M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Billet de blog 14 mars 2022

Un entretien avec Boris Akounine

Boris Akounine est l’un des plus célèbres écrivains russes contemporains. Voici la traduction d’un entretien avec lui le 12 mars sur Radio Svoboda.

M Tessier
Лентяй (fainéant), бывший неудачник (ex- loser), негодяй (vaurien), самозванец (imposteur), лицемер (hypocrite), категоричный (péremptoire), retraité sans gloire, probable escroc, possible usurpateur, politiquement suspect, traducteur très amateur de littérature russe.
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Moumine Charikov : « Je veux m’entretenir avec Boris Akounine de ce qui nous est arrivé à tous, à la Russie et à ses citoyens avant et après le 24 février.

     Grigori Chalvovitch (Boris Akounine est un nom d’auteur. Il s’appelle en réalité Grigori Chalvovitch Tchkhartichvili ), pourquoi l’une des nations parmi les plus instruites et les plus cultivées au monde se retrouve-t-elle l’otage d’un homme qui menace aujourd’hui d’employer l’arme atomique et fait bombarder des dizaines de villes paisibles en Ukraine ? Comment pouvons-nous admettre cela ? Excusez le pathos. »

Boris Akounine : « Ce n’est pas du pathos, c’est une question parfaitement valable, que nous nous posons tous à l’heure actuelle, et que nous pose notre entourage. J’entends par nous les Russes qui vivent à l’extérieur des frontières de la Russie. Nous nous sommes retrouvés (je parle maintenant des gens de langue et de culture russes) dans une situation extrêmement traumatisante. Bien sûr, cela n’est pas comparable à la situation tragique dans laquelle sont les Ukrainiens, que l’on tue, que l’on mitraille et que l’on chasse de leurs maisons. Mais je crois que lorsque cette guerre prendra fin (et je crois que sa phase aiguë ne doit pas se prolonger trop), tout ira bien pour l’Ukraine et pour les Ukrainiens, le monde entier leur viendra en aide. Ils ont fait la démonstration, devant le monde entier, qu’ils étaient un État véritable, solide. Leur fermeté et leur solidarité suscitent le respect. La vie en Ukraine ira de mieux en mieux. Alors que la vie en Russie ira maintenant de mal en pis, parce que Vladimir Poutine, qui croyait détruire l’État ukrainien, a en fait détruit l’État de la Fédération de Russie. Et ce sera pire que tout pour ceux qui sont devenus les otages de Poutine, ceux qui vivent sur le territoire de la Russie, leur vie sera pénible, ce sera de pire en pire. Mais, également pour ceux qui sont à l’extérieur de la Russie, c’est déjà pénible et ça le sera par la suite. La fameuse russophobie, jusqu’alors simple invention des propagandistes, des nationalistes et de toutes sortes d’idiots est devenue à présent un fait. Et le plus effrayant est que  cette sale réputation, la Russie la mérite. Nous sommes effectivement coupables d’avoir laissé la Russie se retrouver dans les mains d’un homme qui a agressé l’Ukraine et menace le monde de l’arme nucléaire. »

Moumine Charikov : « Vous pouvez reconnaître, comme le font certains experts, que ce n’est pas Poutine qui a agressé l’Ukraine, mais que c’est la Russie ? Tous les sondages, y compris dans la rue, devant la caméra, montrent que la population soutient et approuve chaleureusement la guerre fratricide. Qu’en dites-vous ? »

Boris Akounine : « Premièrement, les gens qui vivent dans un État sans liberté sont faux, ils disent souvent une chose et pensent autrement. Ayant grandi en Union Soviétique, je me rappelle très bien comment cela fonctionne. Deuxièmement, la conscience des masses met du temps à mûrir. Et entretemps, en gros, les gens regardent le film qu’on leur montre à la télévision. Ces gens vont dans quelques temps être confrontés aux résultats de la débâcle économique et politique provoqués par Poutine dans son propre pays. Cela prendra la forme de l’inflation, de la hausse des prix, du chômage, des magasins vides, de la terreur étatique sans cesse croissante. De tous les côtés on m’écrit, on me rappelle l’époque où l’on enregistrait quatre millions de dénonciations, et, à l’heure actuelle,    on attrape sur Internet ceux qui posent des « like » à tel endroit, qui fouinent quelque part, on fait des rapports à leur sujet. Il suffit de créer ce genre d’atmosphère dans le milieu social, et il se trouve toujours des canailles et des gens qu’on peut acheter, qui se serviront de cela. Le monde doit comprendre que le seul espoir de rénovationn de la Russie, de son retour à une forme normale d’État doit être liée au peuple russe. Seul sa propre population, son propre peuple peuvent renverser cette dictature. »

