Le Printemps républicain, la transphobie et l'universalisme

Le président du Printemps républicain commente dans les mêmes termes que Génération Identitaire une agression transphobe, parlant de "racailles" et d' "islamistes". Pourtant les membres de son organisation et ses allié-es participent à la banalisation des discours transphobes qui favorise les passages à l'acte.

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La transphobie est partout et structure la société. Hiérarchisant la société en fonction de l'identité de genre, elle s'articule avec d'autres oppressions, sexisme et homophobie bien sûr, mais aussi classisme ou racisme. La transphobie est notamment alimentée par les responsables politiques, qui ont pendant longtemps refusé de retirer les transidentités de la liste des maladies mentales. La République française refuse de reconnaitre le changement d'état civil plein et entier aux personnes trans, alimentant ainsi un regard suspect, hostile, dès que l'état civil apparait contradictoire avec l'identité de genre de la personne. La République participe ainsi pleinement aux discriminations et aux violences qu'une telle apparence contradictoire peut susciter.

Les conséquences de la transphobie sont terribles. Je les avais évoquées dans ce fil twitter :

© peabodyjoshua

Une jeune femme trans a été victime d'une agression transphobe sur la Place de la République, une partie de l'agression a été filmée. Cette femme mérite notre soutien et notre respect. Un suspect a été arrêté et placé provisoirement en garde à vue, une enquête est en cours. Les responsables doivent être pubni-es.

L'émotion collective a au moins permis cette enquête. Car on constate souvent dans notre République un refus des policiers de prendre les plaintes de victimes d'agressions homophobes ou transphobes, comme le documente encore le dernier rapport de SOS Homophobie (voir par exemple les témoignages pages 23 et 24). Les violences policières à l'égard des personnes trans sont aussi un fait (voir page 58 du rapport). A la violence directe des agresseurs répond trop souvent la violence institutionnelle des services censés nous protéger. C'est le cas dans l'agression de la place de la République. Dans son témoignage, la jeune fille a indiqué avoir dû à subir les reproches humiliants des agents de la RATP, venus certes la sauver, mais qui lui ont fait des reproches sur sa tenue.

Les personnes trans et celles et ceux qui les soutiennent savent bien que la transphobie est partout.Après avoir dénoncé l'agression, SOS Homophobie a été obligée de lancer une alerte à l'instrumentalisation racciste - l'agression s'est déroulée lors d'un rassemblement contre Bouteflika et le drapeau algérien flotte aux côtés des agresseurs :

© soshomophobie

Souligner l'identité des agresseurs comme explication est évidemment raciste. C'est aussi transphobe, puisque cela empêche de mesurer l'étendue de la transphobie et de la combattre partout où elle se présente. Cela n'a pas empêché le président du Printemps répubicain - organisation soi-disant "universaliste" qui n'a jamais rien fait, en trois ans d'existence, pour les droits des trans, de dénoncer l'agression dans les mêmes termes que le tout venant identitaire.

© amk84000

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Attribuer les agressions sexistes et racistes aux "racailles" (terme bateau de la rhétorique suprémaiste et identitaire) et aux "islamistes", ne pas nommer la transphobie qui est pourtant ici à l'oeuvre : voilà les priorités du président du Printemps républicain. Rien ne distingue ses tweets de ceux d'un militant d'extrême-droite quand il s'agit d'une agression homophobe dont le responsable n'est pas blanc.

Amine El Khatmi demande à poser des mots clairs sur cette agression et n'est pas capable de poser le premier qui s'impose : transphobie. Alors, oui, parlons clairement : le président du Printemps républicain, bon nombre de ses membres, leurs alliés "universalistes" participent pleinement aux discours transphobes qui inspirent les agresseurs et dont la banalisation favorise les passages à l'acte.

Prenons des exemples variés, et en vrac :

* la veille même de la publication de la vidéo montrant l'agression, le troll le plus viulent du Printemps républicain relayait une blague transphobe.


© peabodyjoshua

"Mais c'est de l'humour Charlie, on ne peut plus rien dire" nous diraient les "universalistes" qui oublient leur condamnation unanime, il y a quelques mois, d'une caricature représentant le cofondateur du Printemps républicain, affublé d'un nez rouge pour moquer son manque de rigueur dans ses interventions qui relèvent plus de la polémique médiatique sans rigueur que de la recherche universitaire. Quand on autorise de rire de la dignité des personnes trans et qu'on interdit de se moquer d'un homme cis hétéro, on n'est pas "universaliste", on est transphobe.

 

* En février, Amine El Khatmi se photographie avec Zineb El Rhaoui :

© amk84000

Il témoigne de son "respect et de son admiration". Deux jours plus tard, la militante s'étale en propos violemment transphobe : elle appelle "messieurs" des femmes trans (ce que feront les agresseurs de la place de la République) et se livre à un amalgame réactivant un préjugé tenace contre les homos, appliqués ici aux trans : ce seraient des pédocriminels. Elle fournit ainsi une bonne raison aux agresseurs transphobes. Non seulement aucun "universaliste" n'a condamné un tel appel à la haine ; mais ils ont relayé en masse Raphaël Enthoven volant au secours de ces amalgames transphobes.

* De même, ses propos transphobes proférés à la télévision, là encore devant des centaines de milliers de personnes, n'ont jamais empêché le Printemps républicain de s'allier avec l'ancien président de la Licra, Alain JAkubowicz, de l'inviter, de  l'applaudir. Mais la transphobie de l'intéressé ne permettait pas de parler de "racailles" et d' "islamistes", elle est donc pardonnée par les "universalistes".

* Critiquant un débat sur les questions LGBTI, un cadre régional du Printemps républicain s'est permis d'invisibiliser la parole des personnes trans qui y participaient, dans le seul but de régler un compte politicien avec un élu.

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* Amine El Khatmi a appelé à voter pour Manuel Valls lors des primaires de "la gauche". Or, selon une comparaison établie par l'organisation LGBTI du PS, Homosexualité et Socialsime, Valles était celui dont le programme pour les minorités sexuelles étaient le plus réactionnaire. Il avait notamment refusé de se prononcer sur le changement d'état civil pour les trans.

* La République va expulser des personnes trans séropositives au VIH au Brésil, où elles risquent persécutions et exécutions parce qu'elles sont trans Le Printemps républicain ne fait rien. Pire, depuis son existence, sa cible prioritaire est les associations antiracistes ou de lutte contre le sida qui tentent d'empêcher ses expulsions. Act Up, notamment, a fait l'objet d'une campagne de diffamation des militants du Printemps républicain. Vous tentez de sauver des vies, le Printemps républicain vous diffame et vous donne des leçons en universalisme.

Ne pas nommer la transphobie, la soutenir dans ses choix politiques, dans ses blagues, dans ses alliances, dans ses silences, invisibiliser cette oppression par des appels racistes désignant les "racailles", les "islamistes" : voilà la nouvelle croisade du Printemps républicain.

 

Mise à jour à 14 h : la jeune femme victime demande sur RMC de ne pas instrumentaliser son agression. Sa force impose le respect. Mais pas à Amine El Khatmi, qui récidive et continue d'attribuer la transphobie à la "racaille", maintenant l'usage de la rhétorique identitaire.

© rmcinfo

 

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