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Billet de blog 18 nov. 2018

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Mes 143 copains aux gilets jaunes, lutte des classes et désinformation

J'y étais. Certes, je ne suis pas une inconditionnelle du diesel, ni même de l'automobile. Mais j'habite en banlieue et je comprends bien les problèmes de ceux qui n'ont pas d'autres moyens de se déplacer que de prendre leur voiture, surtout quand les revenus de ceux-ci rendent problématique toute augmentation de taxe sur les carburants.

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Je connais les difficultés liées à cette taxe mais aussi les problèmes des retraités qui viennent de voir leurs revenus diminués par une augmentation de la CSG profondément injuste (il paraît que « qui vous savez » veut privilégier le travail et les gens qui travaillent. Et les chômeurs, qui aimeraient bien travailler mais ne trouvent pas de poste ? Et les retraités qui ont bossé toute leur vie pour se retrouver pauvres à l'aube de leur vieillesse ?...). Je connais des handicapés dont on nous serine que leur pension a été augmentée, alors que le plafond de ressources d'un couple en dessous duquel l'allocation de celui qui est en situation de handicap reste entière a été diminué, tandis que le complément de ressources est lui aussi diminué sous le faux-nez d'une « simplification » (Delphine Germain "Budget 2019 (2) Complément d'aide aux adultes handicapés : 74 euros de moins" ici). Je connais des étudiants aux APL réduites, mais aussi des bacheliers qui se sont retrouvés sans rien à la rentrée et qui errent depuis dans un no man's land, désireux de faire des études sans aucune inscription possible, ni possibilités de trouver un job. Et je connais, par ouï-dire, des capitaines d'industrie, des grands banquiers, qui se sont encore enrichis grâce à des mesures fiscales et financières (CICE, impôts réduits etc.) destinées aux riches et que l’État va faire payer aux pauvres et aux classes moyennes.

Donc, avec mes petits camarades, nous voilà au grand soleil, marchant vêtus de notre colère et de nos gilets fluos. Nous marchâmes longtemps, et par un progressif renfort nous retrouvâmes... 144 en arrivant au port (de Bordeaux). 144 ? C'est le chiffre moyen puisque 2000 manifestations aboutissant à 288000 gilets jaunes, cela donne à peu prés ça.

Alors deux solutions : ou bien il y a eu de nombreuses manifestations à 2 ou 3 manifestants, ou bien mon impression que nous étions beaucoup plus nombreux est fausse. C'est la raison pour laquelle j'ai posté une photo, sachant que je n'ai rejoint la manifestation qu'aux alentours de 13 h (le rendez-vous était fixé à 11h). Le lecteur consciencieux pourra compter, sachant qu'il y avait beaucoup de gilets derrière moi, et que l'on ne voit pas ceux qui étaient en arrière-plan sur la photo. Sachant aussi que, vu l'heure, un certain nombre de gilets mangeaient dans ma ville réputée pour sa gastronomie. Et battre le pavé, ça donne faim.

Pourquoi j'insiste sur le nombre ? Parce que cette réelle désinformation a un sens. Il est d'usage que l’État et les organismes ou entreprises ciblés par des manifestations minimisent le nombre de manifestants. Auparavant, des comptages se faisaient par divers moyens, aboutissant à un conflit de chiffres entre les organisateurs et l’État. Les médias répétaient les chiffres des deux bords, et on pouvait faire un calcul au doigt mouillé pour avoir une idée approchant la réalité. Et puis est arrivé un comptage soi-disant « objectif », que je ne peux que considérer comme faux, habituée que je suis à aller d'un bout à l'autre des manifestations, et retour, pour me faire une idée de leur étendue.

De plus il me semble que, avec des drones officiels, disons appartenant à la police, ce serait très simple d'avoir des résultats approchant la réalité. Pourquoi cela ne se met-il pas en place ? Pourquoi les chiffres donnés sont-ils ridiculement faibles ? Ce n'est pas difficile de répondre : les autorités ne veulent pas que les opposants au régime se sentent puissants et, de plus, déprimer ces derniers en leur faisant croire qu'ils sont en réalité peu nombreux et peu mobilisés semble une bonne stratégie pour affaiblir les mouvements.

Le problème, c'est que les manipulateurs se manipulent souvent eux-mêmes, à la fin. Je ne sais pas si on dit la vérité à E Macron, puisque son ex-ministre de l'Intérieur avait laissé entendre que ce n'était plus le cas, au moins pour une certaine partie de son entourage (situation que vit D Trump, d'ailleurs, ce qui est extrêmement inquiétant pour l'État le plus puissant du monde). Je ne sais pas si on le tient loin du mécontentement du peuple, ou s'il ne croit pas à la réalité de celui-ci, ou s'il s'en fiche, ignorant et méprisant superbement les citoyens qu'il a si bien su manipuler pour se faire élire.

Mais cette ignorance, réelle, délibérée ou feinte, risque fort d'entraîner notre pays dans une fracture pouvant mener au pire.