Moumine Charikov : « Jusqu’à quel point sont corrects les parallèles faits avec l’Allemagne des années trente : là-bas, la défaite lors de la Première guerre mondiale, ici l’effondrement de l’URSS et le krach de l’économie soviétique, là-bas Hitler et sa revanche à l’aide de l’idéologie nazie, ici Poutine et sa revanche impériale avec une tentative de colonisation de l’Ukraine ? Pour dénominateur commun : la guerre à grande échelle au centre de l’Europe. »

Boris Akounine : « Ce parallèle politique est incorrect. La situation de l’Allemagne de Weimar et celle de la Russie en 2022 ne sont pas comparables. La Russie qui a agressé l’Ukraine en 2022 était un tout autre pays. Il n’y avait ici aucun désespoir d’ordre économique, il n’y avait pas d’aigreur sociale globale. Tout ce qui arrive est la conséquence de la mégalomanie et des illusions d’un seul homme dont un énorme pays s’est retrouvé l’otage. Toute cette guerre, tout cet échafaudage, toute cette Ukraine fantasmatique sont nés dans le cerveau d’un seul homme, qui prend tout seul les décisions dans ce pays. Cette guerre est très exactement la guerre que Poutine fait à l’Ukraine et au monde entier. »

Moumine Charikov : « Une totale défaite morale et militaire est-elle nécessaire pour bâtir une société européenne normale, faut-il en passer par l’Apocalypse et le cataclysme ? »

Boris Akounine : « Non. Je ne veux pas la défaite de la Russie. Je veux la défaite de l’État de Poutine, elle a d’ailleurs déjà eu lieu, même si son armée remporte ça et là quelques victoires, même si elle s’empare de Kiev… Jusqu’à présent, elle n’a remporté aucune victoire et le Blitzkrieg a échoué. Elle a déjà perdu dans la guerre essentielle, politique, économique, celle des images, cette dernière étant très importante dans le monde actuel. Cette guerre est perdue. Cet État est condamné.  Combien de temps cela prendra et quel sera le prix à payer pour la transformation de cet État en une Russie nouvelle, ce sont des questions plus lointaines. Mais ce ne sera plus la Russie de Poutine. »

Moumine Charikov : « Pendant que nous discutons, des gens meurent et une terrible guerre a lieu. Un pilote russe est parti de Crimée pour aller bombarder le territoire où vit sa mère. Il a été abattu par la D.C.A. ukrainienne et fait prisonnier. À présent, elle dit sa honte d’avoir élevé un occupant. On peut voir cette vidéo sur Internet. Cette histoire nous ramène à la tragédie antique ? »

  Boris Akounine : « C’est une histoire répugnante. Je ne comprends pas ce qui vient à l’esprit de ces gens. Ils ont sans doute peur de leurs supérieurs. Ou alors ils n’ont aucune idée. Je ne peux pas imaginer ce qui se passe dans la tête d’un officier, à quel point sa tête doit être pleine de sable pour aller bombarder les Ukrainiens et leur tirer dessus avec leurs canons. Les plus grands criminels, dans ce régime de Poutine, ce sont les propagandistes de la télévision, qui composent un tableau agressif et mensonger du monde. »

Moumine Charikov : « Quels mythes au sujet des Russes et des habitants de la Fédération de Russie cette guerre a-t-elle détruits ? »

