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Billet de blog 3 mai 2022

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Unissez-vous, qu'ils disaient ! Deuxième manche

Alors qu'une union de la gauche (entendue au sens large avec les écologistes, es associations, les mouvements sociaux...) ne semblait ni souhaitable et encore moins possible avant les élections présidentielles, elle semble désormais possible. Est-elle pour autant souhaitable ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le 03 mai 1936 est la date anniversaire de l’accession au pouvoir du Front Populaire. Réaliser une large union de la gauche ce jour précis, ce serait indéniablement se placer sous de bons augures, tant cette date fait partie avec 1789, 1968 et 1981 de celles qui marquent positivement la mémoire de la gauche française.

C’est aussi une belle image de l’opportunité historique qui s’ouvre devant nous : celle d’une vraie gauche qui ne renie pas ses idéaux et qui veut vraiment changer la vie. Après avoir douté de l’intérêt d’une union des gauches pour la présidentielle, pourquoi s’en réjouir aujourd’hui? Ce billet est une réponse à celui-ci : (Unissez-vous qu'ils disaient!), publié il y a quelques mois. 

A la différence de la campagne présidentielle de 2022, les urnes ont aujourd’hui rendu leur verdict de manière assez claire pour notre camp. Et dans une démocratie, c’est bien ce à quoi elles servent : non pas à savoir qui a raison, mais à déterminer quelle option choisir. Il y aurait sans doute beaucoup à écrire et à analyser sur ce résultat du 10 avril 2022. Pour ma part, j’en retiendrai deux enseignements.

Notons tout d’abord, que lorsqu’il y a une possibilité de battre le bloc libéral (Macron-Pécresse) ou le bloc identitaire (Zemmour-Le Pen), les électeurs de gauche n’ont aucun mal à se rassembler derrière une seule candidature. Une grande majorité d’entre eux se sont rassemblés derrière l’Union Populaire et Jean-Luc Mélenchon. Ceci, alors alors même qu’on le jugeait plus clivant que ses confrères, qui ne se sont pas privés de le dépeindre en dictateur (en 2017, il était l’ami de Maduro, en 2022 celui de Poutine), sans d’autres effets notables que de couvrir de ridicule ceux qui prononçaient de si stupides attaques. 

Ce bloc populaire ne rassemble d’ailleurs pas que des électeurs traditionnels de gauche ou qui se qualifient comme tels, que l’on pense à nos amis ultra-marins ou à ceux des quartiers populaires. La perspective d’une rupture a suscité l’adhésion au-delà du cercle des convaincus. C’est bien ce succès incertain mais possible qui a facilité l’unité dans l'action. Une victoire effective ou même probable est porteuse d’espoir, alors que la défaite supposée ou concrète nourrit les rancœurs. Face à nos ennemis et dans la perspective de gagner, ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise, voici le premier enseignement que je retiens.

Le second tient au programme, mouvement ou candidat qui a permis ce rassemblement. Il est illusoire de croire que n’importe lequel des postulants aurait pu réussir ce score et que c’est simplement de bons sondages qui ont permis le résultat. Il a d’abord fallu se mettre en position de convaincre. C’est bien le programme l’Avenir en Commun, porté par l’Union populaire et Jean-Luc Mélenchon qui a fédéré presque autant que Macron et Le Pen. Le débat sur le vote d’adhésion et le vote utile n’a que peu d’intérêt. Il ne sert qu’à nourrir les rancœurs. Soyons honnêtes : les deux existent dans des proportions qu’il est impossible de déterminer et dans chaque électeur les deux peuvent s’entre-mêler. Il n’en reste pas moins que c’est bien cette option qui l’a emportée. Que nous dit-elle? Tout d’abord qu’un programme explicite, facile à identifier et porté avec constance et conviction est nécessaire pour convaincre. Ensuite que, dans ce programme, la rupture avec le système politique et économique doit être assumée et que l’écologie doit être centrale. Le reste ne sont que des variations minimes qui servent à se démarquer pour exister. Voici, le deuxième enseignement. 

Cette clarification était nécessaire. Elle avait commencé en 2017 (voire avant si l'on remonte au référendum de 2005) et pourrait arriver à terme aujourd’hui. Que tirer de ces enseignements pour le prochain vote déterminant pour élire le Parlement?  

Notons tout d’abord que le scrutin des Législatives n’est pas celui de la Présidentielle. Ce n’est pas une élection, mais 577, soit le nombre de circonscriptions. Dans cette situation, et face à la nécessité de rassembler 12,5% des inscrits - soit 25% des votants s’il y a 50% d'abstention comme c’est fréquent - une union large de la gauche (mouvements, partis, associations…) est indispensable. Nombre d’électeurs ne comprendrait pas qu’elle échoue et qu’on leur rejoue l’interminable feuilleton de l’union de la gauche de janvier 2022.

Il faut partir uni, mais surtout partir pour gagner, même si, à l’évidence, ce sera difficile. Comment convaincre et mobiliser pour une cause perdue? Les électeurs ne se déplaçant plus systématiquement, il est indispensable de susciter l’espoir pour mobiliser massivement : l’espoir de gagner et l’envie de ne pas laisser les mains libres à Macron. 

Partir uni ne veut en revanche pas dire partir sans idées claires. Comme l’a montré la présidentielle, il nous faut un programme de rupture claire (rupture avec le système économique pour assurer la bifurcation écologique et la redistribution, rupture avec le système politique qui n’est plus représentatif et rupture avec l’ordre dit républicain pour permettre l’égalité réelle). La base doit naturellement être l’Avenir En Commun. 

Ces deux options sont désormais actées. 

Reste maintenant le plus fin : réussir la dentelle des négociations. Difficile? Sans doute, mais sans ces préalables ça aurait été impossible. Comment s’unir sans se renier? Comment respecter les sensibilités de chacun sans sombrer dans un particularisme illisible? Comment satisfaire les volontés et les attentes de tous? Comment répondre aux aspirations des militants et en même temps traiter les questions financières et personnelles? Comment accepter des divergences tout en prônant la convergence? 

Nul doute que ces questions sont complexes. Mais elles doivent être tranchées. Il serait décevant que notre bloc, celui-là même qui fait de l’ouverture au monde et aux autres, du partage et de la diversité des idées, de la créolisation et de l’enrichissement par l’échange humain son combat, soit incapable d’une telle synthèse.

Il faut y croire. La victoire est peut-être au bout du chemin. 

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