« Progressisme » et « populisme » : le jeu des 7 différences

C’est entendu : pour Emmanuel Macron et les medias qui chantent ses louanges, l’opposition entre les « progressistes » et les « populistes » a rendu obsolète celle entre la droite et la gauche.

A longueur de discours et d’éditoriaux, ce nouveau clivage est aussi décrit comme celui qui oppose les « libéraux » aux « illibéraux », les partisans de « l’ouverture » à ceux du « repli sur soi » ou encore les « pro-Européens » aux « nationalistes ». Deux anciens conseillers du président de la République y ont même consacré un livre dont ils assurent la promotion depuis plusieurs jours sur toutes les chaines de radio et de télévision (voir ici).

Emmanuel Macron est bien entendu le champion auto-proclamé des « progressistes / libéraux / européens » et toute personne éduquée ne peut que se mettre En marche et se rallier à son panache bleu étoilé. En France, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (mis dans le même sac car « les extrêmes se rejoignent »), Matteo Salvini et Viktor Orbán en Europe sont les inquiétants représentants de ces « populistes / illibéraux / nationalistes » qui séduisent les « gens qui ne sont rien » soumis à leurs « passions tristes ».

Puisque ce clivage est semble-t-il devenu central dans la confrontation des idées, la liste de ce qui oppose les uns aux autres doit être longue. Qu'on en juge.

Le « populiste » Matteo Salvini a refusé d’accueillir l’Aquarius dans les ports italiens tandis que le « progressiste » Emmanuel Macron refusait de l’accueillir dans les ports français. Première différence : ce ne sont pas les mêmes ports.

Le « populiste » Viktor Orbán restreint sévèrement l’accès à son territoire pour les réfugiés et les demandeurs d’asile en provenance des Balkans (voir ici) alors que le « progressiste » Emmanuel Macron les refoule à la frontière franco-italienne et les harcèle à Calais. Deuxième différence : ce ne sont pas les mêmes frontières.

Les violences policières exercées contre les migrants par le gouvernement « populiste » de M. Orbán sont dénoncées par les ONG hongroises (voir ici) cependant que les ONG françaises dénoncent les violences policières exercées contre les réfugiés par le gouvernement « progressiste » de M. Macron  (voir ici). Troisième différence : ce ne sont pas les mêmes ONG.

Le programme du gouvernement « populiste » italien prévoit la réduction du nombre de députés et sénateurs (voir ici ) tandis que la réforme constitutionnelle du gouvernement « progressiste » français a notamment pour objet de réduire le nombre de parlementaires dans les deux chambres (voir ici). Quatrième différence : ce ne sont pas les mêmes élus.

D’importantes manifestations contre la loi travail du gouvernement « populiste » de Viktor Orbán ont eu lieu en Hongrie (voir ici) cependant que de nombreuses manifestations avaient eu lieu en France contre les ordonnances Pénicaud du gouvernement « progressiste » d'Emmanuel Macron (voir ici). Cinquième différence : ce ne sont pas les mêmes manifestants.

Le gouvernement « populiste » italien a adopté des mesures fiscales pour attirer les riches contribuables européens (voir ici) pendant que le gouvernement « progressiste » français supprimait  l’ISF et instaurait le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital au profit des fortunes françaises et étrangères (voir ici). Sixième différence : ce ne sont pas les mêmes fortunes.

Des dizaines de manifestants ont été victimes de violences policières et placés en garde à vue sous le régime du « populiste » Viktor Orbán (voir ici) alors que des milliers de manifestants ont été placés en garde à vue, des centaines ont été blessés (dont 23 éborgnés) et une a été tuée par la police du « progressiste » Emmanuel Macron (voir ici). Septième différence et non des moindres : le « progressisme » a plusieurs longueurs  d'avance sur le « populisme ».

La liste qui précède est loin d'être exhaustive. Mais elle suffit sans doute pour vous convaincre du gouffre qui sépare ces deux concepts creux.

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