Ecrire avec la lumière ou comment devient-on photographe

De l'influence du prénom et de l'histoire familiale et personnelle dans le choix d'une activité, ici la photographie, "écrire avec la lumière", ce qui n'est pas sans rappeler l'origine de mon prénom, Lucile, qui vient du latin lux, "Lumière".

le phénix, le lever de soleil à Yzeron, au printemps 2018 © Lucile Longre

Ecrire avec la lumière ou comment devient- on photographe.

 

Un texte d’un ami Facebook étudie en quoi son prénom a pu influer sur ses relations avec son entourage, et je me suis fait la réflexion que, pour moi aussi, ce genre de choses avait pu jouer.

 

Il y a déjà un certain nombre d’années, je me suis rendu compte que ce n’était pas sans raisons que j’avais choisi cette activité de photographe, et que, pour une part au moins, c’était assez lié à mon prénom, Lucile.

 

Il est en effet assez curieux, que, Lucile, venant du prénom latin, Lucilia, lui-même venant de Lux, qui signifie  lumière, j’ai choisi de devenir photographe, c’est-à-dire « d’écrire avec la lumière « , ce que signifie ce nom étymologiquement parlant.

 

Dès lors, il m’est devenu évident que j’avais choisi de développer cette activité pour des raisons qui tenaient pour une grande part à mon prénom, et à l’histoire de ma famille[1].

Il y a vingt ans, pour toutes sortes de raisons, j’ai connu un grand effondrement psychologique et il m’a fallu une dizaine d’années pour m’en sortir et pour aller définitivement mieux. Et la photographie fut une des principales choses qui m’aida à guérir et à chasser une fois pour toutes tous les fantômes de mon existence.

 

Je parle de fantômes, car, comme j’en ai fait l’étude dans mon article précédemment cité, j’étais possédée par toutes sortes de revenants issus de mon histoire familiale, et mon psychisme abritait toute une série de cryptes, issues également du passé de mes ancêtres.

 

Adolescente, j’avais très peur des revenants et des vampires, créatures de la nuit qui, comme chacun sait, ont très peur du soleil et se dissipent comme fumée à la lumière du jour. Et lorsque, devenue adulte, je connus ce cataclysme intérieur, une de mes premières images qui m’apparut en songe (dans ce brouillard cauchemardesque qu’était devenue ma vie) , ce fut celle d’un soleil radieux, brillant et éclatant, propre à  faire fuir  tous les  fantômes et à éclairer  mon histoire personnelle et celle de mes ascendants.

Lorsque, le soir venu surtout, de grandes ombres noires venaient me visiter, étendant leurs ailes sombres au dessus de moi, en criant à mes oreilles d’une voix puissante et funèbre «  mort, mort », j’invoquais l’image du soleil, du dieu Râ , rayonnant et resplendissant, dont je serais l’enfant chéri et aimant.

Je commençai lentement à aller mieux, les Ténèbres se faisaient moins puissantes en moi, et je mis à essayer de rendre compte de  que je vivais au moyen de l’écriture, et, à ce moment là, de la poésie, pour essayer de donner un peu forme et consistance à mon chaos intérieur.  Et ce qui me  vint alors ce fut, en dehors des poèmes funèbres, qui relataient ma lutte avec le Seigneur des Ténèbres, des poèmes sur le soleil et l’avènement de la lumière.

De cette période datent une série de poèmes « égyptiens », où je me compare à un pharaon, rendant un culte au soleil,  et commence une longue série de poèmes sur le lever du jour, que je n’ai plus cessé depuis lors[2].

 

Ce fut alors, au bout de quelques années, que, commençant à aller de mieux en mieux, je décidais de me tourner vers la photographie.

 

J’ai toujours été fascinée par l’image, et j’avais développé, au fil des années, une grande sensibilité à celles-ci ainsi qu’une grande capacité d’analyse[3]. Ce goût pour les représentations figurées ne m’ayant pas quitté, et mon attirance irrésistible pour la lumière me guidèrent tous les deux vers la pratique de la photographie.

 

Avec cette activité, je mis franchement à aller de mieux en mieux, mon tumulte intérieur s’apaisa peu à peu, et je commençais à pouvoir construire des bases solides en moi pour recommencer à vivre, pleinement, sereinement et calmement.

Comme domaine d’activité en photographie, je choisis le plein air et la photo de nature, pour être toujours plus proche du soleil et des éléments naturels qui m’avaient redonné la vie et la raison. Et, ce qui n’étonnera personne, je me consacrai en particulier, durant le printemps et les mois d’été, à photographier le lever du jour, comme une sorte de quête mystique[4].

 

En effet, depuis de nombreuses années, au printemps et en été, je photographie, aussi souvent que je le peux, le lever du jour depuis ma maison d’Yzeron, dans les Monts du Lyonnais. Jamais un lever de soleil n’est semblable à un autre, et c’est toujours un même émerveillement, un même ravissement à chaque naissance de l’astre solaire. Pour moi, je vis cela comme un sorte d’ascèse, de discipline intérieure, à la manière d’un calligraphe chinois ou japonais essayant d’atteindre l’essence de la calligraphie par un travail toujours recommencé.

En photographiant la naissance de la lumière, j’essaye, fidèle en cela à mon prénom, d’atteindre le fondement de mon être, sa vérité ultime, débarrassé enfin de toutes les scories qui l’encombrent. Il y a du mystique dans cette quête, comme une recherche de l’illumination intérieure et j’ai d’ailleurs échafaudée une théorie de l’acte photographique où cette recherche intérieure prend toute sa place[5] .

 

A présent, beaucoup plus apaisée, j’ai posé les bases d’une existence où la lumière est la pièce maîtresse, ainsi que les bases d’une réflexion sur la pratique de la photographie où cette  même lumière est l’élément moteur[6].

 

Ainsi, on voit que, dès l’origine, toute une partie de ma vie était, en quelque sorte, contenue dans mon prénom, la lutte avec les Ténèbres  et l’avènement de  la lumière. On ne devient jamais photographe par hasard, « écrire avec la lumière » est toujours  la rencontre entre une personnalité et une certaine histoire familiale et individuelle.

 

 

[1] Pour connaître une partie de cette histoire, et l’importance qu’elle a eu pour moi, voir mon article ; »De l’origine de la vocation pour l’histoire « https://blogs.mediapart.fr/lucile-longre/blog/191018/de-lorigine-de-la-vocation-pour-lhistoire-essai-de-psychohistoire-personnelle

[2] On peut prendre connaissance de ces poèmes, avec des photos du lever du jour que j’ai également réalisées, notamment dans cet ouvrage-ci  http://www.blurb.fr/b/8005246-vers-l-aube

[3] Mon mémoire de DEA d’histoire portait ainsi sur la presse satirique, où j’accordais une grande place à l’analyse des images. Cf  https://imagesetimageurs.com/la-presse-satirique-a-lyon-1870-1914/

[4] Ces photos et ces vidéos sont consultables sur Vimeo, où, outre les timelapses du soleil levant, les poèmes en vidéos consacrés au lever du jour sont également disponibles.https://vimeo.com/lucilelongre pour voir les vidéopoèmes, cf https://vimeo.com/channels/1201487

[5] Voir mes articles sur ce lien https://imagesetimageurs.com/category/reflexions-photographiques/

[6] Voir mon dernier article  https://blogs.mediapart.fr/lucile-longre/blog/271018/de-la-lumiere-comme-proto-objet-cause-et-origine-de-la-photographie

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