L'écologie populaire et démocratique est possible – mais pas avec tout le monde

Le cadavre bouge encore ! Le centre mou de la sociale-démocratie refuse de reconnaître qu’après des décennies à nous la faire à l’envers, il est temps pour lui de passer la main. Passée de « mon-ennemi-la-finance » à l’écolo-tartufferie tendance alliance Audrey Pulvar / EELV, la gauche bourgeoise se prépare maintenant au « monde d’après »... C'est à dire à passer un coup de vernis sur l'avant.

« Les affaires reprennent pour le socialiste Olivier Faure ou l’écologiste Yannick Jadot, l’heure est aux alliances et aux tribunes. Si l’on en croit le texte commun publié dans L’Obs, 150 personnalités de gauche et de centre-gauche seraient en train de construire un rassemblement à même de faire des propositions communes et aussi, pourquoi pas, de construire la fameuse « union de la gauche ». Y a-t-il vraiment de quoi se réjouir ? », se demandaient Usul et Cotentin dans une vidéo récente.  

La réponse, évidemment, est non. Et il n'y a guère que l'alliance grotesque Bigard-De Villiers-Raoult-Onfray, donc la tendance facho-démago-climato-sceptique, qui puisse sortir gagnante d'une telle combinaison.  

Car le « monde d’après », s’il se veut autre chose que la sinistre répétition de tout ce qui nous a mené là où nous en sommes, c’est-à-dire bien au fond du trou, ne pourra se faire que sur les bases, radicales, de l’écologie sociale -donc : populaire- et de la démocratie directe –et non pas sous les auspices de ces grotesques et pathétiques brimborions centristes que constituent le néo-capitalisme verdoyant et la démocratie dite « participative », qui ne consiste qu’à poser du verni sur un système prétendument « représentatif » qui ne représente plus personne et dont plus personne ne veut.

A part quelques égarés, adeptes du vaudou et désireux de redonner souffle au corps sans vie d’un « centre » « gauche » dont Hollande et Macron, et avant eux Mitterrand, ont pourtant montré le degré de toxicité qu’il pouvait atteindre.

Le monde d’après avec le PS ? avec EELV ? avec Raphael Glucksmann ? Avec tous ces petits bourgeois proprets qui connaissent aussi bien les problématiques de la vie populaire que Macron le rap des banlieues ? Vous y croyez encore ?

Comment peut-on encore imaginer que les mêmes classes sociales, qui se prétendent encore une « élite » et qui nous ont projetés gaiement et résolument la gueule dans le mur, seront à même de nous indiquer la sortie ?

Mais qui peut encore prendre ces guignols au sérieux, après Nuit Debout, après les Gilets Jaunes, après les révoltes féministes, après les émeutes dans les quartiers, après la vague de protestation contre la violence policière et le racisme d’Etat – bref, après tous ces mouvements populaires, auto-organisés, qui, tous à leur façon, expriment leur ras-le-bol face à ces avant-gardes se croyant éclairées qui, du gouvernement à « l’opposition », n’écoutent dans la parole libérée que ce qui lui fait croire que les gens continueront à voter pour elle ?  

Qui ? Une partie de l’électorat, certes succincte. Et une majeure partie des médias dominants, adepte de l'écologie minimale d'EELV, toujours ravis d’avoir l’avis de Montebourg sur la made in France et d’accueillir à une heure de grande écoute une énième pleurnicherie de Hulot nous enjoignant à tout changer, la larme à l’œil, en chouinant que ça suffit comme ça, tandis que de l’autre côté du poste, la Binoche rédige une tribune de plus pour la défense des ours polaires.

Peut-on enfin considérer qu’on les a assez entendus, et que d’autres courants politiques (au hasard, les anarchistes, tiens) ont maintenant, plus que les sociaux-traîtres, leur mot à dire ?

Résultat : le monde politique du « monde d’après » fait triste mine.

