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Billet de blog 28 févr. 2022

L’an I de la guerre chaude

Quoi qu’il advienne, la guerre déclenchée par Vladimir Poutine en Ukraine a déjà fait changer le monde et la France en ces quelques jours de février 2022. Pour le pire.

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Alors que le GIEC publie un nouveau rapport alarmant sur le changement climatique et alerte une fois de plus sur les conséquences dramatiques de l’inaction des gouvernements, l’heure est plus que jamais à la hausse des  dépenses militaires dans le monde, qui représentaient déjà près de 2000 milliards de dollars en 2020. L’Allemagne vient d’annoncer une rallonge budgétaire de 100 milliards d’euros pour la défense et consacrera chaque année au moins 2% de son PIB (contre 1,4%). Les budgets militaires de la France et de l’Allemagne étaient jusqu'ici identiques (52,7 milliards de dollars en 2020) mais la forte hausse du budget allemand entraînera sans doute un décrochage de la France dans le domaine de la défense.

Cette guerre va accentuer l’alignement de l’Union Européenne sur les États-Unis et l’OTAN et sonne le glas des stratégies de non-alignement et sortie de l’OTAN. On va de nouveau voir ressurgir la chimère de « l’Europe de la défense » et l’on peut s’attendre à ce qu’Emmanuel Macron, après avoir bradé l’industrie française, œuvre à une intégration franco-allemande dans le domaine de la défense. Celle-ci ne pourra se faire qu’au détriment de la France, compte tenu de la domination économique et bientôt militaire de l’Allemagne dans l’UE.

L’Union Européenne vient de décider de débloquer 450 millions d'euros pour acheter des armes destinées aux forces armées ukrainiennes, dans le cadre de la « Facilité européenne pour la paix » (délicieuse dénomination orwellienne). Mme von der Leyen et M. Borell le claironnent et s'en glorifient de façon à rajouter un peu d'huile sur un feu qui en manque sans doute à leurs yeux. Pour sa part, le gouvernement français engage de fait notre pays dans la guerre en Ukraine sans qu’il y ait eu de débat au Parlement. Le chef de l’État a troqué sa blouse blanche de Grand Épidémiologiste pour l’uniforme kaki de chef des armées et, aujourd’hui comme hier, il prend ses décisions dans le secret des conseils de défense.

En France, la guerre en Ukraine provoque des miracles. Ainsi, le Covid a disparu des écrans (merci Vlad). Les médecins qui squattaient les plateaux des chaines d'infox depuis deux ans ont été remplacés par les « stratèges » en géopolitique et quelques anciennes gloires diplomatiques et militaires. Les Verts, traditionnellement pacifistes, sont prêts à partir au front ou presque. Le 23 février, Yannick Jadot s’opposait à la fourniture d’une aide militaire à l’Ukraine. Le lendemain, il se prononçait pour des livraisons d’armes. Après le « green-washing », voici venu le temps du « green-killing ». Des blindés et des missiles « verts », c’est sans doute bon pour la planète.

Autre miracle : les réfugiés ont désormais la cote au pays des droits de l'Homme. Marine Le Pen, qui conseillait aux Syriens de rester se battre dans leur pays, est favorable à l’accueil de réfugiés ukrainiens en France et ne jure plus que par la convention de Genève. Anne Hidalgo a décidé d’ouvrir des hébergements d'urgence à Paris, alors qu’elle n’en trouve jamais pour les Syriens ou les Afghans. Tandis que la police lacère les tentes des réfugiés à Calais et harcèle les associations qui leur fournissent des repas, Gérald Darmanin a décidé d’envoyer « des tentes, des médicaments, de la nourriture » pour les réfugiés ukrainiens. Pourquoi une si soudaine sollicitude ? C’est très simple : « ce sont des « Européens de culture » dixit Christophe Barbier. En clair, ce sont des Blancs chrétiens - orthodoxes pour la plupart mais ne chipotons pas - et ils viennent d'un « pays civilisé ». Ce ne sont pas des Noirs ou des Arabes - musulmans de surcroit ! - venus de ces contrées arriérées qui ne sont pas « entrées dans l’Histoire ». Qui plus est, l’Ukraine et la Pologne font soigneusement le tri et empêchent les résidents étrangers africains ou arabes de quitter le pays. Mme Le Pen, Mme Hidalgo et M. Darmanin peuvent être rassurés : il n'y aura que « des blancs, des whites et des blancos » comme dirait Manuel Valls. Le racisme humanitaire a le vent en poupe.

Enfin, l’élection présidentielle est pliée avant même que M. Macron n’annonce sa candidature. Alors que son bilan diplomatique est désastreux, c’est la situation internationale qui va lui permettre d’être réélu sans faire campagne. Finir de détruire les services publics (santé, éducation), faire la chasse aux chômeurs et aux bénéficiaires d’aides sociales (les « assistés »), reculer l’âge de la retraite et réduire le pouvoir d’achat des retraités, baisser les impôts des plus riches et des entreprises : toutes ces « réformes courageuses » deviennent d’autant plus nécessaires qu’il nous faut « assurer notre défense ». Quant aux libertés publiques, après le terrorisme et la pandémie, c’est désormais « l’union sacrée » en temps de guerre qui justifiera de les réduire un peu plus.

En cet an I de la guerre chaude, l’avenir s’annonce radieux.

© Sanaga

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