En Marche vers une république bananière

Le président de la République a annoncé en Conseil des ministres « la mobilisation renforcée du dispositif Sentinelle pour sécuriser les points fixes et statiques. » Pour la première fois depuis des décennies, l’armée sera donc déployée dans des opérations de maintien de l’ordre en France.

M. Macron entrera dans l’Histoire comme le président de la République qui aura systématiquement attenté aux libertés publiques et bafoué les principes fondamentaux de l’État de droit.

Marine Le Pen en rêvait, Emmanuel Macron l’a fait : après la loi du 30 octobre 2017 transposant les dispositions de l'état d'urgence dans le droit commun, la loi du 30 juillet 2018 sur la protection du secret des affaires et les lois du 22 décembre 2018 relatives à la manipulation de l’information, le Parlement vient d’adopter le 12 mars 2019 la loi « anti-casseurs » qui porte gravement atteinte à la liberté de manifester.

En parallèle avec la mise en œuvre de ces lois scélérates, le mouvement des gilets jaunes a donné lieu depuis quatre mois à des violences policières d’un niveau jamais atteint en métropole depuis la fin de la guerre d’Algérie. Une personne tuée, 22 éborgnées, 5 dont la main a été arrachée, plus de 200 blessées à la tête, c’est le bilan sanglant des violences policières (voir ici). A ce jour, pas un seul policier ou gendarme n’a été suspendu.

La répression judiciaire est tout aussi massive : 8500 personnes ont été placées en garde à vue depuis novembre, près de 1800 ont déjà été condamnées dont 40% à de la prison ferme et environ 1800 procès à venir : tel est le bilan dressé avec satisfaction par la garde des Sceaux il y a quelques jours (voir ici). « La justice est juste et adaptée », a-t-elle affirmé alors que de nombreux avocats dénoncent une justice d’exception constituée de condamnations à de la prison ferme avec mandat de dépôt pour des délits mineurs.

Samedi 23 mars, un nouveau pas sera franchi avec le déploiement de l’armée dans le cadre de l'acte XIX des gilets jaunes. C’est une décision sans précédent depuis des décennies que même la droite la plus dure juge très dangereuse. Ainsi, le sénateur LR Bruno Retailleau (qui est à l’origine de la loi anti-casseurs) dénonce un choix dangereux qui « compromet le lien entre la nation et l'armée » et en « appelle solennellement à Emmanuel Macron pour renoncer à cette décision funeste » (voir ici).

A son retour du Puy-en-Velay le 4 décembre dernier, alors qu’il venait d’être hué et insulté par les manifestants à la sortie de la préfecture, M. Macron confiait à ses conseillers (voir ici) : « Il faut tenir. Je ressoude partout. Et dès que c'est consolidé, je réattaque. »

Il pense sans doute que l’heure est venue de « réattaquer »Monsieur le Président est prêt à tout pour se maintenir au pouvoir et continuer de servir des amis oligarques.  Si pour cela, il faut donner l'ordre de tirer sur « les gens qui ne sont rien », sa main ne tremblera pas.

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