Le Veau d'or (Ilf et Petrov), chapitre 28

Ostap réussit, grâce à un nouveau stratagème, à ne pas mourir de faim. Le train spécial est arrivé au point de jonction...

Chapitre 28

La sueur et l'inspiration

 

     Au quatrième jour de voyage, le matin, le train prit la direction de l’Est. Longeant des chaînes enneigées – les contreforts de l’Himalaya –, franchissant à grand fracas des ouvrages d’art (des ponts, des conduites d’évacuation des eaux printanières, etc.) et projetant aussi une ombre tremblotante sur les ruisseaux de montagne, le train spécial dépassa une petite ville cachée sous les peupliers et tourna un long moment au flanc d’une grande montagne couverte de neige. Ne pouvant se frayer directement le passage, le train louvoyait, prenant tantôt à droite de la montagne, tantôt à gauche, retournait en arrière, haletait, revenait encore, frottant ses flancs verts et poussiéreux contre la montagne, rusant de mille façons pour finalement s’échapper, roulant à l’air libre. Ses roues ayant travaillé avec force et précision, le train investit crânement la dernière gare avant le début du Turksib.

     Nimbée de l’extraordinaire lumière du soleil, se dessinant sur le fond montagneux ayant la couleur de l’aluminium, se tenait une locomotive verte comme l’herbe tendre. C’était le cadeau des travailleurs de la gare à la nouvelle ligne de chemin de fer.

     Pendant un temps assez long, chez nous, tout n’a pas marché pour le mieux en ce qui concerne les présents offerts à l’occasion des solennités et des commémorations. Le cadeau était habituellement un très petit modèle de locomotive, de la taille d’un chat, ou bien au contraire un ciseau géant, plus haut qu’un poteau télégraphique. Une telle métamorphose de petits objets en grands et inversement faisait perdre beaucoup de temps et d’argent. Les locomotives ne rimant à rien se couvraient de poussière en haut des armoires dans les bureaux, tandis que le ciseau titanesque et saugrenu, dont le transport avait nécessité deux fourgons, rouillait bêtement dans la cour de l’institution dont on avait célébré l’anniversaire.

     Mais la locomotive de la série OV, mise en circulation après une révision complète menée tambour battant, était de dimensions absolument normales, et tout montrait que le ciseau utilisé pour la réparer était lui aussi de dimension ordinaire. On attela aussitôt le beau cadeau au train et la petite brebis – comme il est d’usage dans ce secteur d’appeler les locomotives de la série OV –, portant en avant l’écriteau « En avant vers la jonction ! », se mit en route vers la Gare de la Montagne, point de départ méridional du Turksib.

     Exactement deux ans plus tôt, le premier rail bleu-noir, sorti d’une usine dans l’Oural, avait été posé ici. Depuis lors, les barres enflammées des rails n’avaient cessé de voler depuis les laminoirs de l’usine. La grande Ligne en exigeait toujours davantage. Les « petites villes » de pose des rails qui avançaient l’une vers l’autre rivalisaient à tout propos, et progressaient à un tel rythme que leurs fournisseurs avaient  tous du mal à suivre.

     La soirée, à la  Gare de la Montagne éclairée par des fusées roses et vertes, était si belle que les anciens du coin, s’il s’en était trouvé, bien sûr, eussent dit qu’ils n’avaient pas souvenir d’une soirée pareille. Par bonheur, il n’y en avait pas, d’anciens. Encore en1928, il n’y avait là ni anciens, ni maisons, ni gare, ni voie ferrée, ni l’arc de triomphe en bois portant les slogans et les drapeaux claquant au vent près duquel stationnait le train spécial.

     Pendant que se tenait, à la lumière de réverbères à incandescence à pétrole, un meeting et que la population entière s’amassait au pied de la tribune, le photoreporter Mienchov faisait le tour de l’arc de triomphe avec deux appareils, un support et un flash au magnésium. L’arc semblait se prêter à une photo, il ferait une excellente photo. Mais, à vingt pas de distance de l’arc, le train semblerait trop petit. S’il prenait la photo à côté du train, ce serait le tour de l’arc de paraître trop petit. Dans ce genre de circonstances, Mahomet allait vers la montagne, comprenant parfaitement que la montagne ne se déplacerait pas pour aller à sa rencontre. Mais Mienchov fit ce qui lui semblait le plus simple. Il demanda qu’on fît avancer le train sous l’arc, du ton banal que l’on emploie dans un tramway pour demander de se pousser un peu. Il réclama en outre qu’une épaisse fumée blanche sortît de la cheminée de la locomotive. Il exigea également que le mécanicien, penché par la fenêtre, regardât hardiment au loin, la main en visière devant les yeux. Déconcertés, les cheminots lui donnèrent satisfaction en se disant que ce qu’il réclamait était indispensable. Le train se traîna vers l’arc en cliquetant, la vapeur blanche demandée sortit de la cheminée, le mécanicien se pencha par la fenêtre avec un air de fauve. Mienchov produisit alors un tel éclair de magnésium que la terre trembla et que les chiens aboyèrent à cent kilomètres à la ronde. Une fois le cliché pris, le photographe remercia sèchement le personnel ferroviaire et regagna au plus vite son compartiment.