Boris Akounine : « À l’intérieur de la Russie, le mythe n’est pas encore détruit, mais cela se produira bientôt. Le mythe selon lequel Poutine ne commet jamais d’erreur s’écroulera. Les gens verront qu’il a fait une erreur qu’ils ne lui pardonneront pas. Le mythe selon lequel l’Empire est une bonne chose va s’écrouler. L’Empire est une mauvaise chose. Et cet écroulement se prolongera. Quant au monde et à ses relations avec la Russie et les Russes, c’est comme vis-à-vis des Allemands en 1940-1941, quand on ne pouvait pas encore distinguer qui était pour Hitler et qui était contre. Sur les réseaux sociaux, des Ukrainiens m’envoient leur haine et leur dégoût… Je comprends qu’en fait, ils veulent les adresser à Poutine, mais leurs cris ne peuvent parvenir à Poutine, mais ça leur est égal, que ce soit Poutine ou pas. Ils me lancent à la figure toutes ces accusations parce que j’écris en russe, je suis un écrivain russe. Et je comprends la situation de ces gens, comme ils vont mal, comme c’est terrible pour eux, quelle tragédie ils traversent. Il est même impossible de se vexer de cela. On ne peut qu’en être affligé. »

Moumine Charikov : « Imaginons ceci : quelqu’un tourne un film, et pendant ce temps-là une guerre a lieu et un tas de gens meurent, les troupes russes bombardent less villes. Son film ne réduit-il pas au néant cette histoire ? Comment pouvez-vous penser à écrire à l’heure actuelle, en sachant que tout à côté les gens périssent ? Vous pouvez forcer votre plume pour écrire ce qui vous vient à l’esprit, ou vous avez suspendu votre métier d’écrivain ? »

Boris Akounine : « Mon travail d’écrivain est entièrement arrêté depuis le 24 février, je ne peux pas travailler à l’heure actuelle. Les premiers jours, je n’arrivais pas à croire à ce qui se produisait. Puis j’ai fini par comprendre qu’il fallait tenter de faire quelque chose, parce que demeurer assis en s’indignant, écrire deux-trois phrases sur les réseaux sociaux, c’est seulement déverser son émotion. C’est pourquoi nous avons mis sur pied le mouvement « La Russie véritable », pas la Russie de Poutine, mais la Russie telle qu’elle doit être effectivement, normale. La première tâche de ce mouvement est d’organiser un mouvement au sein des gens de culture russe dans le monde entier pour venir en aide à ceux  qui sont aujourd’hui dans la pire situation, les réfugiés ukrainiens, pour réunir de l’argent. De nombreux Russes… tous ceux que je connais y contribuent à leur façon, participent à des actions pour réunir des fonds. Nous voulons attirer tous ces gens dispersés dans le monde entier, constituer peut-être une sorte de fondation unique pour réunir de l’argent et les aider. Parce que nous sommes dans une situation effrayante, nous sommes désemparés, nous sommes perdus, nous voulons tous faire quelque chose. »

Moumine Charikov : « Près de 18 millions de gens ont regardé votre entretien avec Iouri Doud’ (journaliste russe né en 1986). En voici une citation : “En quelques jours, les mots La Russie et les Russes sont devenus toxiques dans le monde entier, ils sont injurieux. Cela n’était jamais arrivé.” Comment échapper à cette haine ? Il n’est pas exclu qu’on nous crache à la figure. »

Boris Akounine : « Premièrement, il faut agir, apporter de l’aide. Deuxièmement, il faut faire savoir au monde entier, par des paroles et par des actes, que Poutine, ce n’est pas la Russie, c’est un ennemi de la Russie, un dictateur temporaire, que nous, nous sommes vivants et que nous combattrons cette dictature, qu’en conjuguant nos efforts à tous, nous ferons que la Russie se rétablira. »

Moumine Charikov : « “Le Russe moyen se réjouit plutôt des sanctions occidentales : retour à l’égalité, les compatriotes riches arrêteront de frimer. Tout le monde sera uniformément pauvre.” C’est extrait d’un entretien avec Alexandre Nevzorov (journaliste de presse et de télévision). Vous êtes d’accord avec cette vision du “peuple profond” ? Ce sont encore les mots de Nevzorov. »

Boris Akounine : « Il ne s’agit pas du peuple profond, mais du peuple imbécile, des gens idiots, tels qu’il y en a en Russie comme dans n’importe quel pays. Les sots ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Mais en Russie, bien des gens ne sont pas idiots, et ils voient ce qui se passe. Et bien des gens intelligents savent déjà ce qu’ils doivent faire. »