Regardons à Nice : pour les municipales, choix nous est donné, au deuxième tour, entre la droite estrosiste, qu’on ne présente plus, l’extrême-droite vardiste, du nom de Philippe Vardon, passé des saluts nazis pendant les concerts skinhead, des apéros pinard-cochon et des tabassages en cagoule et bar à mine de punks antifa au costume-cravate du FN « dédiabolisé », et la gauche-de-droite, représenté par l’inénarrable Jean-Marc Governatori, ancien grand patron ayant connu toutes les étiquettes possibles (divers droite, UDF…) et devenu tout vert du dehors depuis que l’écologie est à la mode dans les urnes.

Et les thuriféraires de la bonne vieille alliance-de-tous-à-la-gauche-du-FN de réactiver les plus belles heures du vote Chirac. Pour « faire barrage » au FN, voter pour la gauche de droite. Mais se sera sans moi, sans nous.

Car cette mouvance gauche de droite, bourgeoise et écolo-tartuffe, est un naufrage intellectuel, programmatique et éthique. L’incarnation d’un vieux monde persuadé de servir encore à quelque chose et d’être doté d’une quelconque capacité d’opposition.

Et tu parles d’une opposition !

Un rapide passage sur la description des candidats, sur la page internet de monsieur Governatori, nous laisse bien voir où cette « écologie » en est rendue.

Il y a la tête de liste, donc, « élu deux fois meilleur gestionnaire de France, il est aussi référent vegan et végétarien pour la liste de Yannick Jadot aux Européennes. Depuis ses débuts en politique, Jean Marc vise à dépasser le clivage droite-gauche afin de créer une alternative permettant de respecter le vivant et l’environnement, réunissant toutes les forces de la société. » Génial. Dépasser le clivage gauche-droite, voilà qui est novateur, c’est bien la première fois que j’entends ça.

Il y a la n°2, « l’étudiante passée par Stanford devient ingénieure en électronique […]. Candidate aux législatives avec Jean-François Knecht en 2002, elle fut conseillère régionale PACA de 2004 à 2010, vice-présidente de la commission développement économique. Elle est actuellement conseillère municipale d’opposition à Nice sous l’étiquette EELV [où elle ne s’est opposée à AUCUNE des frasques liberticides de la mairie] ». En voilà, du renouvellement. Magnifique.  

Il y a mon chouchou, jeune banquier vert aux dents longues, « 28 ans, né à Nice, conseiller clientèle dans un établissement bancaire. Ayant fait ses études à Nice et diplômé d’une licence en Banque, Assurance et Finance, son action politique est tournée principalement pour une finance maîtrisée au service de l’économie réelle et non spéculative, et une finance verte et solidaire qui soit au cœur de la transition écologique et luttant contre la pauvreté » Ah, la finance verte ! Merveilleux.

Il y a Céline, « proche aujourd’hui du Printemps Républicain, mouvement qui défend une conception des valeurs de la République, en insistant sur la défense de la laïcité » et qui est surtout ouvertement islamophobe. Super.

Il y a Claude, qui a « grandit à  Montpellier où elle fait des études de Médecine. Elle s’établit à Nice en 1975 et y ouvre un cabinet d’ORL en 1982. Claude a toujours eu des engagements associatifs au long de ses études et de sa vie professionnelle. Elle est actuellement active au Rotary […] Ah, le Rotary et le « monde d’après ». Incroyable.

Autre profil emblématique, Francis, « né dans le Var. Il exerce durant 10 ans le métier de comédien avant de s’enrichir d’expériences professionnelles nouvelles : commercial, création d’une agence immobilière, d’un restaurant etc… » Stupéfiant.

Chargés de com, « Directrice Commerciale à l’international dans les nouvelles technologies », cadres sup’, ingénieurs, médecins, pharmaciens, agents immobiliers, spécialistes en management, « artistes » … Tous unis pour nous faire la belle promesse d’un monde plus écolo. Il a belle gueule, le tournant civilisationnel.

N’en jetez plus. Qui peut encore les croire ?