     Tard dans la nuit, le train spécial suivait déjà la ligne du Turksib. Alors que les passagers du train se couchaient, le photographe Mienchov sortit dans le couloir du wagon et dit d’un ton affligé, sans s’adresser à personne :

     — Quel incident étrange ! Il n’y avait pas de film dans mon appareil quand j’ai pris la photo de ce maudit arc ! Tout ça pour rien.

     — Ce n’est pas bien grave, répondit Lavoisian en compatissant. Demandez au mécanicien de faire marche arrière. En moins de trois heures, vous serez de nouveau à la Gare de la Montagne et vous referez votre cliché. La jonction peut bien attendre une journée.

     — Peau de balle, pour ce qui est de reprendre une photo ! dit tristement le photoreporter. Tout mon magnésium y est passé ; sinon, bien sûr, il nous aurait fallu revenir.

     Ce voyage sur la ligne du Turksib faisait très plaisir au Grand Combinateur. Chaque heure qui passait le rapprochait de la « petite ville » du Nord où se trouvait Koreïko. Et puis les passagers du train spécial plaisaient à Ostap. C’étaient des gens jeunes, gais, dépourvus des lubies bureaucratiques qui distinguaient les Herculéens de sa connaissance. Il ne lui manquait qu’un peu d’argent pour que son bonheur fût complet. Il avait fini de manger les provisions offertes, et, au wagon restaurant, on exigeait de l’argent liquide. Au début, Ostap allégua le manque d’appétit quand ses nouveaux amis voulaient l’emmener dîner avec eux, mais il comprit vite qu’on ne pouvait vivre ainsi. Il passa un certain temps à observer Oukhoudchanski, qui restait toute la journée dans le couloir à regarder par la fenêtre les poteaux télégraphiques et les oiseaux s’envolant des fils. Oukhoudchanski avait aux lèvres un petit sourire ironique. Il rejetait la tête en arrière et chuchotait à l’adresse des oiseaux : « Vous voletez ? Ça alors… » Ostap poussa la curiosité jusqu’à prendre connaissance de l’article d’Oukhoudchanski intitulé Il faut améliorer le travail des Commissions de contrôle des magasins. Après quoi, Bender toisa de la tête aux pieds le curieux journaliste, eut un mauvais sourire et s’enferma dans son compartiment en éprouvant l’émotion familière au chasseur.

     Il n’en ressortit qu’au bout de trois heures, en tenant une grande feuille de papier réglée comme un bordereau.

     — En train d’écrire ? demanda Oukhoudchanski sans grand intérêt.

     — Ça vous est spécialement destiné., répondit le Grand Combinateur. J’ai remarqué que vous connaissiez en permanence les affres de la création. Écrire est bien sûr très difficile. En tant que vieil éditorialiste et confrère, je puis en témoigner. mais j’ai inventé un truc qui permet d’éviter d’attendre l’arrivée du flux de l’inspiration. Le voici. Daignez y jeter un coup d’œil.

     Et Ostap tendit à Oukhoudchanski la feuille de papier sur laquelle on pouvait lire :

 

L’ASSORTIMENT SOLENNEL.

MANUEL IRREMPLAÇABLE POUR COMPOSER

DES ARTICLES DE COMMÉMORATION,

DES FEUILLETONS MURAUX

ET AUSSI DES POÉSIES OFFICIELLES,

DES ODES ET DES HYMNES

 

Section I. Lexique

Substantifs

     1. Cris.

     2. Travailleurs

     3. Aube

     4. Vie

     5. Phare

     6. Erreurs

     7. Bannière (drapeau)

     8. Baal

     9. Moloch

     10. Valet

     11. Heure

     12. Ennemi

     13. Démarche

     14. Vague

     15. Sables

     16. Bond

     17. Cheval

     18. Cœur

     19. Passé

 

