Caroline Valentin, haine des musulman-es et insultes aux victimes de la Shoah

Tout comme Zemmour, la polémiste Caroline Valentin compare le port du voile au nazisme. Un appel à la haine complotiste quelques jours après un attentat contre des musulman-es et un galvaudage du nazisme qui insulte les millions de juif-ves et rroms exterminé-es.

Caroline Valentin sur le plateau de France 24 Caroline Valentin sur le plateau de France 24

La scène se passe au cours d'un débat sur France 24, le 31 octobre. Se réclamant de témoignages de terrain, une idéologue islamophobe reprend avec une condescendance toute coloniale Hania Chalal, des Etudiants Musulmans de France. Cette dernière vient de rappeler que le voile portait des significations multiples et n'était pas nécessairement politique.

Persuadée qu'elle sait mieux que la principale concernée ce que son voile veut dire, Caroline Valentin se lance dans une théorie du complot : bien sûr que si, le voile est nécessairement politique car les Frères musulmans chercheraient à nous y habituer, ils voudraient gagner du terrain par la bataille culturelle, non par le terrorisme. On comprend donc que toute femme portant le voile est complice, consciente ou non, des Frères musulmans.

Mais l'idéologue ne s'arrête pas là. Elle conclut en indiquant qu'en 1946, plus personne n'appelait son fils Adolph, ce qui est un bon argument pour ne pas porter le voile aujourd'hui...Le niveau d'absurdité mérite éclairage : pour Caroline Valentin, porter le voile serait de la même nature que rendre hommage par un prénom à un génocidaire. L'islam équivaudrait au nazisme, le port du voile serait un hommage aux crimes d'un islam intrinséquement génocidaire. Caroline Valentin reprend la même analogie qu'Eric Zemmour.

Quelques jours après un attentat contre des musulmans, commis par un militant d'extrême-droite convaincu que ces derniers étaient un danger pour la société, il est évidemment irresponsable de laisser penser que le port du voile équivaudrait à une nostalgie du nazisme. Des femmes s'investissant dans les activités de l'école de leurs enfants sont transformées en nostalgiques du nazisme : cela ne peut être compris que comme un appel à les combattre par tous les moyens, y compris physiques.

Je répète donc ce que j'ai déjà écrit à propos d' Olivier Galzi : « Le propos est évidemment insultant envers toutes les musulmanes portant le voile et de nature à inciter à la haine, aux discriminations raciales ou convictionelles. Il est aussi indécent pour les victimes de l'Holocauste, réduites à un alibi pour manifester son racisme. Il galvaude le nazisme, transformé en simple épouvantail destiné à engendrer la peur islamophobe. Enseignant, je travaille avec les élèves à une compréhension de la singularité du nazisme et de la destruction des juifs et des tsiganes d'Europe. Comment le faire quand des médias galvaudent à ce point ce crime contre l'humanité et s'en servent pour discriminer les musulmans ? [...]

Je rappelle au passage que l'assimilation de l'islam au nazisme n'a pas été inventé par Eric Zemmour. Polémiste qui n'existe médiatiquement que par son islamophobie, Céline Pina avait comparé le voile à un brassard nazi.

Mais, à ma connaissance, cette comparaison a été posée par Elisabeth Badinter, Alain Finkelkraut, Régis Debray, Elisabeth de Fontenay et Catherine Kinzler en novembre 1989, dans leur tribune qui interpellait de façon grossière Lionel Jospin sur la première "affaire du voile" à Creil. Alors ministre de l'Education nationale, Lionel Jospin avait légitimement demandé au Conseil d'état son avis sur le droit encadrant le port de signes religieux à l'école. Ce geste avait alors été qualifié par le cinq signataires de "Munich de la République", donc un pacte avec les nazis. La comparaison faisait de Lionel Jospin un Daladier, et de jeunes femmes musulmanes et leur famille des criminel-les contre l'humanité prêt-es à envahir l'Europe.

Que des autoproclamé-es universalistes fournissent puis reprennent depuis 30 ans à l'extrême-droite des éléments de langage islamophobes devrait faire réfléchir. »

Cette même extrême-droite qui commet ensuite des attentats au nom des éléments de langage banalisée par toutes les Caroline Valentin de France.

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