Libération sous caution du journaliste Maxime Azadi, blogueur sur Mediapart

Le journaliste kurde de nationalité franco-turque Maxime Azadi, a été remis en liberté, mais moyennant caution, vendredi après-midi, après plus d’une semaine passée en détention en Belgique. Il avait été arrêté le 15 décembre à Turnhout en Belgique lors d’un contrôle de routine, alors qu’il faisait l’objet d’une « notice rouge » d’Interpol émise par les autorités turques. La menace d’une extradition vers la Turquie pèse toujours sur lui. 

Maxime Azadi, journaliste kurde de nationalité franco-turque, directeur de l’agence de presse en langue kurde Firat News (ANF) implantée aux Pays-Bas et rédacteur d’un blog sur Mediapart, a été arrêté et placé en détention le 15 décembre par la police belge lors d’un contrôle de routine. Il faisait l’objet d’une « notice rouge » d’Interpol (souvent appelée par abus de langage « mandat d’arrêt international ») émise par les autorités turques. La police belge l’avait alors mis en détention en vertu des accords judiciaires qui lient l’Union européenne à la Turquie. Sa demande de remise en liberté était examinée ce vendredi par les juges de la chambre du conseil de Turnhout (une ville située à l’est d’Anvers), qui se sont prononcés en faveur de sa libération sous caution.

Pour autant, le journaliste n’est pas à l’abri d’une extradition future vers la Turquie réclamée par Ankara. Comme l’explique son avocat, Luc Walleyn, la cour d’appel devra rendre un avis juridique, puis le gouvernement belge rendra sa décision de poursuivre ou non la procédure d’extradition. Une décision qui n’est « pas pour tout de suite », reprend Luc Walleyn, qui prévient : « Nous continuerons à nous opposer à son extradition. »

Selon les fédérations européenne et internationale des journalistes (FEJ et FIJ), comme elles l’ont écrit dans une alerte conjointe publiée sur la Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe, c’est au motif officiel d’une « collaboration avec une organisation terroriste » que le journaliste a été arrêté.

Pour le comité de soutien à Maxime Azadi, il apparaît clairement que la notice rouge d’Interpol « est directement liée aux histoires qu’il a couvertes ». La déclaration, relayée par l’agence Firat, ajoute : « Un journaliste arrêté pour son travail dans un pays de l’Union européenne est une honte pour la démocratie et les libertés. L’arrestation de Maxime Azadi révèle l’extension à l’Europe des pressions turques sur la presse. » Deux jours plus tôt, la FIJ s’était émue d’une « arrestation qui constitue un dangereux précédent et est susceptible de menacer la sécurité des journalistes kurdes et turcs exilés en Europe ». Conjointement avec la FEJ, la FIJ entend « dénoncer cette violation manifeste de la liberté de la presse en Belgique au Conseil de l’Europe ».

Maxime Azadi. Maxime Azadi.
Maxime Azadi avait récemment raconté sur son blog comment les autorités turques de régulation de la radio et de la télévision (RTÜK) avaient obtenu du groupe français de diffusion par satellite Eutelsat qu’il coupe la transmission de deux chaînes, Newroz TV et Med Nuçe TV. Le pouvoir turc avait accusé ces médias d’être financés par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré par l’Union européenne comme une organisation terroriste.

Le tribunal de commerce de Paris avait finalement ordonné le rétablissement de la diffusion des deux chaînes sous peine d’astreintes financières. L’agence Firat a par ailleurs fait de la liberté de la presse l’un de ses chevaux de bataille, en témoigne un onglet spécialement dédié à ce thème sur son site Internet où les nombreuses arrestations de journalistes et les fermetures de médias pro-kurdes sont chroniquées par le menu.

Avant l’ouverture de l’audience devant le tribunal, une pétition réclamant la libération immédiate de Maxime Azadi avait totalisé plus de 2 500 signatures. Deux jours plus tôt, la Société des journalistes de Mediapart avait fait la même demande, détaillant la mainmise toujours plus grande de la Turquie d'Erdogan sur les médias pro-kurdes et la presse d'opposition en général.

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