Message de fumée rouennais vers le nord de la France ?

Depuis ma fenêtre, je vois passer le lourd nuage noir de la fumée qui s’échappe de l’usine Lubrizol, en feu depuis quelques heures. Il est 11 h 35, les traces de la fumée s’estompent et se confondent avec le gris des nuages de la nouvelle perturbation qui s’approche. Ciel de lavis, menaçant et incertain. S’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas non plus de fumée sans pollution.

 

Quelle est-elle vraiment ? Le préfet, à 10 H, après avoir fait fermer écoles, ponts, barrer des rues, mis en garde hôpitaux et personnes fragiles, se contente de recommander de laver les légumes et les fruits qui seraient recouverts de la suie. Pas de grand danger pour le moment en attendant des expertises plus poussées. Surtout, ne pas paniquer les populations. Soit !

Nous vivons dans un monde toujours plus fragile. Lubrizol est classée Seveso, tout en étant insérée dans dans l’agglomération rouennaise. Rouen, un port maritime, premier port céréalier d’Europe, importateur de charbon, exportateur de ferraille. La ronde des conteneurs sur roues encombre les voies principales et passe en partie en centre ville.

FR3, Paris-Normandie, nous ont offert des photos de l’incendie, prises en pleine nuit. Vision infernale, magnifique, fascinante. On s’y attendait un peu sans y croire. Pour le moment, pas de morts, comme jadis à Toulouse. Les quelques explosions, n’ont pas eu assez de force pour ébranler les immeubles de Petit-Quevilly ou de Rouen. Tant mieux !

Mais quel rappel aux citoyens. Si l’industrie est indispensable à notre bien être, si elle est contrainte de fabriquer, d’utiliser des produits dangereux, si toutes les précautions sont prises, nul n’est à la merci d’un incident, une erreur, une facétie de la technologie. On ignore au moment où j’écris, la cause du départ de cet incendie. Puissions-nous la déterminer ! Mais j’en doute.

Fragilité de notre système de vie que j’ai déjà évoquée sans que cela n’émeuve trop.

Je rappelle quand même que, pour la première fois, les habitants autour des centrales nucléaires de Penly et de Paluel, dans un rayon de 35 km, viennent de recevoir des pastilles d’iode. Tiens ! Il est vrai que le Canard Enchaîné nous apprend qu’il y aurait des inquiétudes quant aux soudures dans nos belles centrales nucléaires «éternelles». Et puis pourquoi, seulement 35 km ?

Si un Fukushima de la Côte d’Opale avait lieu, tout dépendrait des vents. Moi, le vois la fumée qui défile à deux kilomètres de chez moi vers le nord-est. Pas trop impliqué. Mais pour peu que les vents passent à l’ouest, et j’en prendrai plein les poumons. D’ailleurs, le nuage de mercaptan que Lubrizol avait envoyé dans l’atmosphère avait empuanti l’air de l’Ile de France au sud de l’Angleterre.

Nous vivons sur un satellite de plus en plus menacé de toutes parts. Il n’y a pas que dans les pays «pauvres» ou en voie de développement que les accidents industriels se produisent.
N’oublions pas que nous sommes tous les passagers d’un seul satellite.
Le nuage empoisonné survole l’ouest de Rouen, mais aussi Mont-Saint-Aignan, Bihorel, Boisguillaume, Saint Martin du Vivier(haut), Isnauville, toutes communes où se concentrent des populations de la bourgeoisie et des couches moyennes... Belle démonstration pour leur faire comprendre que la pollution issue de notre système économique se fiche pas mal des classes sociales.

Sera-ce suffisant pour qu’ils révisent leurs schémas de pensée ? La croissance infinie dans un monde fini... Et nous sommes contemporains de la station orbital internationale qu’il faut régulièrement ravitailler, dont la population est limitée et dont il faut évacuer les déchets. Mais, rien à voir avec notre petit satellite Terre perdu dans l’univers, voyons !

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