L'État prisonnier et le citoyen otage

Depuis quand les États européen sont-ils obligés, pour emprunter, de le faire auprès de banques privées ? Oh, pas tant que ça, moins de quarante ans. On fait mine de découvrir maintenant un élément essentiel de l'économie de nos pays qui a conduit directement à la situation actuelle(cf le billet de Dilou "Les voyous de la dette", où ce texte a paru en commentaire).

 © Liliane Baie © Liliane Baie

Depuis quand les États européen sont-ils obligés, pour emprunter, de le faire auprès de banques privées ? Oh, pas tant que ça, moins de quarante ans. On fait mine de découvrir maintenant un élément essentiel de l'économie de nos pays qui a conduit directement à la situation actuelle(cf le billet de Dilou "Les voyous de la dette", où ce texte a paru en commentaire).

Certes, l'information passait ici ou là, mais elle était noyée sous l'image d'Épinal d'une construction européenne qui allait définitivement mettre fin à des siècles de guerre, comme si l'Europe entrait enfin, grâce à ses dirigeants humanistes, à l'âge adulte, la crise de 29 étant présentée comme le repoussoir justifiant toutes les défenses de la monnaie imaginables.

Et donc, depuis toutes ces années la simple suggestion que la construction européenne n'était pas la mise en œuvre d'un projet idéal et généreux, mais une nouvelle façon de passer par-dessus la souveraineté du peuple pour le bénéfice des plus riches, se heurtait à un mépris généralisé. Souvenons-nous de ce qui a été dit et écrit partout à propos de la question du "non" au Traité Constitutionnel Européen qui prétendait inscrire dans la constitution la néo-libéralisation du monde ("une concurrence libre et non-faussée") : les partisans du non étaient ridiculisés, et, même, néantisés. Pas de chance, ils étaient majoritaires.

Aucun problème, on attend un peu, et ça passe quand même.

Vous avez dit "démocratie ?".

 

Donc, je reprends et je synthétise :

Étape n°1

Le citoyen lambda, s'il est propriétaire, entretient sa banque (et donc la finance internationale, puisque son prêt joue les filles de l'air et disparait on ne sait où) grâce aux intérêts de ses emprunts.

Étape n°2

Le même paie aussi des impôts, croyant par là entretenir des services publics dont il apprécie qu'ils existent. Mais une part grandissante de sa contribution va directement enrichir les généreux prêteurs privés (toujours la finance internationale) auprès de qui l'État a été obligé d'emprunter. On dit "merci qui ?".

Étape n°3

Enfin, comme ces impartiales agences de notation aux résultats indiscutables estiment que là, vraiment, la dette de l'État est trop importante, la note du pays est dégradée, et les taux d'emprunts sont relevés, ce qui accroit encore la dette, donc les prélèvements des particuliers au bénéfice de la finance. La part de ses impôts dévolue aux services publics est encore plus amputée pour payer cet accroissement de taux.

Étape n°4

Mais, comme ces ogres assoiffés de sang n'ont pas de limite (et ça, c'est de notre faute, enfin, pas exactement la notre, mais celle des gouvernements que le peuple, dans sa grande naïveté, mâtinée d'une soumission inconsciente à la propagande, a élus) ils exigent des coupes sociales qui vont faire que ce pour quoi on paie des impôts, va disparaitre. On va donc désormais devoir payer sur ses propres deniers pour des services pour lesquels on cotise déjà par la contribution directe ou indirecte (impôts ou sécurité sociale). Et encore, cela est vrai pour ceux qui seront capables de s'offrir ces services : pour les autres, des soins de dispensaires à l'ancienne et une école au rabais seront le lot quotidien. Cette étape n'est pas strictement superposable à la précédente, parce que les agences de notation pourraient au contraire penser qu'il vaut mieux faire des coupes dans les gros travaux, prestigieux mais moins utiles que le maintien de services publics efficaces. Mais ces gros travaux, dont les entreprises sont du monde de cette haute finance, ne se feraient pas sans l'État, tandis qu'un malade va quand même faire ses soins non remboursés, s'il a les moyens de payer, s'entend...

En comptant, cela fait quatre étages aux ponctions de la finance.

Et encore... J'en oublie sûrement. J'avais trouvé sur la toile l'information selon laquelle ces banquiers qui nous gouvernent avaient l'intention de mettre en place un impôt mondial. A suivre.

Si l'on comprend pourquoi les banquiers internationaux qui ont réfléchi à ces plans depuis des décennies ont pensé avoir trouvé là une martingale géante qui marcherait à tous les coups (ponction maximum, redistribution minimum, risque minimum, explosion en vol de toute velléité socialisante, etc.) on peut se demander pourquoi ils n'ont pas tenu compte de la diminution de consommation qui allait forcément découler de cette pression sur les peuples des pays industrialisés.

Je pense en fait qu'ils en ont tenu compte, et qu'ils ont attendu que les pays en voie de développement soient assez avancés pour se lancer à fond dans la consommation : leur expansion démographique est pleine d'espoir pour des marchés en quête de clientèle, et leurs éventuelles velléités révolutionnaires disparaitront vite devant les tablettes numériques et les écrans plats. Quant à nos propres idéaux issus du siècle des lumières, ils sont considérés par une grande partie des jeunes européens comme des principes passéistes nous empêchant de jouer vraiment notre rôle dans la compétition internationale ( évaluer pour cela l'âge moyen des personnes militant dans des partis politiques d'opposition, ou manifestant dans les rues...). Bon, c'est l'effet de la propagande ( et le résultat d'une politique éducative "bien" pensée) et quand la jeunesse se réveillera, cela pourra aller vite et faire mal... mais en attendant...

 

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