Et pendant que les bourgeois reconstruisent la piteuse petite baraque de la social-démocratie "écolo", les démagos, soutenus par un président en mal de notoriété (euphémisme), se parent des mérites et des vertus du « vrai peuple » et montent eux aussi au front : Bigard, avec son masque si raffiné « allez tous vous faire enculer » (parce que le vrai peuple est comme ça, n’est-ce pas), pérore sur BFMTV ; Zemmour fait la campagne de Louis Alliot ; Raoult le divin voyant monte à la barre avec Michel Onfray, Chevènement et Philippe de Villers (qui a vu son parc-à-facho réouvert par les grâces de Macron-le-petit) au sein d’une délicieuse revue, « front populaire » -alors qu’elle aurait dû tout simplement s’appeler « front national », le nom étant à nouveau disponible ; et Hanouna ricane avec sa bande de sous-doués tout en déposant le nom de domaine « Hanouna 2022 », parce qu’on ne sait jamais.

Tous avec ces mots en bouche : le peuple ! la lutte contre les « élites » ! Ils sont bien gentils, ces millionnaires « populaires », de nous venir en aide pour nous aider à reconstruire un monde d’après qui ressemblerait enfin à la « vraie France », pas comme ce que proposent ces bobos mondialisés avec leurs saloperies de pistes cyclables : un monde d’après où l’on aurait le droit d’être homophobe, où les féministes arrêteraient de nous casser les couilles, où la « misère du monde » resterait de l’autre côté de la frontière, et où l'écologie ne serait pas trop trop contraignante parce que merde. 

Donc voilà. Les Républicains achèvent d’être un satellite de l’extrême-droite, l’extrême-droite est l’adversaire préféré de la droite, anciennement « centriste », qui tient le pouvoir en imposant quelque chose ressemblant fort à un régime autoritaire, et « l’opposition » que nous proposent les médias hésite entre les « élites » bourgeoises avides de recréer un « centre », et des « anti-élites » pétés d’oseille et démagos ne cachant pas leur appétence pour les délires… de l’extrême-droite, la boucle est bouclée.

Parce qu’en limitant la parole « progressiste » et écolo, pourtant vitale et urgente, à celle d’une petite bande de bourgeois hors-sol, voilà ce qu’on obtient : un retour en force des fachos démagos à la Pascal Praud, bien content d’affronter un tel « adversaire ».

Alors, que faire, comme dirait l’autre ?

Pendant le confinement, de belles choses se sont passées. Le « peuple » (les dominé.e.s, pour le dire avec la sociologie critique) s’est découvert maillé de nombreux réseaux de solidarité. Les associatifs se sont unis pour répondre à un contexte d’urgence. Les quartiers se sont soulevés. Et les tenants d’une gauche populaire et écologique se sont parlés –je me rappelle notamment de cet entretien fort intéressant entre François Ruffin et Olivier Besancenot…

Cette gauche doit oublier bon nombre de ses vieux réflexes hérités du vieux monde, ses logiques d’appareil, ses relents de productivisme parfois, sa vision « d’avant-garde » de la vie politique, ses tentations technocratiques.

En quelques mots : cette gauche doit se découvrir, ou re-découvrir, libertaire

Je me répète : pensée antiautoritaire ; municipalisme ; écologie sociale ; démocratie directe, populaire et horizontale. Voilà l'avenir. 

Croire en la capacité du peuple de s’auto-organiser. De construire de lui-même une alternative au merdier capitalo-consumériste.

Et ainsi, sans attendre 2022, construire un véritable Front Populaire. Avec la « gauche » bourgeoise si elle le souhaite, mais en soutien logistique : plutôt que de lancer des mouvements et des tribunes à la con, on leur trouvera bien une place pour préparer la bouffe à la cantine –bio et locale, bien sûr.

Rojava vivra.

L'écologie populaire et démocratique est possible. 

Finissons-en avec EELV et consort.

Salutations libertaires,

M.D.

 

PS : Pour ce qui est de Vardon à Nice, un article d’un pote, pour en savoir plus :

https://blogs.mediapart.fr/rpgsquare06/blog/060220/philippe-vardon-aux-municipales-de-nice-un-neo-nazi-se-presente-la-mairie

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