Batourine venait de remplacer un Loujkov limogé par le président) décidé d'adjoindre à la capitale quelques territoires non rattachés (dont certains déserts, avec comme projet ambigu d'y construire des bâtiments pour l'administration présidentielle), et surtout un énorme bloc au sud-ouest de la ville, doublant la superficie en moins de deux ans.

En Union Soviétique, pour plaisanter sur l'institution de la propiska (droit de s'installer dans une ville ou un territoire qui était sévèrement contrôlé dans les grandes agglomérations comme Moscou) et l'attrait que la capitale exerçait sur les provinciaux, on disait : « Moscou n'est pas en caoutchouc ». En regardant la nouvelle carte, les Russes ont plaisanté : « et ben voilà, on vous avait prévenus, elle a craqué ».

 

Moscou 2.0



Ceux qui voulaient s'installer à Moscou ou Léningrad étaient surnommés « limittchiki », ou « limita », en référence à la « limite », quota administratif fixant le nombre de nouveaux résidents. 2011-2012, la limite à Moscou semble être atteinte, et pas tant par les cantonniers tadjiks que Poutine fait venir en masse ou par ce Caucase «qu'il faut arrêter de nourrir», comme le prétendent les nationalistes. Elle est atteinte par le pouvoir, qui fraude les élections, deux fois de suite, puis organise une vague de répression des actions de rue et des libertés civiques ; elle est atteinte par les opposants, qui semblent d'abord êtres prêts à tout, les flashmobs, les marches de millions, les occupations, les réseaux sociaux, les engagements écolo-citoyens, se coudre la bouche en signe de protestation, s'unir avec les nationalistes et autres éléments douteux pour avoir plus de chances, tout ça pour finalement échouer et donner l'occasion à Poutine de régner aujourd'hui en maître après avoir désorganisé encore un peu plus tout ce petit monde, et collé quelques procès, « pour l'exemple ».

Leningrad est, comme toujours, un peu opportuniste, nihiliste, vulgaire, s'en prend aux faibles et aux forts et c'est pour ça qu'on aime ou pas.

 

 

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Ленинград - Почём звонят колокола? © Ленинград | Leningrad


Hier, j'ai fait un rêve génial
Moscou brûlait de bout en bout :
Des braises au centre électoral,
Sur la Place Rouge, des flammes partout.
Z'ont tous brûlé, toute la cabale,
Poutine, Sobtchak et les Pussy,
Près du Kremlin, c'était d'la balle,
Tous les sapins brûlaient aussi !

Moscou, dis-moi, pour qui sonne ton glas ?
Moscou, dis, pour quel prix sonne ton glas ?
(bis)

Medvedev, Navalny, en cendres,
Comme l'ancien maire, et le futur,
Loujkov ne s'est pas fait attendre
Mais n'a pas pu prendre de mesures.
Bolotnaïa, tous ont flambé,
Les manifestants et les flics,
Du ciel une pluie acide tombait
Pour un rendu très esthétique !

Moscou, dis-moi, pour qui sonne ton glas ?
Moscou, dis, pour quel prix sonne ton glas ?
(bis)

La tour télé a vite cramé,
En émettant une drôle d'odeur,
Les châteaux sur l'Istra brûlaient,
Pour faire chier, avec lenteur.
Brûlés, migrants et Moscovites,
Le Christ Sauveur, les bains publics,
Et les Russes attendaient ensuite,
Chez eux, que refroidissent les briques...

Moscou, dis-moi, pour qui sonne ton glas ?
Moscou, dis, pour quel prix sonne ton glas ?
(bis)

 

Titre original : Ленинград «[Москва,] почём звонят [твои] колокола?» (2102)

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