Moumine Charikov : « Cette guerre nous permet de plus en plus d’analyser ce qui se passe. Voici la dernière information : l’invitation faite à des volontaires (ou à des mercenaires) des pays arabes. Comment peut-il venir à l’esprit de patriotes russes de faire appel à des Syriens pour faire la guerre pour la Russie ? »

Boris Akounine : « Qui appelez-vous des patriotes russes ? »

Moumine Charikov : « Il faut croire, ceux qui prennent ces décisions, qui soutiennent cette guerre… »

Boris Akounine : « Des laquais de Poutine. Que dire de sérieux à leur sujet ? Ces gens n’ont qu’une idée en tête : complaire aux chefs. Ces mêmes gens pour qui aimer la Patrie, c’est aimer Son Excellence. Je ne vais me livrer à aucune psychanalyse. »

Moumine Charikov : « “Il faut partir de la compréhension du cauchemar que nous avons infligé au monde. L’issue passe nécessairement par une repentance massive, nationale.” Ces mots sont de Victor Chenderovitch (écrivain et présentateur d’émissions de télévision). Notre nation est-elle capable de se repentir ? Ou bien ce n’est pas pour les habitants de la Russie ? »

Boris Akounine : « Le repentir, c’est pour les croyants. Je n’en fais pas partie. Je ne crois pas au repentir, mais à l’action réparatrice. Si tu as fait quelque chose, corrige-le. Et Victor Chenderovitch n’a pas à se repentir de quoi que ce soit, car il s’est toujours comporté avec hardiesse, il n’a pas eu peur de s’opposer à ce régime, ce qui lui a valu de voir d’abord sa carrière brisée, puis lui-même de devoir s’exiler. Nous devons tous réunir nos efforts pour laver le nom Russie de la boue dont l’a couvert Vladimir Poutine, effacer la saleté qu’il a déposée sur le nom Russe. »

Moumine Charikov : « L’historien Nathan Eidelman (auteur et historien soviétique, 1930-1989), dans son livre La Révolution par en-haut, a écrit : “ En Russie, une grande part des changements, révolutionnaires aussi bien que contre-révolutionnaires, vient d’en-haut, de l’État ou d’un relativement petit groupe de gens aspirant à s’emparer du pouvoir et à devenir l’État.” Est-il possible de voir surgir en Russie un homme du rang comme l’électricien Lech Walesa, lequel a bouleversé la carte de l’Europe et fut élu président de la Pologne ? »

Boris Akounine : « C’est possible. Parce que cette fois, les changements qui vont se produire en Russie sont assez imprévisibles. Comme tout empire, la Russie s’est jusqu’à présent définie par les évènements se produisant dans sa capitale. À chaque fois, le pouvoir central est tombé lorsque la population de la capitale s’est soulevée, que ce soit en février 1917, en octobre 1917 ou en août 1991. Poutine a rassemblé à présent dans la capitale une quantité incroyable de gendarmes, de Cosaques, de membres de sa Garde et autres. Et, dans la mesure où il redoute beaucoup quelque chose du genre de Maïdan, il en sera de même à l’avenir. Mais le résultat, c’est qu’il est parfaitement possible qu’un mouvement populaire naisse quelque part à la périphérie, où le régime n’aura pas à sa disposition un tel nombre d’argousins. Cet immense pays, allant d’un océan à l’autre, quand il connaîtra un vrai début de fermentation économique et sociale, deviendra vulnérable en de très nombreux endroits. Quelque part, inévitablement, le tissu se déchirera. »

Moumine Charikov : « Ces cent dernières années, tous ceux qui ont été choisis ou qui ont dirigé le pays, que ce soit Lénine, Staline ou Khrouchtchev, ont brisé l’histoire sur leur genou. Même Alexeï Navalny, aujourd’hui en prison, s’il reste en vie, il ne parviendra pas au pouvoir par des voies simples. Sommes-nous condamnés à n’avoir que des gens brisant l’histoire sur leur genou ? Nous n’aurons jamais de président-gestionnaire qui s’occupera des affaires courantes ? »

