Emmanuel Macron tient bien son rang dans le club des dirigeants obscurantistes

« Je n'ai jamais cru au zéro Covid. Il faut vivre avec le virus avec des mesures de freinage adaptées ». Emmanuel Macron, le 26 avril 2021.

Par cette déclaration prononcée à l’occasion d’un déplacement dans une école de Seine-et-Marne, le président de la République confirme que la politique de ce pays est déterminée par ce en quoi il « croit » ou ne « croit » pas.

Des pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Corée du Sud ont mis en œuvre la stratégie zéro-Covid et la comparaison avec la France dans les domaines sanitaire et économique est très cruelle : le nombre de morts par million d'habitants est 42 fois plus élevé en France que dans ces  trois pays et le recul du PIB français a été cinq fois plus prononcé (voir ici). Mais à quoi bon s’embarrasser de telles considérations puisque M. Macron « n’y a jamais cru ».

En revanche, il « croit » au couvre-feu et a réaffirmé lors de ce déplacement qu’il s’agissait d’une « mesure efficace » et que « nous allons la garder ». Pourtant, selon une étude du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse, le couvre-feu « aurait eu l’effet opposé à celui attendu, en raison peut-être de la concentration des activités sur certaines plages horaires ». Mais qu’importe puisque M. Macron « y croit ».

En matière de croyances sur la lutte contre l’épidémie de Covid-19, le Grand Epidémiologiste qui dirige ce pays est d’ailleurs en fort bonne compagnie.

Ainsi, le Premier ministre indien, Narendra Modi croit aux vertus protectrices du yoga. Le 18 juin 2020, il affirmait à propos du virus et de la manière de s'en protéger: « C'est pourquoi, actuellement, seule une immunité forte peut agir comme bouclier protecteur ou garde du corps pour nous et nos proches (...) Le yoga est un ami fidèle dans la construction de ce bouclier protecteur ». Plus récemment, le ministre en chef BJP de l’État de l'Uttarakhand (appartenant au BJP, le parti de M. Modi) jugeait que l’eau du Gange protégeait du virus.

Le président du Brésil, Jaïr Bolsonaro, croit plus en la virilité de ses compatriotes qu'au yoga pour résister au virus. « Tout est pandémie aujourd’hui. Il faut arrêter avec ça, merde. Je suis désolé pour les morts. Nous allons tous mourir un jour. Inutile de fuir cela, de fuir la réalité. Il faut arrêter d’être un pays de pédés, merde. (…) Le virus est là. Il va falloir l’affronter, mais l’affronter en homme, putain. Pas comme un gamin. Confrontons le virus avec la réalité. C’est la vie. Nous allons tous mourir un jour. » (voir ici).

L’ancien président des États-Unis, Donald Trump, croyait en juillet 2020 que le virus allait disparaître. Dans une interview diffusée le 19 juillet 2020, il affirmait : «  J'aurai raison au final. Vous savez, j'ai dit : “Ça va disparaître.” Je le dirai encore. Ça va disparaître et j'aurai raison. »

Enfin, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, croit au laisser-faire cher à sa famille politique. Contraint de reconfiner le pays une deuxième fois, il aurait tenu fin octobre les propos suivants selon des sources confirmées par la BBC : « Plus de putains de confinements, laissons les corps s’accumuler par milliers. »

Bien que son langage soit plus châtié que celui de MM. Bolsonaro et Johnson, c’est bien le choix de laisser « les corps s’accumuler par milliers » qu’a également fait M. Macron fin janvier. Il l’a ensuite justifié en déformant les résultats des études dont il disposait à ce moment-là et le Premier ministre a même présenté des documents falsifiés au Parlement. « Nous avons donc je le crois bien fait », a–t-il déclaré dans son allocution du 31 mars dernier.

Le 27 avril 2021, les États-Unis comptaient 573 000 morts directement dus au Covid-19, le Brésil 395 000, l’Inde 201 000 (mais le chiffre est notoirement sous-estimé), le Royaume-Uni 127 000 et la France 104 000.

Les résultats sont là : dans le club des dirigeants obscurantistes, M. Macron tient bien son rang.

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