Journée mondiale d'action contre les gaz de schiste – Explications !

Après la décision du Conseil Constitutionnel confirmant la loi d'interdiction de la fracturation hydraulique, les collectifs citoyens et les organisations contre les gaz et pétrole de schiste appellent à une journée internationale d'action ce samedi 19 octobre. Pourquoi ?

Après la décision du Conseil Constitutionnel confirmant la loi d'interdiction de la fracturation hydraulique, les collectifs citoyens et les organisations contre les gaz et pétrole de schiste appellent à une journée internationale d'action ce samedi 19 octobre. Pourquoi ?

Ce samedi 19 octobre, ce sont plus de deux cents actions dans près de 25 pays de la planète – soit la très grande majorité des pays concernés par le sujet – qui vont être organisées par les citoyen-ne-s, collectifs et organisations engagés contre l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste. Parmi ces deux cents actions, une petite dizaine vont avoir lieu en France avec des manifestations, rassemblements, débats publics, actions festives, prévues à Montélimar (Drôme), Saint-Claude (Jura), Toulouse, Lille, Paris, en Seine-et-Marne, dans l'Essonne, etc. Mais pourquoi donc avoir maintenu de telles actions alors que le Conseil Constitutionnel vient de juger conforme à la Constitution et ainsi confirmer la loi d'interdiction de la fracturation hydraulique en France ? Question posée par la plupart des journalistes que nous avons rencontrés cette semaine, voilà trois éléments de réponse.

Nous exigeons plus de cohérence entre les paroles et les actes du gouvernement. Alors que la fracturation hydraulique est interdite, une soixantaine de permis de recherche d'hydrocarbures liquides ou gazeux sont toujours valables, parmi lesquels un nombre conséquent qui ciblent manifestement des hydrocarbures de schiste. Ces permis doivent être annulés. Ces incohérences, nombreuses, doivent cesser. Au plus vite. Par ailleurs, le gouvernement doit arrêter immédiatement de délivrer de nouveaux permis comme il l'a récemment fait en Alsace et Lorraine. Les projets d'exploitation des gaz de couche en cours, en Nord-pas-de-Calais, Lorraine, etc... qui nécessitent l'utilisation de la fracturation hydraulique pour être rentables, ne doivent pas être menés à terme (lire cet excellent document explicatif). Si l'on veut réellement réduire de 30 % notre consommation d'énergie fossile d'ici 2030, et de 50% notre consommation d'énergie finale d'ici 2050 comme s'y est engagé François Hollande lors de la conférence environnementale, ce n'est pas de nouvelles explorations d'hydrocarbures dont nous avons besoin, mais du financement des politiques de sobriété et d'efficacité énergétiques et de développement d'énergies renouvelables permettant réellement d'enclencher la transition énergétique.

Nous appelons les pro-gaz de schiste à arrêter de déverser leurs mensonges manipulateurs. A peine le Conseil Constitutionnel avait-il publié sa décision qu'industriels, experts et avocats fossiles en appelaient à des expérimentations de fracturation hydraulique sur le territoire national, en s'appuyant sur les faiblesses de la loi du 13 juillet 2011 qui ne les exclut pas. La magistrale claque délivrée par le Conseil Constitutionnel ne leur a-t-elle donc pas suffit ? A quoi bon des expérimentations alors que nous en avons par milliers aux Etats-Unis, en Pologne, en Angleterre et que ces exemples suffisent à justifier l'interdiction de la fracturation hydraulique ? A quoi bon dépenser des dizaines de millions d'euros pour des ressources énergétiques climaticides alors qu'ils manquent des fonds pour financer la transition énergétique ? Que les pro-gaz de schiste se dévoilent donc : sont-ils climatosceptiques à ne pas vouloir entendre les recommandations de l'Agence Internationale de l'Energie et du GIEC préconisant de laisser la très grande majorité des réserves d'énergies fossiles dans le sol ?

Quelle que soit leurs actions de lobbying et basses manœuvres politiciennes, les pro-gaz de schiste doivent comprendre que rien n'entravera la détermination des collectifs citoyens et de nos organisations pour empêcher leurs projets et pour faire bifurquer, aussi vite que possible, nos sociétés dans une ère post-fossile et post-fissile.

Ni ici ni ailleurs, une journée mondiale d'actions pour renforcer les solidarités internationales.

Dans chaque pays, il est rétorqué aux opposants aux gaz et pétrole de schiste qu'ils seraient les seuls au monde à ne pas percevoir les intérêts de tels projets. Cette journée mondiale d'action démontre le contraire. Il n'y a pas un seul pays, une seule région concernée par les gaz et pétrole de schiste sans qu'il n'y ait d'opposition, de manifestations, de critiques. Ainsi en est-il de ces paysans polonais qui bloquent Chevron depuis plus de deux cents jours à Zurawlow. Ou encore de ces manifestants roumains qui ont obligé Chevron à stopper ses travaux. En Argentine, Espagne, Allemagne, Bulgarie, au Canada, et même aux Etats-Unis on ne compte plus le nombre de communes ou de régions qui ont pris des décisions restreignant ou interdisant l'usage de la fracturation hydraulique. Par cette journée internationale d'action, l'ensemble de ces citoyen-ne-s mobilisé-e-s tissent des ponts et nouent des solidarités effectives comme témoignent les multiples messages croisés qui sont échangés en ce 19 octobre.

Ainsi, comme le disent dans un message de soutien les militants luttant pour la protection du parc Yasuni en Equateur, ce n'est pas simplement une lutte contre la fracturation hydraulique, mais un pas supplémentaire « dans la critique de la civilisation du pétrole ».

Il est temps de bifurquer.

Il est temps d'inventer et de mettre en œuvre une transition énergétique s'appuyant sur les milliers d'expériences alternatives existantes.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

 

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