Depuis le sauvetage de réfugiés par l'Aquarius dans la nuit de samedi à dimanche, le silence du président de la République et de son gouvernement m'ont inspiré honte et dégoût. Il était si indigne qu'il s'est même trouvé quelques députés de LaREM pour s'en émouvoir (voir ici), c'est dire !
Lors du Conseil des ministres de ce matin, M. Macron est finalement sorti de son silence sur cette affaire. Selon M. Griveaux, il a dénoncé la « part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien » et « a tenu à rappeler le droit maritime » (voir ici).
Que la décision du gouvernement italien soit abjecte, c'est entendu. Pour autant, la France en général et M. Macron en particulier sont parmi les plus mal placés pour donner des leçons de morale et de respect du droit.
L'Italie a accueilli beaucoup plus de demandeurs d'asile que la France ces dernières années et le gouvernement français n'a pas respecté son engagement pris en 2015 d’accueillir 30000 migrants en provenance d'Italie et de Grèce.
Par ailleurs, M. Macron, prompt à donner des leçons de droit au gouvernement italien, pourrait commencer par ordonner à son ministre de l'Intérieur et à ses préfets de respecter le droit sur le territoire français.
Dans un rapport de juin 2017 sur la situation à Calais, le Défenseur des droits dénonçait « des atteintes aux droits fondamentaux d'une exceptionnelle et inédite gravité ».
En juillet 2017, après que l’État a été condamné par le Tribunal administratif de Lille à créer des points d'eau et à laisser les associations distribuer des repas à Calais, le ministre de l'Intérieur déposait un recours devant le Conseil d’État, qui l'a rejeté. Malgré cette condamnation, l'ONG Human Rights Watch documentait dans un rapport de décembre 2017 « des agressions physiques de migrants par la police ainsi que des actes de harcèlement à l’encontre de travailleurs humanitaires. »
Le préfet des Alpes-Maritimes a été plusieurs fois condamné pour des atteintes au droit d’asile ou à la protection des étrangers mineurs. La police française a falsifié les actes de naissance de réfugiés mineurs pour pouvoir les expulser et les douaniers français ont pénétré dans une clinique gérée par une ONG d'aide aux migrants à Bardonecchia en Italie.
En mars 2018, une jeune femme nigériane est morte dans un hôpital de Turin. Malade et enceinte, elle avait tenté de franchir la frontière française avec son mari, mais avait été bloquée par la gendarmerie (voir ici).
La liste des violations du droit par la police française, sous les ordres de MM. Macron et Collomb, est bien plus longue. Alors, est-ce trop demander à M. Macron que d'avoir la décence de ne pas donner de leçons et de ne pas parler de respect du droit en ce qui concerne les réfugiés ?
Oui, à l'évidence, c'est trop demander.