«Une envie de coup de gueule intérieur»

Dimanche matin 22 avril, réveil nuageux voire pluvieux pour la majeure partie de la France appelée à s’exprimer au premier tour de l’élection présidentielle. Un temps qui convenait largement à l’humeur moribonde de Paulette saisie d’une envie de « coup de gueule intérieur» dès 8h45 lorsqu’elle a entendu cette phrase sur France Inter: « ce matin, on va pas parler de politique, campagne oblige ».

Potron-minet Potron-minet
Dimanche matin 22 avril, réveil nuageux voire pluvieux pour la majeure partie de la France appelée à s’exprimer au premier tour de l’élection présidentielle. Un temps qui convenait largement à l’humeur moribonde de Paulette saisie d’une envie de « coup de gueule intérieur» dès 8h45 lorsqu’elle a entendu cette phrase sur France Inter: « ce matin, on va pas parler de politique, campagne oblige ». « Euh, la Syrie, le Mali, la Guinée-Bissau ... on peut quand même en parler, non !!! », peste-t-elle, avant de proposer à Léon de lui beurrer des cracottes.

Pourtant, au lieu d’écouter la radio de service public, certains avaient déjà pris leur place dans les files d’attente avant l’ouverture des bureaux de vote, comme Impolitis, en Alsace: « manifestement huit personnes avaient eu la même idée puisqu'à 7 h 55 nous étions neuf devant la porte de la mairie», confie-t-il, tout en espérant que «le soleil sortira des urnes».

L’abstention, la grande crainte

Estimée à 32% par l’Ifop en avril, l’abstention est un sujet de préoccupation pour la plupart des abonnés de Mediapart. Les premiers témoignages rapportés depuis de nombreux lieux de vote de France et de Navarre présagent malgré tout très tôt d’une participation plus importante que prévue.

Ainsi à Pomérols, dans l’Hérault, pas mal de monde se presse dès 8h30 dans la salle des fêtes pour aller glisser son bulletin dans l’urne, tout en «se racontant des conneries pour passer le temps», affirme NiarkNiark. A Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), 13.000 habitants, l’affluence était record dès 9h30 dans le bureau de vote de Carloforte : « c'est bien la première fois que l'on attend autant (à part aux primaires). En 2007, c'était vide. Vont-ils aussi se tromper sur l'abstention ? L'espoir renaît ». Une impression qui se confirme également à Gif-sur-Yvette (Essonne) : « Ce matin 10 h 15, 300 personnes avaient voté dans mon bureau de notre belle ville. Présence furtive du soleil? En tout cas c'est la première fois que j'assiste à une telle foule à la même heure», témoigne Georges Perucki.

Certains d'entre vous expliquent avoir boudé ce premier tour, préférant profiter de leur journée comme l’explique Melchior Griset-Labûche. A contrario, d’autres se sont finalement décidés à glisser une enveloppe dans l’urne. « J’avais prévu de ne pas me déplacer (…) Mais Eva Joly, en dehors du fait qu'elle n'est pas dans la course, est la seule à être montée au créneau "Justice et casseroles". Les autres, étant tous et toutes des politicien(ne)s, (…), n'ont pas osé réagir, ajouter de l'huile sur le feu ! », raconte Monkeyman.

Connaître les tendances de leurs bureaux  de vote

« Ça faisait longtemps qu'on avait pas choisi », confie Pepite, de retour de son bureau de vote avec sa petite famille. Comme tous les électeurs, les lecteurs de Mediapart tentent de débusquer les premières tendances, à partir d’observations plus ou moins fiables. « Seules deux affiches sont restées en place, celle de Sarkozy (qui a essuyée de nombreuses tentatives de décollement, mais le militant prudent avait mis des tonnes de colle !) et celle de Mélenchon (flambant neuve !) Un signe, qui sait ?», s’interroge Nostromos, habitant la Réunion. A Aubagne, Elisa13 confie sous le coup de l’émotion : «Moi, j'ai regardé dans la poubelle de l'isoloir... Et j'ai eu envie de chanter». Son favori porte le rouge. Elle n'a donc pas hésité à sortir sac à mains et chaussures assorties. « J'ai mis avec un plaisir non dissimulé mes deux bulletins dans l'urne pour Jean-Luc Mélenchon et j'ai regardé les bulletins abandonnés dans l'isoloir: beaucoup de Sarkozy (…) C'est bon signe tout ça! », assure Marie-Pierre Striolo. Alexis Flanagan, domicilié dans le XXème arrondissement de Paris, se laisse rêver: « En sortant, la file d'attente est toujours aussi longue, j'ai le sentiment que le Sarkozisme est en train de s'effondrer. Nous verrons si ce sera confirmé ce soir ».

Pour contourner la loi interdisant la divulgation des résultats avant 20h, direction Twitter, et #RadioLondres, succès du jour, comme l'explique Etoile66. Objectif? Trouver un code pour donner les résultats des dom-toms et les premières estimations, sans tomber sous le coup de la loi. De quoi laisser libre court à son imagination.