Adjectifs

     1. Impérialiste

     2. Capitaliste

     3. Historique.

     4. Dernier

     5. Industriel.

     6. D’acier

     7. De fer

 

Verbes

     1. Flamboyer

     2. Soulever/Monter

     3. Révéler/ Se montrer

     4. Rougir.

     5. Lever/ Se déployer

     6. Diriger/ Arriver

     7. Chanter

     8. Calomnier

     9. Grincer

     10. Menacer

 

Épithètes artistiques

     1. Méchant

     2. De dents (grincement)

 

Autres éléments de discours

     1. Neuvième

     2. Douzième

     3. Que…

     4. Soit !

     5. En avant !

 

     (Interjections, prépositions, conjonctions, virgules, points de suspension, points d’exclamation, guillemets, etc.)

 

     Rem. On met une virgule devant « que », « qui » et « si ». Les points de suspension, points d’exclamation et guillemets sont mis dès que c’est possible.

 

Section II. Créations

(Composées uniquement à partir du lexique de la première section)

 

§ 1  ÉDITORIAL

La neuvième vague

     Le Turksib, c’est le cheval de fer qui, levant d’un bond les sables du passé, dirige la démarche de l’histoire, révélant le grincement de dents immédiat de l’ennemi calomniateur sur lequel se lève déjà la neuvième vague qui menace de la douzième heure, l’heure dernière, les valets du Moloch impérialiste, ce Baal capitaliste ; mais, malgré les erreurs, que rougissent en se déployant les étendards auprès du phare de l’industrialisation qui flamboie sous les cris des travailleurs dont le chant des cœurs fait se montrer l’aube d’une vie nouvelle : en avant !

 

§ 2  ESQUISSE D’UN FEUILLETON

Soit  !

     — En avant !

     Il flamboie sous les cris des travailleurs…

     Il révèle l’aube d’une vie nouvelle…

     — Le phare !

     De l’industrialisation !

     Des erreurs isolées, soit. Soit. Mais comme ils rougissent… comme ils filent… comme ils se déploient… ces étendards ! Ces drapeaux !…

     — Le Baal du capitalisme, soit ! Le Moloch de l’impérialisme, soit ! Soit !

     Mais au-dessus des valets montent déjà :

     — La dernière vague !

     — La neuvième heure !

     — Le douzième Baal !

     Qu’ils calomnient. Qu’ils grincent des dents. Que se révèle l’ennemi aux dents haineuses !

     La démarche historique arrive. Les bonds de l’acier soulèvent les sables du passé.

     C’est « le cheval de fer » !…

     C’est :

    — La Grande !

     — Ligne de l’Est !

     « Les cœurs chantent »…

 

§ 2  POÈME

A) Le treizième Baal

          

          Les cœurs chantent sous le grondement des jours,

          Le phare tremble à l’aube du jour.

          Que frémisse l’ennemi haineux

          Devant l’industrie et ses feux.

          Le cheval de fer se rue en avant,

          Le bond de l’Histoire soulevant.

          Il emporte, avec leurs familles, les travailleurs

          Pour qu’ils révèlent les erreurs.

          La dernière heure se déploie.

          La neuvième vague rougeoie

          La douzième heure est là,

          Ô Moloch-Baal, pour toi !       

 

B) Variante asiatique

 

          L’ouriouk fleurit sous le grondement des jours,

          Le kichlak tremble à l’aube du jour.

          L’ichak va se promener

          Au milieu des aryks et des allées.

 

Décoration asiatique

     1. OURIOUK (abricotiers)

     2. ARYK (canal)

     3. ICHAK (âne)

     4. PLOV (nourriture)

     5. BAÏ (sale individu)

     6. BASMATCH (sale individu)

     7. CHACAL (animal)

     8. KICHLAK (village)

     9. PIALA (bol)

     10. MÉDRÉSSÉ (école religieuse)

     11. ITCHIGUI (chaussures)

     12. CHAÏTAN (le Diable)

     13. ARBA (charrette)

     14. CHAÏTAN-ARBA (chemins de fer d’Asie Centrale)

     15. TOI-MOI PAS COMPRENDRE (expression)

     16. PETIT-PETIT (autre expression)

 

Appendice

     À l’aide des matériaux de la Section I et en utilisant les méthodes exposées dans la Section II, on peut également composer des romans, des nouvelles, des poèmes en prose, des chroniques, des épopées, des pièces, des commentaires politiques, des croquis de mœurs, des jeux politiques à gage, des oratorios pour la radio, etc.

