Désolé M. Le Gendre, je ne suis ni intelligent ni subtil

« J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? » Bertolt Brecht

Dès le début du quinquennat d’Emmanuel Macron, je me rendis compte que quelque chose n’allait pas. Je ne parvenais pas à comprendre la politique mise en œuvre, sans toutefois identifier les raisons de cette incompréhension.

Un indice aurait pourtant dû me mettre la puce à l’oreille. Pour justifier la décision de rompre avec la tradition de l'interview présidentielle du 14 juillet, les conseillers de M. Macron expliquèrent en juillet 2017 que « la « pensée complexe » du président se prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes. »

Que la pensée du président fût complexe m’était déjà apparu pensant la campagne présidentielle, lors de laquelle il émaillait ses discours de phrases telles que « Penser printemps, mes amis, c'est réconcilier l'ambition et le réel. » Ou encore : « Tu es le confluent d’un fleuve dans lequel tu t’inscris qui est, justement, ce roman et ce récit. » (voir ici d’autres citations de notre phare de la pensée).

Mais je me disais que c’était le président de la République, et que si sa pensée était trop complexe pour des sommités intellectuelles telles que David Pujadas et Gilles Bouleau, il ne pouvait en être autrement pour le pauvre citoyen que j’étais.

Je gardais toutefois espoir. Si la pensée de Dieu m’était inaccessible, au moins pouvais-je espérer saisir quelques bribes de celle de ses saints. Pourtant, rien n’y fit et je ne comprenais vraiment rien aux explications des ministres ou aux éléments de langage des députés LREM.

Jusqu’à aujourd’hui où la lumière a jailli à la faveur d’un entretien sur Public Sénat avec le charismatique Gilles Le Gendre, président du groupe La République En Marche à l’Assemblée Nationale.

Interrogé sur les raisons du mécontentement engendré par la politique conduite dans les dix-huit premiers mois du quinquennat, M. Le Gendre a reconnu deux erreurs, et pas une de plus.

Première erreur : « Je pense que nous avons insuffisamment expliqué ce que nous faisons. Nous nous donnons beaucoup de mal mais il faut le faire mieux, il faut le faire plus. »

Deuxième erreur : « C’est le fait d’avoir probablement été trop intelligent, trop subtil, trop technique dans les mesures de pouvoir d’achat. »

Tout s’explique enfin : je suis trop bête pour comprendre malgré tout le mal qu’ils se donnent et je les prie vraiment de m’en excuser. Comment en irait-il autrement alors que je fais partie de ces « gens qui ne sont rien »,  un « fainéant » qui ne pense qu’à « foutre le bordel » ?

A présent, avec une nouvelle série d’explications agrémentées d'une grande bouffée de gaz lacrymogène, de quelques tirs de flash-ball et de coups de tonfa, cela devrait mieux rentrer dans mon petit crâne de Gaulois réfractaire.

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