Pandémie, gouvernance, et questions sur l’avenir.

Gérer une pandémie, c’est tout un art. Il faut faire preuve d’humilité, de responsabilité, de décision, de bon sens et après avoir écouté, pesé, analysé, foncer.

L’expérience de ceux qui ont déjà connu un tel fléau, une telle pandémie, est aussi à prendre en considération. Et puis, lorsqu’on est le représentant élu d’un peuple, on se doit de le défendre contre tout ce qui pourrait lui causer de la peine. Cela passe par « une certaine idée de l’humain », soit les fondamentaux de l’humanisme qui repose sur le respect de l’autre, la compassion, la primauté du collectif sur l’individualisme.

    On se souvient que tout a commencé à Wuhan, en décembre-janvier. Wuhan c’est la réunion de deux villes et de quelques villages, soit 8,9 millions d’habitants intra muros et plus de 11 millions pour la municipalité ou métropole. Deuxième grande zone urbaine derrière Chongqing. 
    Après les errements des responsables locaux, apeurés par le système lui-même tel que voulu par M. Xi Jinping et le PCC, qui camouflent ce qu’un médecin a osé appeler « épidémie » dans un pays qui en a tant connues, le pouvoir central intervient, prend les choses en mains. Des milliers de victimes auraient pu être évitées si ces « responsables » avaient su réagir tôt quitte à mettre en péril leur carrière personnelle. Le médecin qui a donné l’alerte, a eu droit à la prison et il est mort du Covid. Ont-ils payé leur incurie ? 
    De janvier 2020 au 8 avril, c’est le confinement strict, la construction de deux hôpitaux, l’envoi de 40 000 personnels médicaux qui paieront le prix fort en étant contaminés et certains y laisseront leur vie. Trois mois. (Voir mon article sur le récit de Fang Fang )
    
    Si jamais l’épidémie repart ailleurs, en Chine, à chaque fois, c’est le confinement strict pour un quartier, une ville, et l’on sait combien les petites villes sont souvent millionnaires en habitants.
    Epidémie jugulée. Retour à la normale et, pour titiller les fous de fric, les affaires sont très bien reparties. On produit, on consomme et on pollue comme devant.

    En Afrique, ils ont connu Ebola, ils connaissent le choléra et même, à Madagascar, il y a eu épidémie de peste, il y a quelques années. A chaque fois, on se fiche pas mal des mouvements antivax, des chipoteurs de méthodes douces, voire démocratiques, on s’assoit sur les revenus des actionnaires et le CAC 40 et ses semblables font coucouche-culotte. 
    

    Chez nous, ça parle, ça discourt, ça parlemente, ça caresse les uns et les autres en oubliant ce bon M. De la Fontaine qui nous a pourtant enseigné que « l’on ne peut satisfaire tout le monde et son père ». 
    Non ! On ne peut pas, « à la fois » être dedans et dehors. On se protège en dehors des heures de travail ! Ce qui a pour conséquence que les flux des migrations quotidiennes sont hautement contagieuses, mais il est interdit de sortir pour se distraire même en prenant les mêmes précautions que celles usitées dans les lieux de travail. 
    On ne veut plus fermer les écoles non pas tant pour le bien être des enfants que celui des parents qui peuvent ainsi continuer à alimenter la machine économique en pratiquant le télétravail. Plutôt crever que de réduire les revenus des actionnaires ! Et tant pis pour tous les secteurs économiques des loisirs ! Non, mais ! 
    Métro, boulot, dodo ! Voilà la conception macronarde de la vie en société ! 
    
    C’est pourquoi, lorsqu’on ose nous parler du « deuxième confinement », on se fout de nous. Un confinement de 18 h à 6 H du matin AVEC plein d’exceptions ! Plus, les week-ends ratés. Toujours cette volonté d’empêcher les gens de vivre en dehors des heures de travail. Avec tout un tas de très « bonnes raisons » qui débouchent sur de mauvais résultats.
    
    Certes vivre à la chinoise… bof ! Pas très tentant. Mais il faut quand même reconnaître que les confinements stricts, ça marche ! Ce n’est pas drôle, cela signifie de l’organisation et de l’entraide, une administration au service de ses concitoyens, et une surveillance d’autant plus efficace que c’est quasiment une auto-surveillance dictée par le sens du collectif et une police presque omniprésente. 
    