 

     Les yeux d’Oukhoudchanski, jusque là troubles, s’animèrent à la lecture du document ; lui qui se contentait jusqu’alors de comptes rendus de réunions voyait s’ouvrir devant lui de brillantes hauteurs stylistiques.

     — Et tout cela pour vingt-cinq tougriks, vingt-cinq roubles mongols, dit sans hâte le Grand Combinateur torturé par la faim.

     — Je n’ai pas de roubles mongols, dit le collaborateur du journal syndical sans lâcher l’Assortiment solennel.

     Ostap consentit à prendre des roubles ordinaires, invita Gargantua, qu’il appelait déjà son ami et son bienfaiteur, et tous deux se rendirent au wagon-restaurant. On lui apporta une carafe de vodka ayant  l’éclat de la glace et du mercure, une salade et une côtelette lourde comme un fer à cheval. Après la vodka, qui lui fit un peu tourner la tête, le Grand Combinateur confia sous le sceau du secret à son ami et bienfaiteur qu’il espérait retrouver, dans la « petite ville » du Nord, un citoyen qui lui devait un peu d’argent. Il inviterait alors tous les correspondants à un festin. Gargantua répondit par un long discours se voulant persuasif mais dans lequel, comme d’habitude, on ne pouvait comprendre un traître mot. Ostap appela le buffetier et lui demanda s’il transportait du champagne, et combien de bouteilles, et quid des autres mets délicats, et en quelles quantités, en précisant qu’il avait besoin de ces informations parce qu’il avait l’intention, d’ici deux jours, d’offrir un banquet à ses confrères écrivains. Le buffetier répondit que tout ce qu’il était possible de faire serait fait.

     « Conformément aux lois de l’hospitalité », ajouta-t-il étrangement.

     Les nomades se faisaient de plus en plus nombreux au fur et à mesure que l’on approchait du point de jonction. Portant des chapeaux ressemblant à des pagodes chinoises, ils descendaient les collines comme pour couper la route au train. Celui-ci roulait à grand fracas, sa tête plongeant dans les trouées faites dans les roches de porphyre, il franchit un pont  tout neuf à trois arches dont la dernière ferme avait été installée seulement la veille et entreprit de venir à bout du célèbre col de Cristal. C’étaient les constructeurs du Turksib qui avaient rendu ce col célèbre en réalisant les travaux de sape et la pose des rails en trois mois, au lieu des huit prévus par le plan.

     Tout un mode de vie s’était peu à peu établi dans le train. Les étrangers, qui avaient quitté Moscou engoncés dans des cols durs comme de la faïence d’apothicaire et portant de lourds costumes de tissu et de pesantes cravates en soie, commencèrent à se déboutonner. La fournaise triomphait. Le premier à trahir son habit fut l’un des Américains. Avec un petit rire gêné, il sortit de son wagon dans un étrange accoutrement. Il portait de gros souliers jaunes, des culottes et des chaussettes de golf, des lunettes à monture de corne et une chemise russe brodée de petites croix, sur le modèle de celles portées par les fournisseurs de céréales. Et plus la chaleur augmentait, moins les étrangers restaient fidèles au concept du costume européen. Les chemises à la russe, « apache », « geisha », « fantaisie », « à la Tolstoï », « pseudo-Tolstoï »,  « demi-Tolstoï », les sandales odessites et les mules transfigurèrent les travailleurs de la presse capitaliste. Ils devinrent étonnamment semblables aux anciens employés soviétiques, on avait furieusement envie de les épurer, de leur tirer les vers du nez pour savoir ce qu’ils faisaient avant 1917, s’ils n’étaient pas bureaucrates, ganaches ou issus de familles prospères.

     Couverte de drapeaux et de guirlandes, la diligente petite brebis amena en pleine nuit le train spécial à la gare de La Source Crépitante, endroit où se faisait la jonction. Les cadreurs allumaient des chandelles romaines. Sous leur forte lumière blanche se tenait le Constructeur en chef qui contemplait le train, ému. Les wagons n’étaient pas éclairés. Tout le monde dormait, à l’intérieur. Seul les grandes fenêtres carrées du salon des officiels brillaient.  Sa porte s’ouvrit rapidement et un membre du gouvernement sauta à terre.

     Le Constructeur de la Ligne fit un pas en avant, porta la main à sa visière et fit le rapport qu’attendait le pays tout entier. La grande Ligne de l’Est, faisant la jonction entre la Sibérie et l’Asie Centrale, était achevée avec un an d’avance.

     Une fois les formalités accomplies, le rapport fait et reçu, les deux hommes, ni jeunes ni sentimentaux, s’embrassèrent.

