Chronique du Macronistan (6)

Récit des faits et gestes de l'Homme Fort du Macronistan, aussi surnommé le Génie de la Somme (*). Chapitre VI : la lettre aux Macronistanais.

Comme nous l’avions relaté dans le chapitre précédent, l’Homme Fort était confronté à une insurrection des chasubles jaunes depuis plusieurs semaines. Pour l’écraser, la police du régime fit preuve d’un niveau de violence tel que le pays n’en avait pas connu depuis des décennies (une personne tuée, des dizaines mutilées et des centaines blessées). Les gazettes et les chaînes de télévision à la gloire d’E.M. s’employaient bien évidemment à les passer sous silence.

Toutefois, afin que les échotiers du régime pussent vanter son ouverture d’esprit et son sens du « dialogue », l’Homme Fort annonça qu’il lancerait un « grand bla-bla national » qui permettrait aux « gens qui ne sont rien » de faire valoir leurs propositions et leurs idées.

Les oligarques qui avaient financé sa campagne s’inquiétèrent vivement. Et si les Macronistanais remettaient en cause la politique qu’ils avaient chargé E.M. de mettre en œuvre ? Que ferait l’Homme Fort si de nombreux citoyens, croyant naïvement qu’on leur demandait vraiment leur avis, s’avisaient de réclamer le rétablissement de l’impôt sur la fortune des plus riches ou encore l’augmentation des salaires les plus bas ? S’ils exigeaient que l’on mît fin au bradage des biens publics (aéroports, barrages hydroélectriques, …) au profit des entreprises appartenant aux amis d’E.M. ou aux généreuses exonérations et niches fiscales dont elles bénéficiaient ?

Pour répondre à ces préoccupations légitimes, l’Homme Fort rédigea une lettre aux Macronistanais qu’il demanda à ses amis de diffuser dans leurs gazettes.

Cette lettre commençait ainsi : « Chers Macronistanaises, chers Macronistanais, mes chers compatriotes ». Le choix de l’adjectif n’était pas fortuit : il signifiait « en même temps » l’affection qu’il feignait d’avoir pour ses concitoyens et le coût qu’ils représentaient pour les finances publiques. Car, comme il avait déjà eu l’occasion de le dire, tous ces « fainéants » ayant perdu le « sens de l’effort » coûtaient un « pognon de dingue » qui réduisait la rentabilité des affaires de ses amis.

De cette lettre fort longue, les Macronistanais retinrent essentiellement deux choses.

La première est que l’Homme Fort affirmait d’emblée qu’il n’était pas question que ce « grand bla-bla national » remît en question sa politique : « Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises. » Ce qui fit dire à un humoriste qu’E.M. tolérait encore sur la radio d’état Macronistan Inter (voir ici ) : « Il est temps de discuter tous ensemble de la manière dont nous allons faire comme j’ai prévu. »

La seconde est que l’Homme Fort suggérait aux Macronistanais de s’interroger sur la nécessité d’établir des quotas d’immigrés et sur la laïcité. Depuis son accession au pouvoir, E.M n'avait pas ménagé ses efforts pour « protéger » le Macronistan d’une « invasion » de réfugiés, lesquels provenaient parfois de pays que son armée bombardait ou de régions que ses amis oligarques pillaient. Sa police avait pu expérimenter sur ces « envahisseurs » les méthodes qu'elle utilisait à présent contre les chasubles jaunes. Quant à la laïcité, c’était devenu un nom de code pour stigmatiser celles et ceux qui n’adoraient pas le même dieu que l’Homme Fort et Dame Brigitte. Si les « gens qui ne sont rien » voulaient bien saisir l'opportunité du « grand bla-bla national » pour s’en prendre aux immigrés et retrouver l’esprit des croisades, E.M. ne manquerait pas, pour une fois, de les écouter avec la plus grande bienveillance.

Ainsi allaient les affaires publiques en Macronistan en ce mois de janvier de l’An 2 après E.M.

---------------------------------------------------

(*) La Somme est un département du Nord du Macronistan qui est la terre d’origine de l’Homme Fort. Éblouis par le génie de leur Maître, ses affidés le surnomment affectueusement le « Génie de la Somme ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.