    En Europe, ce serait plutôt du chacun pour soi. On a vu réapparaître les frontières entre états appartenant à l’espace Schenghen. On a assisté à la course aux vaccins, avec des arrière-pensées électorales non avouées. L’UE a bien entendu acheté US et britannico-germanique. Quant au pays de Pasteur… les charmes ultra-humanistes du rendement à deux chiffres pour les actionnaires des labos font qu’en pleine pandémie Sanofi s’apprête à licencier des chercheurs, et que la politique de suppressions des lits d’hôpitaux se poursuit gentiment. Un petit bravo pour ces messieurs-dames ! Grandeur  et petitesse de l’ultra-libéralisme ! 
    Et puis, pas question d’acheter des vaccins russe, chinois, ou cubain ! Quant à la mise à disposition des brevets… surtout pas ! Les laboratoires et ceux qui y ont investi n’ont pas vocation à soigner les populations mais à soigner l’enrichissement de leurs actionnaires. C’est ce que nous confirme et nous révèle cette pandémie, vue de l’Occident.

    Mais foin de tous ces morts, de tous ces malades, de cette épidémie qui n’en finit pas puisqu’on l’alimente avec nos errements d’une gouvernance de petit joueur de flûte. Ce qui demeure important, ce sont ces scandales moraux : pédophilie, viols, racisme. La bête nazie, se réveille, fait la une des journaux, possède même quasiment ses chaines télévisées. La peur de l’autre, seul contre tous, la haine pourrit l’opinion publique qui s’étonne de la sauvagerie des « bandes » comme si elles venaient de naître alors que cela a toujours existé. On importe des USA, la « cancel politics », qui consiste à gommer l’histoire, à effacer le passé, comme si d’un clic comme en traitement de texte, Colbert et son Code noir, pouvaient passer à la poubelle ! 
    L’esprit scientifique est remis en question, la raison devient déraisonnable. Les partis politiques se sont condamnés et les syndicats ont été bien hachés menu par ceux-là mêmes qui n’ont plus grand monde avec qui parler et peuvent tout se permettre dans leur destruction systémique des principes du Conseil National de la Résistance, honni par le patronat. 
    
    Qu’on ne s’étonne pas si tout se terminera dans la rue, comme on le voit un peu partout sur la planète ! Et c’est bien ça qui constitue « la grande peur » de la bourgeoisie qui sait qu’elle a gagné la lutte des classes et que son temps est terminé puisque le système qui lui a donné sa victoire la condamne à une disparition prématurée de l’espèce humaine. 
    

    Quasiment, un an après, jour pour jour, le gouvernement, pardon ! , le Président de la République, après avoir trop longtemps tergiversé, a enfin pris la décision de reconfiner 16 départements pour… soulager des services hospitaliers débordés, COMME PRÉVU depuis l’apparition du variant anglais en décembre dernier !!!
    Il me semble avoir entendu quelques professionnels de la profession réclamer ce reconfinement fin décembre début janvier. Ils avaient raison. Gouverner, c’est prévoir ! 
Anticiper. Là, on a eu droit à des paris, pour, comme toujours, ne pas trop faire de mal au Saint Marché ! 
    
    Bien entendu, l’on va sortir de cette pandémie. Les vaccins vont se multiplier et donc les gens vont être toujours plus nombreux à être immunisés, donc on va triompher de cette saloperie, à moins qu’elle ne nous réserve un nouveau variant de derrière les fagots. Une mutation coquine à souhait. Tout est toujours possible pour un virus qui vit sur du vivant, a besoin de vivants, et ne disparaît que pour mieux réapparaître des mois, des années après.

Comme la bête immonde du fascisme et surtout du nazisme. Un nazisme mutant, sans grand défilés avec militarisation de la société pour le moment. Mais avec cette volonté de détruire les démocraties y compris avec la complicité de leurs élus qu’il pourrit en instillant sa haine des gens de couleur, des LGBTQ, de certaines religions et de certains idéaux. 
    L’unique vaccin qui existe pour contrer ce retour des idées de l’extrême droite, c’est la culture : connaissances historiques, certes, mais aussi philosophiques, politiques. Ce dont nous avons le plus besoin : un Renaissance de l’humanisme. 
    Hélas ! Elle est antinomique avec l’idéologie ultra-libérale mondialisée en place. 
   

Et pourtant, il faudra bien que les peuples se persuadent que croire en l’éternité du capitalisme, c’est participer à l’extinction de l’humanité. Voyez comme ce système merveilleux contribue à l’épuisement des soutes de notre satellite ! Voyez comment les pays s’arment y compris en armes atomiques ! Voyez comment l’extrême sophistication de nos moyens de communications nous rendent de plus en plus fragiles ! 
    Les hackers sont bien plus dangereux que n’importe quel virus vivant. Ils en fabriquent pour s’emparer de nos ordinateurs, pour nous espionner. La guerre au sein des populations est désormais bien en place. 
    Qui n’a pas de satellite de surveillance, de centre de hacking, de drones, a perdu la partie. 
    Drôle d’époque ! Mais est-elle plus injuste et plus dangereuse que les époques précédentes ? Peut-être. 
    Jadis, on savait, on était persuadé que demain serait meilleur qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, l’on en est bien moins convaincu. 
    Est-ce inexorable ? A nous de prendre nos responsabilités.

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