Marielle Billy
récolter, semer
Abonné·e de Mediapart

202 Billets

4 Éditions

Billet de blog 16 mai 2009

Avec Montaigne, pousser une porte avant de dire qu'elle est close !

Marielle Billy
récolter, semer
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Voilà que plusieurs éléments, en apparence fort éloignés, m'ont donné envie de retourner vers des pages de Montaigne ! Une sorte d'association toute personnelle !

Ce fut le billet de Patrice Beray Le chant des sirènes où se devinent la trace de certaines "expériences", au sens fort de traverse de l'être même par la poésie, de mise en "branle". Ce sont mes échanges (en cours) avec Vincent Verschoore à la suite de son billet Edwy Plenel ce matin sur France Inter à propos de l'agressivité et de la violence, qui me font me demander en quoi l'agressivité est l'expérience d'un "mouvement vers" (dans ce cas, celui du refus, du désaccord assumé, par exemple). Et puis cet après midi, l'écoute d'une excellente émission sur France Culture autour du fameux Montaigne, et la lecture formidable qu'en a faite M. Piccoli.

Je suis donc allée relire le chapitre De l'expérience, dernier chapitre du livre III des Essais

J'y ai retrouvé un fil, comme un sentier dans la colline. Le fil du mouvement inlassable, celui que sous-entend ce terme même des Essais.

Si mon âme pouvoit prendre pied, je ne m’essaierois pas, je me resoudrois
(Livre III, 2)

Soumis au « branle » universel, Montaigne a su en fixer le vertige jusqu’à lui imprimer la forme de notre humaine condition. C'est un hommage incessant au mouvement, c'est là que je mesure une de ses forces.

Alors je glane quelques lignes et les pose ici.

.

Montaigne est en train d'évoquer le fait qu'une mutiplicité de textes de toute sorte tendent à produire "clôtures et barrières", et montre l'homme s'y perdant de "la maladie naturelle de son esprit. Il ne fait que fureter et quêter, et va sans cesse, tournoyant, bâtissant et s'empêtrant en sa besogne : comme nos vers à soie, et s'y étouffe...Il pense remarquer de loin, je ne sais quelle apparence de clarté et vérité imaginaire : mais pendant qu'il y court, tant de difficultés lui traversent la voie, d'empêchements et de nouvelles quêtes, qu'elles l'égarent et l'enivrent. Non guère autrement qu'il advint aux chiens d'Esope, lesquels découvrant quelque apparence de corps mort flotter en mer, et ne le pouvant approcher, entreprirent de boire cette eau, d'aéssécher le passage, et s'y étouffèrent. A quoi se rencontre, ce qu'un Crates disait des écrits de Heraclitus, qu'ils avaient besoin d'un lecteur bon nageur afin que la profondeur et poids de sa doctrine ne l'engloutît et suffoquât.

(...)

"Il n'y a point de fin à nos inquisitions (= enquêtes), notre fin est en l'autre monde. C'est signe de raccourciment d'esprit, quand il se contente : ou signe de lasseté. Nul esprit généreux ne s'arrête en soi. Il prétend toujours, et va outre ses forces. Il a des élans au-delà de ses effets (= au delà de ce qu'il peut réaliser). S'il ne s'avance, et ne se presse, et ne s'accule,et ne se choque et tournevire, il n'est vifqu'à demi. Ses poursuite sont sans terme, et sans forme. Son aliment c'est admiration (= étonnement), chasse, ambiguïté : ce que disait assez Apollo, parlant toujours à nous doublement, obscurément et obliquement : ne nous repaissant pas, mais nous amusant et embesognant. C'est un mouvement irrégulier, perpétuel, sans patron et sans but."

.

Outre le goût de cette langue, c'est aussi cette leçon de mouvement que j'y ai trouvée, cette façon de "pousser une porte pour savoir qu'elle nous est close".

L'expérience par le mouvement, l'inlassable énergie du déséquilibre par la rencontre d'une réalité inédite qui vous fait revenir et mettre du branle là où tout commençait à "prendre", à se glacer et arrêter le flot.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Quand le candidat parle, ses militants frappent
À Villepinte comme à Paris, des antifascistes se sont mobilisés pour ne pas laisser le premier meeting d’Éric Zemmour se tenir dans l’indifférence. Dans la salle, plus de 10 000 personnes s’étaient réunies pour l’entendre dérouler ses antiennes haineuses, dans une ambiance violente.
par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Journal — Politique
En marge du meeting de Zemmour, des habitants de Seine-Saint-Denis fustigent « sa politique remplie de haine »
Éric Zemmour a tenu le premier meeting de sa campagne présidentielle dans un département qui représente tout ce qu’il déteste. Cibles quotidiennes des injures du candidat d’extrême droite, des citoyens de Villepinte et des alentours témoignent.
par Hannah Saab (Bondy Blog)
Journal — Gauche(s)
À La Défense, Jean-Luc Mélenchon veut montrer qu’il est le mieux armé à gauche
Lors de son premier meeting parisien, le candidat insoumis à la présidentielle s’est posé comme le pôle de résistance à la droite et à l’extrême droite. Il a aussi montré sa capacité de rassemblement en s’affichant aux côtés de nombreuses personnalités de gauche.
par Pauline Graulle
Journal — Europe
En Andalousie, la colère intacte des « travailleurs du métal »
Après neuf jours d’une grève générale qui a embrasé la baie de Cadix, le retour au calme semble fragile. Nombre d’ouvriers des chantiers navals ou de l’automobile n’en peuvent plus de la flambée des prix comme de la précarité du secteur. Ils se sentent abandonnés par le gouvernement – de gauche – à Madrid.
par Ludovic Lamant

La sélection du Club

Billet de blog
Get Back !!!
Huit heures de documentaire sur les Beatles enregistrant « Let it Be », leur douzième et dernier album avant séparation, peuvent sembler excessives, même montées par Peter Jackson, mais il est absolument passionnant de voir le travail à l'œuvre, un « work in progress » exceptionnel où la personnalité de chacun des quatre musiciens apparaît au fil des jours...
par Jean-Jacques Birgé
Billet de blog
J'aurais dû m'appeler Aïcha VS Corinne, chronique de l'assimilation en milieu hostile
« J’aurai dû m’appeler Aïcha » est le titre de la conférence gesticulée de Nadège De Vaulx. Elle y porte un regard sur les questions d’identité, de racisme à travers son expérience de vie ! Je propose d'en présenter les grands traits, et à l’appui d’éléments de contexte de pointer les réalités et les travers du fameux « modèle républicain d’intégration ».
par mustapha boudjemai
Billet de blog
Sénèque juste avant la fin du monde (ou presque)
Vincent Menjou-Cortès et la compagnie Salut Martine s'emparent des tragédies de Sénèque qu'ils propulsent dans le futur, à la veille de la fin du monde pour conter par bribes un huis clos dans lequel quatre personnages reclus n’en finissent pas d’attendre la mort. « L'injustice des rêves », farce d'anticipation à l’issue inévitablement tragique, observe le monde s'entretuer.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Ah, « Le passé » !
Dans « Le passé », Julien Gosselin circule pour la première fois dans l’œuvre d’un écrivain d’un autre temps, le russe Léonid Andréïev. Il s’y sent bien, les comédiens fidèles de sa compagnie aussi, le théâtre tire grand profit des 4h30 de ce voyage dans ses malles aérées d’aujourd’hui.Aaaaah!
par jean-pierre thibaudat