Récit du voyage d’Emmanuel-Moi-Je Ier en sa ville de Marseille le 1er septembre 2021

Emmanuel-Moi-Je Ier a entamé à Marseille ce qui pourrait ressembler au grand tour de France de Charles IX, que sa mère, Catherine de Médicis, lui fit entreprendre en 1564 afin de lui faire découvrir son royaume. Plus prosaïquement, il ne s’agit pas ici de découvrir le royaume (quoique...) mais de lancer une campagne électorale.

Les gazettes de la Cour ne manquent jamais de faire état de la popularité du monarque dans la cinquième année de son règne. Lorsque son lointain prédécesseur, Louis XIII, entra dans la ville de Marseille le 7 novembre 1622, « jamais on n’a veu tant de Majesté comme il en paroist à ce prince, sa pieté, sa justice et sa clemence sont divinement empreinte sur son front, (…) , et comme le soleil esblouit la veue de ceux quy le regardent de trop pres, un chascun est extasié de contempler en luy tant de merveilles. » (voir ici).

Les Marseillais d’aujourd’hui semblent avoir exprimé leur enthousiasme avec plus de modération que les contemporains de Louis XIII. Il y avait certes beaucoup de monde dans les rues empruntées par le cortège officiel, mais la couleur dominante était incontestablement le bleu, celui des uniformes que revêtent « ceux qui le protègent ». Aux « Vive le Roy » de 1622 ont succédé les « Macron démission » de 2021.

Marseille fut parée de ses plus beaux atours pour accueillir Louis XIII : « Dez le mattin du lundy fut tendu par les rues tapisseries, chacun à l’envy à quy pareroit le mieux lesdites rues par où Sa Majesté devoit passer. » De même, avant l’arrivée d’Emmanuel-Moi-Je Ier, le quartier de Bassens fut nettoyé de fond en comble afin que la vue et l’odorat du monarque ne fussent pas agressés : ramassage des poubelles qui ne l’avaient pas été depuis plusieurs jours et balayage des rues. On fit même appel à des paysagistes pour éliminer les mauvaises herbes !

Celui dont un courtisan zélé disait « Le roi te touche, Dieu te guérit » n’a pas manqué d’exercer ses pouvoirs quasi-divins en déambulant dans la ville. C’est ainsi qu’il a prodigué un « réconfort tactile » à une grand-mère dont le petit-fils a été tué par balles devant chez elle. Mais il n’a pas rencontré la famille de Zineb Redouane, cette femme tuée à Marseille par la milice du monarque en décembre 2018 et dont le meurtrier est toujours en fonction. Une « séquence émotion » soigneusement mise en valeur pour le journal télévisé, c’est largement suffisant.

Emmanuel-Moi-Je Ier n’a pas prodigué que des bonnes paroles. Il a promis 150 millions d’euros pour la police marseillaise et l'arrivée de 200 policiers supplémentaires d'ici 2022. « Ouvrir une école, c'est fermer une prison », disait Victor Hugo. Le monarque ferme des écoles et ouvre  des prisons.

 © Christian Creseveur © Christian Creseveur

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