Chronique du Macronistan (5)

Récit des faits et gestes de l'Homme Fort du Macronistan, aussi surnommé le Génie de la Somme (*). Chapitre V : la révolte des chasubles jaunes.

Dans les chapitres précédents, nous avions relaté les mésaventures de l’Homme Fort, éclaboussé par les agissements de son barbouze préféré ou embarrassé par la démission de son ministre de l’Intérieur (voir ici, et encore )

Mais ce n’était rien en comparaison de ce qui a suivi. A partir du mois de novembre 2018, le peuple du Macronistan commença de se révolter contre la politique d’E.M., au service exclusif des plus fortunés qui avaient financé sa campagne (voir ici).

L’étincelle fut une augmentation de la taxe sur les carburants, que l’Homme Fort présentait comme une mesure écologique alors qu’elle avait en réalité pour objet de compenser la perte de recettes fiscales résultant des baisses d’impôt pour les plus riches.

Revêtus d'une chasuble jaune, les citoyens mécontents commencèrent d’occuper les ronds-points et les péages d’autoroute et ils organisèrent tous les samedis des manifestations dans des dizaines de villes du Macronistan.

Dans un premier temps, l’Homme Fort traita ces revendications avec l’arrogance et la morgue dont il faisait preuve depuis sa prise du pouvoir. Un de ses affidés, B.G., le porte-parole du gouvernement, manifesta son mépris pour ces « gars qui fument des clopes et roulent au diesel ».

Début décembre, le Macronistan était quasiment en état d’insurrection. Des émeutes se déroulèrent dans les beaux quartiers de la capitale, où des vitrines de magasin furent brisées et de luxueuses voitures furent incendiées. Dès le lendemain, E.M. se rendit sur place et assura les familles des vitrines que l’ordre serait rétabli. Les chaînes de télévision appartenant aux amis de l’Homme Fort se déchaînèrent contre ces gueux qui osaient contester un régime si favorable à leurs propriétaires.

Tout ce que le Macronistan comptait de policiers fut réquisitionné pour « maintenir l’ordre » et en premier lieu pour protéger le palais de l’Elysée, résidence de l’Homme Fort. Il y a quelques mois, il avait lancé à ses opposants : « Qu'ils viennent me chercher !». Craignant que le palais ne fût pris d’assaut par des chasubles jaunes le prenant au mot, un hélicoptère se tenait prêt à évacuer E.M. ainsi que dame Brigitte, laquelle était fort occupée à superviser le changement de la moquette et des tentures de la salle des fêtes (voir ici).

Carte blanche fut donnée à la police pour réprimer violemment les manifestants : une personne fut tuée et des centaines furent blessées, dont plusieurs dizaines grièvement. Des milliers furent arrêtées et le gouvernement donna des instructions à la justice pour punir sévèrement les chasubles jaunes : plusieurs centaines de personnes furent condamnées dans tout le Macronistan. « Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste », cette phrase de Pascal était devenue la devise de la justice aux ordres de l’Homme Fort.

Après avoir lâché quelques miettes et fait mine de faire preuve d’humilité dans un discours prononcé à la mi-décembre, l’Homme Fort se ressaisit en présentant ses vœux pour la nouvelle année. Il menaça d’une répression impitoyable les chasubles jaunes, qu'il qualifia de « foule haineuse » et il annonça qu’il poursuivrait et même accélérerait la mise en œuvre de sa politique : la chasse aux chômeurs, le démantèlement des services publics et de la Sécurité Sociale.

Entre ces deux discours, les oligarques du Macronistan avaient sans doute rappelé à l’Homme Fort pourquoi ils l’avaient choisi et ce qu’ils attendaient de lui. Le temps était venu de mater définitivement cette révolte afin que leurs affaires continuent de prospérer.

Muré en son palais, ne pouvant plus apparaître publiquement sans être hué et insulté par le peuple, l’Homme Fort prit soin d’augmenter la solde de sa garde prétorienne afin de s’assurer de sa loyauté. Aux dernières nouvelles, E.M. serait sur le point de limoger le chef de la maison Poulaga, sans doute trop timoré à ses yeux.

Ainsi allaient les affaires publiques en Macronistan en cet An 2 après E.M.

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(*) La Somme est un département du Nord du Macronistan qui est la terre d’origine de l’Homme Fort. Éblouis par le génie de leur Maître, ses affidés le surnomment affectueusement le « Génie de la Somme ».

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