Cela fait longtemps que je pense, comme d'autres, qu'E Macron gouverne pour le 1% : pour les plus riches de la planète. Mais en fait, il ne gouverne pas : il administre. Si on l'entend bien il ne cesse de le dire « Je ne changerai pas de cap », « J'ai été élu pour un projet que j'appliquerai de toute façon ». Cette dernière assertion est d'ailleurs complètement fausse : il n'a pas été élu pour un projet mais pour contrer M Le Pen. Le différentiel qui lui a permis d'aller au second tour se situe dans les 5% avec trois autres candidats (F Fillon, M Le Pen et JL Mélenchon) autant dire rien... De là à prétendre infléchir toute une politique vers un néolibéralisme financier au nom du peuple... C'est vraiment prendre celui-ci pour un imbécile ! Mais, là aussi, il se manipule lui-même, ayant été élu avec 60% des suffrages, il pense qu'il a 60% de l'adhésion populaire. Ah, l'égo !...

Pourquoi E Macron, selon moi, ne gouverne-t-il pas ? Eh bien justement parce qu'il ne fait qu'appliquer des règles décidées par d'autres (lobbies, Commission Européenne, pays étrangers puissants économiquement etc.) sans jamais tenir compte du fait que la difficulté, et même l'art, de gouverner, c'est d'arriver à trouver en permanence un équilibre entre des forces contradictoires. D'ailleurs, quand il dit "J'entends" c'est comme quand il dit "J'assume" : c'est invariablement suivi d'une affirmation expliquant qu'il ne changera pas un iota à sa politique. Ce qui veut dire qu'il n'entend rien, et qu'il n'assume rien, c'est-à-dire pas ses immenses responsabilités de chef de l’État. Par ailleurs il théorise le projet d'affaiblissement des corps intermédiaires, comme l’assujettissement du Parquet au pouvoir. Seul en face du peuple, mais sourd et aveugle à celui-ci.

Pour E Macron, la contradiction on la méprise et on la bâillonne. Le but étant de continuer sans tenir compte de la protestation. Je sais bien qu'il n'est pas le premier à faire ça (cf le Traité européen refusé par les français et qui leur a pourtant été imposé par N Sarkozy sans vote un peu plus tard). Mais justement, cela fait des années que l'on n'entend pas le peuple, et si E Macron a été élu c'est, entre autre, parce que certains pensaient qu'en tant que non-politicien celui-ci allait sortir de cette dynamique. Las, le constat était bon, mais le remède pire que le mal puisque ce banquier fait une politique de banquier, pour les banquiers, donc encore moins à l'écoute des citoyens que tout ce qui nous a servi de gouvernant depuis des lustres. Et les citoyens se réveillent de l'hypnose et réalisent tout ça.

La preuve, ce mouvement, où se cristallisent des années d'exaspérations et de colère, et le sentiment très net pour les citoyens d'avoir été floués. Et d'être méprisés.

Alors, pour quelqu'un comme moi qui appelle de ses vœux une Sixième République avec une Assemblée Constituante, décidée par les citoyens et ayant pour ligne directrice de redonner du pouvoir au peuple, et de ne plus faire du Parlement une chambre d'enregistrement mais un vrai lieu de souveraineté populaire, un retour à une vraie séparation des pouvoirs et à la désynchronisation des élections présidentielles et législatives, un pouvoir de contrôle par le peuple de ses dirigeants, une relégitimation d'une politique sociale et redistributive avec des freins mis à l’appétit des puissants et de leurs lobbies, une vraie politique écologique, concertée, au service des citoyens et de l'avenir de nos enfants à laquelle tous les autres choix seront subordonnés, donc, pour quelqu'un comme moi, la surdité de notre Président est-elle une bonne chose ? Je ne peux m'empêcher d'être étonnée que ce soit les taxes sur le diesel qui aient mis le feu aux poudres. Je crains les actions violentes et les accidents. Mais je ne peux qu'être soulagée de constater que les français sont toujours les français, un peuple fier qui a toujours, ou presque, su se révolter contre les abus de pouvoir et dire « stop ! ».

Faut-il espérer qu' E Macron persiste dans son attitude ? Que lui conseille-t-on, « ailleurs » ? S'est-il déjà fait taper sur les doigts ? Est-ce pour cette "autre scène" que se joue dans les médias cette minimisation de la colère populaire ? Faut-il craindre un entêtement allumant l'incendie ou l'espérer ? Et s'il y a, à un moment, volonté de la part de Jupiter d'écouter ses « sujets » (on peut rêver!) n'est-il pas, de toute façon, trop tard ? Sera-t-il cru, après tant de mensonges (cf Pétain aux Invalides...) ?

Lors de cette manifestation, j'ai vu pour la première fois des gens vraiment en colère, et des gens qui n'étaient pas habitués à battre le pavé. Et ils étaient, quoi qu'on nous en dise, nombreux, sans compter les blocages des routes et des lieux de consommation.

La colère des citoyens, c'est comme le climat : on peut ne pas voir quand ça commence à chauffer, mais une fois que la fièvre est montée, il faut du temps pour la faire redescendre. Et cela peut n'être que temporaire.

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