Fin de règne et baroud d’honneur de Trump

Alors qu’une semaine cruciale, politiquement, s’annonce aux États-Unis avec les sénatoriales du 5 janvier et la certification de l’élection de Joe Biden, au Congrès, le 6, Donald Trump s’accroche à son image de « winner ». Au risque de dommages collatéraux dans son propre camp.

Ces derniers jours ont été éprouvants pour Donald Trump sur le terrain législatif. En effet, les républicains ayant écarté toute « possibilité réaliste » de voter en faveur d’une augmentation des stimulus cheques de 600 dollars à 2 000 dollars pour la population, victime de la pandémie, comme le voulait le président en exercice, celui-ci a dû se résoudre à signer le nouveau plan de relance de 900 milliards de dollars en l’état.

En outre, le Sénat américain, à majorité républicaine, vient de refuser le véto de Trump sur le budget de la Défense (la majorité des deux tiers, soit 66 sénateurs, était nécessaire et ils ont été 81 à voter contre ce véto). Ce budget de 740 milliards de dollars, qui instaure notamment une augmentation des salaires des militaires, avait été largement adopté par les deux chambres du Congrès il y a un mois. Trump estimait ce texte trop favorable à la Chine, refusait (obsession identitaire oblige) que soit ouverte la possibilité de renommer des bases militaires honorant des généraux confédérés - autrement dit qui ont défendu l’esclavage pensant la guerre de Sécession -, et souhaitait profiter de ce même texte pour abolir une loi qui protège le statut juridique des réseaux sociaux, contre lesquels il a formulé de nombreux griefs ces derniers mois (ils ne lui seraient pas assez favorables à lui, Donald Trump, depuis l’élection présidentielle). Un tel cavalier législatif, dirions-nous en France, a été rejeté par les parlementaires américains. Le projet de Trump de réduire les troupes militaires d’Afghanistan et d’Allemagne se voit aussi fragilisé et le déploiement de personnels de l’armée le long de la frontière Sud des États-Unis est rendu plus difficile.

C’est la première fois depuis 2016 que le véto présidentiel est outrepassé par le Congrès, mais ce n’est pas la première fois que les républicains du Sénat s’opposent à Trump sur des sujets internationaux : les votes de sanctions économiques contre la Russie en sont un exemple emblématique. 

Une division profonde du parti, baroud d'honneur d'un Trump battu ?

Cette mini-révolte des élus républicains contre leur président (qui a qualifié leur leadership de « faible ») n’occulte pas le soutien dont ce dernier bénéficie encore auprès de beaucoup d’entre eux, puisqu'une douzaine de sénateurs du Grand Old Party (à la Chambre des représentants, ils sont une centaine) ont annoncé vouloir, le 6 janvier prochain, jour de la certification, par le Congrès, du vote des Grands électeurs en faveur de Joe Biden, demander une enquête parlementaire afin de contester le résultat de la présidentielle. Avec le soutien de Mike Pence, l’actuel vice-président des États-Unis... mais pas celui de Mitch McConnell, leader (de poids) de la majorité républicaine au Sénat, qui a déjà reconnu la victoire de Biden. 

Le suspense est nul puisque tous les recours juridiques des avocats de Trump ont été épuisés et les passages en force (comme celui de contourner le vote des grands électeurs), certes envisagés mais écartés, mais cette initiative montre que Trump est encore craint dans les rangs des républicains et/ou qu’un nombre non négligeable d’élus conservateurs misent sur les théories du complot pour accroître leur capital politique. Il n'en reste pas moins que le parti est de plus en plus partagé sur le fait de suivre, ou non, Trump dans son déni. Ces divisions vont-elles perdurer ? Faut-il les interpréter comme le nouveau baroud d’honneur d’un Trump battu ?

En Géorgie, des sénatoriales à l’épreuve de la rancœur de Trump

Le 5 janvier, par ailleurs, tous les regards seront dirigés vers la Géorgie. Le second tour de deux élections sénatoriales, faute de majorité absolue le 3 novembre dernier, déterminera la couleur politique du Sénat des États-Unis. C’est donc un scrutin absolument crucial. Pour l’heure, les républicains disposent de 50 sièges, contre 48 pour les démocrates. Les premiers peuvent obtenir la majorité d’un ou de deux sièges et entraver sérieusement l’action législative du président Joe Biden, et les démocrates, conquérir un 50-50, ce qui les avantagerait in fine puisqu’en cas d’égalité parfaite sur un vote, c’est la future vice-présidente des États-Unis, également présidente du Sénat, Kamala Harris, qui serait appelée à trancher. La campagne fait rage. Le vote anticipé est important (dans les quartiers démocrates et chez les Noirs) mais le suspense est à son comble car, comme le 3 novembre, les républicains pourraient aller voter en masse le jour J. La clé sera donc, cette fois encore, le niveau de participation.

C'est, logiquement, l’intérêt de Trump que d’œuvrer pleinement à la victoire républicaine. Mais il a plusieurs fois avancé que ces deux élections étaient « illégales » et « pas valides », dans un État qu'il n’accepte pas d’avoir perdu face à Biden. Trump en veut d'ailleurs beaucoup aux responsables (républicains) de Géorgie d'avoir validé le résultat en faveur de son adversaire et d'avoir écarté toute possibilité de fraude. Les déclarations de Trump décourageront-elles les électeurs républicains de se déplacer ? Car si Trump appelle au vote sur Twitter, et s’il tient des meetings dans l’État pour soutenir les deux candidats républicains, Kelly Loeffler et David Perdue, l’essentiel de ses propos reste focalisé sur la prétendue « fraude » dont il a été victime. Au risque de fragiliser son camp. Mais Trump accepterait-il de bonne grâce de voir les républicains l’emporter lors de ces runoffs (second tour) dans un État qu'il a, lui, perdu ?

Car son obsession du moment est de ne pas quitter la Maison blanche avec l’image de « loser ». Si les faits parlent d’eux-mêmes (il a été battu), la communication trumpiste ne fléchit pas (sa victoire a été volée) : Trump continue de contester l’élection de novembre sur les réseaux sociaux et appelle ses soutiens à des rassemblements le 6 janvier prochain. Les observateurs s’interrogent aussi sur le coup d’éclat qui pourrait être le sien le 20 janvier, jour de l’investiture de Joe Biden, afin de récupérer une partie de l’attention médiatique de l’événement. L’impression qui s’impose à ce jour est celle d’un président en fin de règne qui détruit tout ce qu’il peut avant de fermer la porte (de la Maison blanche) derrière lui.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.