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Billet de blog 30 mars 2021

La gestion de l'épidémie résume l'hyper-présidentialisme de Macron

Alors que la France est en sursis face à un reconfinement national, Emmanuel Macron s'est laissé 48 heures pour voir si les mesures récemment prises ont un effet sur l'épidémie. La gestion de la crise sanitaire se résume finalement à la volonté d'un seul homme, qui se dit pourtant contre le présidentialisme français.

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© BENOIT TESSIER / POOL / AFP

Ce mercredi 31 mars, rebelote. Un nouveau conseil de défense a lieu pour déterminer les restrictions à mettre en place face à la hausse de cas de covid-19 en France. Ce dernier rassemble une poignée de personnes : le président de la République, le chef du gouvernement, quelques ministres, des hauts-fonctionnaires et c'est tout. Ce conseil est devenu le principal lieu de la décision politique. Ses avantages sont connus : discrétion totale, pas de fuites. La réunion est d'ailleurs soumise au secret-défense. Ce qui n'a pas manquer de faire bondir l'opposition. "Macron décide tout seul avec quelques conseillers", a dénoncé Yannick Jadot (Écologie-Les Verts). Jean-Luc Mélenchon (FI) parle d'un "comité secret". Même la présidente de la commission des lois, Yaëlle Braun-Pivet (LREM) a proposé la création d'une nouvelle instance "plus transparente". Celle-ci aurait l'obligation de publier un ordre du jour, un compte-rendu et des documents d'analyse. 

La puissance de l'Exécutif

Ce genre de conseil, tous les présidents en raffolent. Mais surtout Emmanuel Macron. Si François Hollande avait systématiquement instauré chaque semaine, des conseils de défense après les vagues d'attentats de 2015-2016, Emmanuel Macron a décliné le concept, avec un conseil de défense écologique et maintenant un conseil de défense sanitaire. L'ex-candidat "hors système" n'a pas tardé à endosser les habits du monarque républicain, lui, qui pourtant, lors de la campagne présidentielle, se disait contre un régime présidentiel exacerbé. Grâce à la crise sanitaire, l'Exécutif a retrouvé toute sa puissance. On disait la politique essoufflée, inerte, impuissante. Aujourd'hui, elle peut à nouveau ouvrir ou fermer les frontières, déverser des milliards d'euros dans des cabinets de conseil, décider de confiner ou non toute une nation. Cette séquence témoigne d'une inquiétante dérive du pouvoir présidentiel. Sur le fond, on ne tire aucun enseignement des crises passées et on accentue, au contraire, un présidentialisme centralisé. 

Le Parlement sans voix

Pendant ce temps, où est le Parlement ? Alors qu'ils sont décrits comme les représentants du peuple, députés et sénateurs sont dépourvus de tout pouvoir. Avec l'état d'urgence sanitaire, voté jusqu'au 1er juin, et qui donne les pleins pouvoirs au gouvernement, les parlementaires n'ont plus leur mot à dire concernant la crise de covid-19. Et cela risque de continuer longtemps. Le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau a annoncé ce jeudi 25 mars que l'état d'urgence pourrait rester en vigueur jusqu'à "l'immunité collective", permettant à Emmanuel Macron de rester seul décisionnaire. Quand, de son côté, Jean Castex, rappelons-le, Premier ministre, qui a pour fonction de diriger l'action quotidienne du gouvernement, est transformé en directeur de cabinet du Président. Ce retour de la puissance politique n'est pas sans danger. Emmanuel Macron est entrain de confondre l'autorité et l'autoritaire, la discrétion et le discrétionnaire, l'arbitrage et l'arbitraire. Un comportement qui porte grandement atteinte à notre démocratie. 

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