Ce premier tour, c’est aussi l’occasion pour les enfants et les adolescents de découvrir les élections. « L'enveloppe officielle des déclarations d'intentions, ouverte sur la table à la fin du repas, a été l'occasion d'un échange de toute la famille. Nous avons ainsi découvert un intérêt nouveau de nos enfants pour l'actualité et en l'occurrence pour la politique surtout notre dernier, âgé de 15 ans. D'abord des questions sur la base de ce qu'ils voyaient et lisaient. Puis chacun s'est emparé d'une feuille et en a fait une lecture critique méthodique mais pas forcément objective! Je suis aussi surpris que fier de mes fils. Cette distribution des déclarations d'intentions a été l'occasion d'une prise de conscience citoyenne et civique beaucoup plus naturelle et interactive que tout ce qui aura pu se faire à l'école », décrit Hervé Bidard. De son côté, Didier Nicolas a accompagné ses deux filles, chacune votant pour la première fois, à la présidentielle. «Vote en famille à Sainte-Foy-lès-Lyon, raconte bonjour69. Nos deux enfants ont mis chacun un bulletin de vote dans l'urne. Fiers comme des papes quand le pdt du bureau de vote a dit “a voté !”. Nos enfants ont respectivement 6 et 10 ans. »

Dans la petite commune de l'Oise d’Hélène Carcel, aux portes de Compiègne, il est 11 heures quand Lucy, trentenaire venue d’Haïti, vote pour la première fois en France. Si les électeurs, nombreux à se presser pour « faire leur devoir » « sans enthousiasme »,  « comme on remplit sa feuille d'impôt », « aujourd'hui, Lucy a sa première carte de vote. Elle a voté. Elle rayonne. En sortant, elle me dit : "27 ans plus tard, à 35 ans, j'ai enfin pu rejoindre la ronde des "A Voté" et j'en suis fière!!!!" ». « Je ne supporterai pas que la France par un vote de haine, de peur et d'ignorance, rejette une perle comme Lucy. J'espère que sa toute première voix soit entendue ! Et je suis heureuse qu'elle ait été prise en compte. Enfin. »

A toute élection ses couacs

« Les fonctionnaires de police ont inversé mandataire et mandant... Encore bravo! », peste Dianne, qui se plaint d’une procuration mal établie. A Saint-Geoire-en-Valdaine (Isère), « 90 premiers votants ont tous signé dans la colonne deuxième tour avec la bénédiction du Premier adjoint », affirme Catherine Acquadro. Camille Dutilleul, elle, n’a pu se réinscrire sur une liste électorale puisque, malgré sa demande, elle n’a pas été radiée des listes consulaires. « La mairie a fait connaître le problème au Ministère dès la fin 2011. Mais il n'a jamais été pris en compte. Ce n'est que jeudi dernier (le 19/04) à 17h30 que la mairie a reçu un mail contenant un formulaire à faire remplir par les personnes dans ma situation. Ce formulaire doit être faxé au Ministère qui pourra décider si oui ou non j'ai le droit de voter. Selon quels critères ? Je ne sais pas. Ils peuvent me retirer mon droit de voter sans aucune justification. » Cependant, le fax du Ministère est complètement bloqué, «800 (envois) étaient en attente à 10h ce matin.». Indignée, elle se demande combien de personnes se trouvent dans sa situation.

Pendant ce temps, les expatriés votent

Au Japon, Paillette a pris ses dispositions pour se trouver dans la capitale nippone en fin de matinée. «Je viens de la campagne, 3h30 de trains divers…j'ai donc dormi chez des amis près de Tokyo. (...) Après vérification du passeport, on vous dit de prendre une enveloppe bleue et de prendre les bulletins. Je les prends tous. Isoloir, je regarde dans la poubelle: pas un seul bulletin !! est-ce que quelqu'un la vide après chaque passage ?». Après être sortie, elle se balade: « Dans le café au bout de la rue qui mène à l'ambassade, où je retrouve une amie, tout l'étage est francophone! Dans ma campagne, je ne vois ni n'entends jamais autant de Français…c'est un peu bizarre, tout le quartier est à l'heure française semble-t-il ! Une joie d'avoir voté selon mon cœur et un gros  frémissement d'espoir… je dormirai quand les résultats tomberont et je ne les connaîtrai qu'en me levant, vers 6h, demain».

A Bangkok, (9h30 heure locale): « On n'est pas nombreux, mais la République fait son show. Quarante-cinq minutes de voiture aller-retour, je n’ai bien failli pas venir.  Ce n’est pas ça qui donnera une école à mon autiste de fils en France à la rentrée de septembre. Le vote anti-sarko, seule motivation. Ce n’est pas joyeux », écrit Catherine Barbet.

« L’organisation au top du top (à Munich: dès) 11h30 devant l'école transformée en bureau de vote, les files  laissaient penser que l'attente était au moins d'une heure », assure Isabelle Roux. « On y retournera en fin d'après midi...mais faut vraiment vouloir mettre son bulletin dans l'urne ! »

A Liège, à New York, les Français expatriés ont apporté leur témoignage de leur premier tour. «Le ciel était couvert quand j'ai voté hier à midi à Rio de Janeiro. Arrivé au consulat, une vingtaine de personnes. La pile de François Hollande a disparu, on me demande d'attendre pour la renouveler... Rio voterait elle socialiste?», se demandait Istyrl.

Merci à tous pour vos nombreuses contributions!


Ce récit a été réalisé à partir de vos témoignages sur le tchat en direct, les commentaires postés suite au billet «Racontez-nous votre 22 avril», les mails reçus à la rédaction, les billets de blog...

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