Emmanuel Macron, amateur en diplomatie

« Il faut être fier d’être des amateurs » disait en substance le président de la République aux députés LREM en février dernier. Il montre l’exemple comme en témoigne son dernier déplacement au Liban.

Pour son deuxième voyage au Liban en moins d’un mois, le président français s’est illustré en invectivant publiquement le journaliste Georges Malbrunot. Fort mécontent de l’article publié par ce dernier le 31 août dans Le Figaro, Emmanuel Macron s’est énervé en ces termes : « Ce que vous avez fait est grave, non professionnel et mesquin ».

Quel acte gravissime a donc commis Georges Malbrunot pour faire sortir ainsi de ses gonds le roitelet de l'Elysée ? Dans un papier intitulé Liban: le pas de deux d’Emmanuel Macron avec le Hezbollah, il y faisait état d’un entretien en aparté entre le président de la République et le chef du groupe parlementaire du Hezbollah, le 6 août dernier à Beyrouth. Le fond de l’article n’a pas été démenti par l’Elysée. Mais l’amateur qui y loge n’a pas apprécié que cette rencontre soit rendue publique, le mettant ainsi en porte-à-faux avec les États-Unis et Israël, sur lesquels la politique étrangère française est pourtant de plus en plus alignée.

En effet, ainsi que le souligne l’article, il s’agissait là de la première rencontre entre un président français et des dirigeants du Hezbollah depuis sa création en 1982. Rencontre qui a immédiatement été exploitée par les intéressés : « Cela équivaut à une reconnaissance internationale », se félicitait quelques jours plus tard un proche d'une organisation qui est classée terroriste par les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Et puis enfin, qu'est-ce que c'est que ce journaliste qui ne demande pas la permission du monarque avant de publier des informations susceptibles de le gêner ?

Entendons-nous bien : le problème n’est pas qu’il y ait des premiers contacts entre la France et le Hezbollah mais dans la méthode utilisée. Établir ces contacts via un émissaire rencontrant en secret les dirigeants du Hezbollah eut sans doute été plus habile mais l’ancien élève de l’ENA n’a semble-t-il pas appris le b.a.-ba de la diplomatie lors du stage qu’il a effectué en 2002 à l’Ambassade de France au Nigeria.

En 2004, tandis que ce jeune énarque démarrait une confortable carrière à l’Inspection des Finances, Georges Malbrunot était retenu en otage en Irak pendant 4 mois avec son confrère Christian Chesnot. Ses ravisseurs exigeaient l’abrogation de la loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques.

Emmanuel Macron aura donc réussi l’exploit de s’en prendre en des termes insultants à ce journaliste tout en faisant mine de défendre la liberté de la presse le jour même de l’ouverture du procès de l’attentat de Charlie Hebdo.

Le costume présidentiel est décidément bien trop grand pour cet amateur. Faire des ronds dans l'eau en jet ski devant le fort de Brégançon est plus à sa portée que la diplomatie au Proche-Orient.

 © Allan Barte (@AllanBARTE) © Allan Barte (@AllanBARTE)

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