Retraite Macron, piège à C…

M. Edouard Philippe est venu présenter gentiment son programme voulu par le MEDEF, par les compagnies d’assurances et par les banques. Ajoutons bien entendu, le désir d’unifier ce qui existe déjà ailleurs chez nos partenaires européens, le tout à la sauce Hayek, dans le plus pur style des Chicago-boys.

Le MEDEF est très content. La FNSEA aussi. Victoire ! la plupart des agriculteurs n’ayant que 800 € de retraite vont passer à 1000€, à croire que ces « braves gens » se contentent de peu, et sont déjà vertueux en pratiquant la frugalité heureuse. Voir le billet suivant qui rappelle que c'est déjà inscrit dans la loi et pas encore en application, ou l'art de se fiche du monde.
Il est vrai que travailler jusqu’à 64 ans, et pouvoir prendre une retraite de quelques années, juste le temps de crever des suites d’un cancer dû aux épandages de pesticides recommandés par la profession, ne devrait pas grever les fonds de retraite de la profession.

A part cela, ces salauds de français sont tous mécontents et seraient près à mettre Delevoye de garage au pilori. Apparemment, ils ne veulent pas travailler plus longtemps en dépit de l’allongement de la vie. Enfin, celle de certaines professions, avec de multiples médications, interventions chirurgicales pour des déformations de corps usés prématurément, de douleurs récurrentes, de tassements de vertèbres et autres joyeusetés dues à l’âge.

Quid des ouvertures d’emplois pour les jeunes si les anciens sont condamnés à demeurer à leur poste ? On s’en fout !
Quid de la loi, du décret, interdisant aux patrons d’écarter en pré-retraite, les salariés épuisés qui multiplient les absences dument justifiées, seules garanties à une vraie prolongation de l’emploi pour pouvoir toucher une retraite décente ?

Les femmes seraient les grandes gagnantes ? (sic) Une prise en considération de leur rôle de mère et de leur spécificité genrée semble prise en compte, MAIS, sous couvert de travailler plus longtemps, elles aussi, même si l'on veut nous faire accroire que le contraire se passerait.
Le flou demeure sur la pénibilité qui serait quand même accordée à certaines professions : pompiers, police, armée, BTP. Soit !

Mais un prof d’éducation physique, déjà cassé à cinquante ans sera tenu de continuer jusqu’à plus de 64 ans, frais comme un gardon, mais dans l’incapacité de donner l’exemple des gestes qu’il attend de ses élèves.
Idem pour ses collègues. Au cours d’une carrière, les élèves ont toujours le même âge. Les générations se suivent. En fin de carrière, les enseignants seront l’équivalent des grands-parents avec bien des souvenirs à raconter, mais complètement HS par rapport à leurs élèves qui appartiennent à un monde différent, avec un vocabulaire différent, une conception du monde différente. Incompréhension presque totale assurée. Chahut, y compris pour les plus pédagogues. J’ai connu, j’ai donné. Un prof qui n’est pas à 120% de ses capacités souffre de ses infirmités et la haine s’installe entre l’enseignant et l’enseigné, sauf exception, lorsque les enfants sont issus de milieux où l’on apprend le respect de la connaissance.

Et puis, il y a ce dogme de la retraite à points sans que l’on sache trop, qui, vraiment, déterminera la valeur de ce point. Points qu’on accumule tout au long de sa vie, gérés par des fonds de pension, espérés, attendus, réclamés par les assurances et les banques qui veulent ramasser les milliards d’épargne populaire qui leur échappe et avec lesquels ils vont pouvoir spéculer à tout va. Au prochain krach, l’on verra donc, à nouveau ces fonds spéculatifs voler en éclats et les futurs retraités dire adieu à leurs points disparus. En 2002, on a vu cela aux USA.
Comme le capitalisme est régulièrement secoué de crises, on verra donc cela dans un futur plus ou moins proche.

Régime identique pour tous ! Disparition des régimes spéciaux ! Eh bien, c’est très simple, si c’est si « merveilleux », nos députés et nos sénateurs, dans une belle démonstration pédagogique par l’exemple, au cours d'une nouvelle "nuit du 4 août" vont commencer par remettre en question leurs régimes spéciaux et s’aligner sur le commun des mortels. Rien de tel pour convaincre les cheminots et les conducteurs de la RATP du bien fondé de ce dogme faussement égalitaire.

Comment se fait-il que nous ayons l’impression qu’on nous prend vraiment pour des billes ?

Que l’on réforme les retraites compte tenu de la prolongation de l’espérance de vie pour certaines catégories sociales, soit ! Qu’on essaie d’équilibrer les compte dans une société où le nombre d’actifs serait en diminution, tout en sachant que nous devrons bientôt accueillir des migrants chassés de leurs pays à la fois par les guerres que nous y menons et les conséquences des perturbations climatiques, soit !
Mais le principe de solidarité et équité doit demeurer. Non au chacun pour soi.

L’approvisionnement des caisses doit se faire d’une façon proportionnelle aux salaires et émoluments perçus pendant la vie active et les retraites calculées en fonction des besoins des gens pour vivre décemment, une fois à la retraite soit, au minimum avec un salaire au SMIC et en limitant les plus hautes pensions à cinq fois le SMIC.

Pas besoin de calculs savants, de fonds de pension aléatoires, de bouleversements majeurs. Ce que réclament les citoyens, ce n’est pas la lune, mais simplement d’avoir une vieillesse tranquille, une retraite méritée.
Si un individu désire travailler bien au-delà de l’âge légal de la retraite, qu’il en ait le droit. Certaines professions, passionnantes, intellectuelles, de distraction ou de recherche, de création artistique ou technique méritent d’être exercées le plus tard possible, à condition qu’elle n’obèrent pas l’entrée sur le marché du travail des jeunes générations.

Aujourd’hui, méfions-nous de la volonté du gouvernement de diviser les salariés. Nous luttons pour nos enfants et petits-enfants. Qu’on n’ait pas à rougir de notre « complicité » dans ce mauvais coup qui nous est tendu.


Que MM Macron et Philippe se paient un voyage aller simple pour Chicago où ils pourront exercer leurs talents de conférenciers et deviser avec les pères de l’ultra-libéralisme qui nous concoctent la disparition prématurée de l’espèce humaine au profit du 1% les plus riches et dont on a vu leur conception de la vie, dans le laboratoire que fut le Chili de Pinochet et ce que vivent aujourd'hui les chiliens en lutte, suivi plus tard du passage de l’URSS étatique à la Russie oligarchique. Plus les réjouissances sud-américaines où ils traînent partout leurs dogmes ultra-libéraux qui enrichissent les riches et appauvrissent les pauvres.

J'ai l'impression qu'au delà des retraites, les français, comme la majorité des peuples des pays riches n'en peuvent plus de ce système ultra-libéral et le rejettent. C'est ce que ne veut pas comprendre l'exécutif qui a été, justement, mis en place par les oligarchies afin de défendre leurs égoïsmes et de ne rien faire qui pourrait combler le gouffre qui se creuse entre les revenus les plus élevés et les plus faibles.

Tout faux !

 

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