Boris Akounine : « Pour cela, la Russie doit modifier son format étatique. Le format sous lequel elle existe depuis au moins 500 ans, ultra-centralisé, toutes les décisions étant prises au palais du tsar, dans le bureau du secrétaire général ou celui du président, ce format écarte tout principe démocratique. Pourquoi la façon dont on vit à Vladivostok doit-il être décidé dans un cabinet du Kremlin ? La Russie doit devenir une vrais fédération. La Russie doit se démoscoviser. Les décisions les plus importantes touchant à la vie des gens ordinaires doivent être prises là où ces gens vivent. c’est là que doit rester, pour l’essentiel, l’argent. Quand la Russie sera devenue une véritable fédération, alors y deviendront possibles et la démocratie, et l’autorité de la loi, et une activité normale de parlementaires, et une presse travaillant dans des conditions normales. Il y faut un effort conscient pour modifier entièrement la Constitution de la Russie. À propos,  le fédéralisme figure dans les premiers points du programme d’ Alexeï Navalny. Cette idée fait surface. J’espère grandement que ce sera le prochain format de la Russie. »

Moumine Charikov : « Les pessimistes disent que si la Russie perd cette guerre (et tout tend à ce que, au minimum, elle ne la gagne pas), il y a un risque d’écroulement du pays. Vous avez ce genre d’appréhension ? Ou bien ce n’est qu’un prétexte, et les gens se montreront plus intelligents ? »

Boris Akounine : « C’est presque inévitable. Il n’y a que deux moyens pour tenir cet immense pays : ou bien la violence et la peur, quand on envoie les parachutistes au premier mouvement pour sortir du pays, c’est la sempiternelle méthode russe ; l’autre moyen, c’est qu’il soit avantageux pour tout le monde de vivre ensemble, et que tout le monde le choisit de son plein gré, ça c’est une véritable fédération. La démocratie russe s’est brisée en Tchétchénie, sur le mouvement séparatiste, il fallait à ce moment-là, en 1995, à partir du moment où la Tchétchénie ne voulait plus rester dans la Fédération de Russie, l’en faire tout simplement sortir et placer nettement la frontière. Que les gens vivent, à l’avenir, comme ils l’entendent : en obéissant à la charia ou dans une Russie démocratique.  La qualité d’un pays ne réside pas dans ses dimensions , mais dans la qualité de la vie de ses citoyens. »

Moumine Charikov : « L’un des derniers évènements : 200 recteurs ont signé un texte de soutien à la guerre. C’est par peur de sortir de leur zone de confort, ou par conviction ? »

Boris Akounine : « Tous ces recteurs sont des gens sous dépendance, ce sont de nouveaux serfs. Soit ils signent, soit ils sont débarqués. Sans parler du fait que ,toutes ces années sous Poutine, ils ne sont pas arrivés par hasard à leur poste. Il ne faut y accorder aucune attention. Les fonctionnaires sont des fonctionnaires. On leur dit de signer, ils signent. »

Moumine Charikov : « Que pensez-vous de la conduite de la jeune génération, les gens qui manifestent aujourd’hui ? ils vont transformer le pays ? Ou alors nous devons malgré tout nous attendre à quelque révolution par en-haut ? »

Boris Akounine : « Ils suscitent mon admiration. Ils sont bien mieux que les gens de ma génération au même âge. Des années de flots d’information libre (allusion aux réseaux sociaux) façonnent tout de même des gens libres. Je crois qu’ils s’en sortiront mieux que nous. »

Moumine Charikov : « Il y a tout de même en Russie des forces d’opposition, on cite souvent Iabloko (parti de centre gauche), qui n’est pas très populaire à l’heure actuelle. Y a-t-il une chance qu’un parti libéral (au sens politique) devienne quand même une force politique ? Ou cela dépendra-t-il de quand s’en ira Poutine, et dans quelles conditions ?

Boris Akounine : « Jusqu’à la révolution, il ne va rien se produire. On peut simplement oublier cette idée, aucune politique n’émergera en Russie jusqu’à ce que le régime craque.

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À propos de Boris Akounine :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Akounine

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Répertoire général des traductions de ce blog :

https://blogs.mediapart.fr/m-tessier/blog/280418/deuxieme-repertoire

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