Après les barbouzes, voici la police politique de M. Macron

Mme Ariane Chemin est la cinquième journaliste convoquée par la DGSI.

Le 14 mai, MM. Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, journalistes du site d’investigation Disclose, ont été entendus par la DGSI pour « compromission du secret de la défense nationale », après la publication d’une note détaillant l’utilisation dans la guerre au Yémen des armes vendues par la France à l’Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis. Cet article démontrait que M. Macron, M. Le Drian et Mme Parly ont sciemment menti en prétendant que les armes françaises n’étaient pas utilisées contre les populations civiles du Yémen.

Le 15 mai, c’est M. Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, l’un des médias ayant publié les révélations de Disclose, qui a également été entendu par la DGSI.

Le 28 mai, M. Michel Despratx, collaborateur du site Disclose, est lui aussi convoqué par la DGSI.

Le 29 mai, Mme Chemin, journaliste du Monde ayant révélé en juillet dernier l’affaire Macron-Benalla est convoquée par la DGSI, pour avoir écrit en février qu’un protagoniste de l’affaire Benalla, M. Chokri Wakrim, lié par un contrat de protection rapprochée avec un oligarque russe, était par ailleurs membre des forces spéciales. Ces révélations montrent que de proches collaborateurs du président de la République peuvent entretenir des relations d’affaires avec des oligarques russes, eux-mêmes proches de M. Poutine. Sans que cela préoccupe M. Macron, qui feint par ailleurs de s’inquiéter de possibles ingérences de la Russie dans la campagne des élections européennes.

Le site Disclose a dénoncé "une nouvelle tentative du parquet de Paris de contourner la loi de 1881 sur la liberté de la presse et la protection des sources." Plus d'une trentaine de société de journalistes viennent de publier un communiqué affirmant que  "le secret-défense ne saurait être opposé au droit à l’information, ni servir d’épée de Damoclès pour dissuader les journalistes d’enquêter, et de publier."

C’est bien l’objectif poursuivi par M. Macron et un parquet aux ordres. Qu’il subsiste encore quelques journalistes indépendants qui osent révéler les turpitudes de son régime est intolérable pour notre Badinguet En Marche.

Les « forces de l’ordre » avaient déjà carte blanche pour tabasser les journalistes qui couvrent les manifestations des gilets jaunes, détruire leur matériel et les placer en garde à vue pour les empêcher de faire leur travail.

A présent, ce sont les services de renseignement qui agissent en police politique pour intimider et faire taire les journalistes qui persistent à penser, avec George Orwell, que « le journalisme consiste à publier ce que d’autres ne voudraient pas voir publié : tout le reste n’est que relations publiques. »

Il y a quelque temps, La Quadrature du Net avait publié une excellente plaquette sur les signes d’une dérive autoritaire (parodiant celle conçue par le gouvernement sur les signes de radicalisation).

Le régime de M. Macron coche désormais toutes les cases.

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