     Tous les correspondants, les étrangers comme les soviétiques, y compris Lavoisian qui, dans son impatience, avait envoyé un télégramme au sujet de la fumée sortant de la cheminée de la locomotive, et la jeune Canadienne arrivée comme une dératée d'au-delà de l’océan, tous dormaient. Seul Palamidov s’agitait sur le remblai tout neuf en cherchant un bureau de télégraphe. Il avait calculé qu’en envoyant un express aussitôt, la nouvelle serait dans l’édition de la matinée. Et, dans la nuit du désert, il trouva la petite izba bâtie à la hâte pour abriter le télégraphe.

     « SOUS LUEUR ÉTOILES, écrivit-il en râlant contre son crayon, RAPPORT FAIT SUR ACHÈVEMENT LIGNE STOP TÉMOIN EMBRASSADE HISTORIQUE CONSTRUCTEUR ET MEMBRE GOUVERNEMENT PALAMIDOV. »

     La rédaction du journal fit paraître la première partie et laissa tomber l’embrassade. Le rédacteur en chef dit qu’il était inconvenant, pour un membre du gouvernement, de se livrer à des embrassades.    

 

 

Notice synthétique

 

     À propos des locomotives soviétiques du type « O », notamment le sous-type « Ov » (ici écrit OV par les auteurs), surnommé Ovietchka (le petit mouton, la petite brebis) :https://fr.wikipedia.org/wiki/O_(locomotive_%C3%A0_vapeur)#:~:text=Les%20locomotives%20%C3%A0%20vapeur%20du,russe%2C%20entre%201925%20et%201928.

     Les anciens du coin : Chtcheglov signale que la formule est un cliché littéraire de l’époque.

     Rappel du chapitre 24 : les « petites villes » sont les installations mobiles de pose des rails qui se dirigent l’une vers l’autre et doivent faire leur jonction pour ouvrir la ligne entière du Turksib.

     Un tel éclair de magnésium que la terre trembla et que les chiens aboyèrent à cent kilomètres à la ronde : A. Préchac signale ici un bref retour à l’humour odessite, l’équivalent de l’ancienne exagération marseillaise…

     Ivan Chtcheglov fait remarquer que L’Assortiment solennel reprend (peut-être sans le savoir) le « modèle stylistique » ironiquement proposé par Furetière (Roman bourgeois, 1666) pour le vocabulaire précieux. Moins savamment, je le rapprocherai du Tampon universel proposé au chapitre 19.

     On met une virgule, etc : en russe, les propositions subordonnées sont précédées d’une virgule.

     Le travail d’Ostap est en avance sur les recherches de l’Oulipo. Quelques termes utilisés dans la suite manquent dans le lexique, mais l’essentiel y est. Le résultat est bien entendu d’une lourdeur grotesque.

     I. Chtcheglov voit dans l’esquisse du § 2 un exemple parodique de poésie urbaine et industrielle hérité de Verhaeren. Le genre était à la mode et l’on s’y adonnait avec plus (Gorki : Chant de l’oiseau-tempête) ou moins (Guerchouni, Gastiev) de talent. On peut aussi y voir une imitation satirique de Maïakovski.

     Le vocabulaire asiatique est expliqué dans la suite. L’aryk est un canal d’irrigation. Ouriouk désigne plutôt des abricots secs. Le plov est un plat de riz à la viande, assez gras, en général traduit par pilaf. Baï désigne un richard (cf Bey). À propos des Basmatches :

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_basmatchi

Itchigui désigne les bottes traditionnelles tatares.

La Charrette du Diable : appellation locale, apparemment, donnée aux premières lignes (à ne pas confondre avec le Turksib) du Turkestan russe, construites à partir de 1880. I. Chtcheglov signale qu’on trouve cette appellation chez d’autres auteurs ayant écrit sur l’Asie Centrale, comme Vsiévolod Ivanov et Démian Biedny.

Petit-petit est une déformation de l’expression russe signifiant peu à peu, petit à petit.    

     Conformément aux lois de l’hospitalité : la tournure russe employée est grammaticalement fautive. Les auteurs veulent peut-être indiquer que le garçon a peu d’instruction…

     Instruisons-nous quant à la « dernière ferme » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ferme_(charpente)

     Rappel : la chemise russe est boutonnée sur le côté.

     On avait furieusement envie… Rappel brusque et sauvagement ironique de l’épuration des cadres évoquée dans la première partie du livre.

 

Répertoire général des traductions de ce blog :

https://blogs.mediapart.fr/m-tessier/blog/280418/deuxieme-repertoire

 

 

 

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