Quand Darmanin rime avec brun

« Quand j'entends le mot "violences policières", personnellement je m'étouffe. » Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, le 28 juillet 2020.

Ces propos du sinistre monsieur Darmanin, tenus hier devant la Commission des lois de l’Assemblée Nationale, ont suscité une vague d’indignation tant ils sont abjects.

Son auteur faisant partie d’un gouvernement dont les ministres ne brillent ni par leur hauteur de vue ni par leur dignité, on ne peut certes exclure qu’il s’agisse d’une déclaration reflétant avant tout la bassesse de celui qui la prononce. Mais l’homme n’est pas un novice en politique et d’autres interprétations sont donc possibles, et non exclusives.

Confronté au rejet provoqué par sa nomination alors qu’il est visé par une accusation de viol (voir ici), une énorme provocation pour détourner l’attention des médias n’a pas que des inconvénients pour le ministre de l’Intérieur. Plutôt que de faire la Une avec les manifestations et les demandes de démission qui accompagnent désormais chacun de ses déplacements, il est à tout prendre préférable d'être attaqué sur le thème des violences policières. Après tout, quoi de plus banal désormais qu'un « premier flic de France » qui justifie les crimes et délits des « forces de l’ordre » ?

Mais une telle saillie (si l’on peut se permettre un tel mot s’agissant de ce monsieur) n’offre pas que des avantages quant à sa situation personnelle, elle est aussi indicative d’une stratégie politique pour 2022. En effet, ce propos, tout comme celui sur « l’ensauvagement d’une partie de la société », ne manquera pas de plaire aux franges les plus réactionnaires de la société française. Or M. Macron, ayant définitivement abandonné l’électorat de centre-gauche qui lui a permis de gagner en 2017, est engagé dans une course à l’échalote avec LR pour récupérer des voix d’extrême-droite, du moins suffisamment pour tenter d’assurer sa présence au second tour.

Dans les mois qui viennent, nous allons donc assister à une surenchère dans la répression policière, dans la chasse aux réfugiés et plus généralement aux immigrés, dans la stigmatisation des musulmans sous couvert de dénonciation du « communautarisme » et du « séparatisme ». Pour ce faire, le président de la République sait pouvoir compter sur M. Darmanin pour porter haut les couleurs du macronisme. Elles sont brunes.

 © Allan Barte (@AllanBARTE) © Allan Barte (@AllanBARTE)

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