La LICRA en pleine dérive réactionnaire

Alliances de fait avec l'extrême-droite, censure de la recherche et de la circulation du savoir, transphobie, caution à des figures médiatiques racistes ou à un principal de collège qui a empêché l'inscription d'un élève juif : la Licra est en pleine dérive.

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Désinformer sur la laïcité

La Licra organise depuis vendredi ses universités d'automne. L'intitulé en est pour 2017 : « Quand la religion infiltre la société ». La rhétorique de l'infiltration renvoie à l'idée d'invasion insidieuse et masquée. La métaphore est justifiée ainsi dans le descriptif de l'événement : « Ces infiltrations religieuses, qui s’écoulent en dehors de leur lit naturel, celui de la foi personnelle et de la croyance, peuvent causer des dégâts considérables et fissurer, peu à peu, les masses de granit sur lesquelles la République a été fondée ».

Ainsi pour la Licra, la religion serait de l'ordre du personnel, et quand elle sort de ce lit naturel, elle crée des dégâts. Les adhérentEs de cette association ont le droit de le penser. Mais ce n'est pas ce que dit le droit. L'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme, dont la France est signataire et qui s'impose à elle, dispose  que :

« 1-Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.

2- La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

On ne saurait dire plus clairement que la religion n'est pas qu'une affaire privée et que la Licra désinforme sur le cadre laïque existant. Samedi, un intervenant expliquait au colloque  que la laïcité n'a pas à être adjectivée :

© _licra_

Elle n'a surtout pas à être falsifiée.

L'islamophobie au cœur de l' « antiracisme » subventionné

Les intervenantEs montrent bien que ce ne sont pas toutes les religions qui sont également visées.

Céline Pina est une spécialiste des provocations racistes et islamophobes sur le magazine en ligne réactionnaire et homophobe Figarovox. Elle a par exemple comparé le voile à un brassard nazi ou gravement diffamé un militant d'En Marche parce que musulman.

Pourtant le président de la Licra sait être ferme sur le galvaudage du terme nazi. Mais uniquement sur un certain spectre politique :

© jakubowicza

Céline Pina parle ce dimanche à 10 heures dans une table ronde avec Marlène Schiappa. De toute évidence, insulter une partie de nos concitoyennes en les assimilant aux nazi-es ne gêne pas la ministre, qui nous a déjà habitué à cautionner les réactionnaires. Elle a reçu Cyril Hanouna et se dit prête à un rendez-vous avec la Manif pour tous.

La Licra donne aussi la parole à Bernard Ravel, ce principal de collège à la retraite qui vient de publier un livre de témoignages. Tout comme la Licra, il y prend de nombreuses libertés avec la laïcité qu'avait relevées le Cercle des enseignant-es laïques (voir cette analyse), là encore pour stigmatiser les musulman-es.

Il est surtout fier de dire qu'il a refusé d'inscrire un élève juif dans son collège car il y aurait été persécuté. Quelle preuve nourrissait cette crainte ? L'intervention d'un collégien dans un documentaire télé... Comme le rappelait le Cercle des enseignantEs laïques : « Si on découvre dans les toilettes d'un collège une inscritption injurieuse envers les personnes handicapées, doit-on refuser les élèves vivant avec un handicap pour les protéger et affirmer que tous les élèves sont handiphobes ou mettre en place les actions pédagogiques appropriées ? Si un élève tient des propos sexistes en cours, faut-il transférer les filles dans une autre classe et dire « tous les gaçons de cette classe sont sexistes », ou bien sanctionner l'élève, lui faire comprendre ses torts et animer par exemple un débat sur le sexisme ? Il est en tout cas étonnant de guider sa politique d'inscription sur l'origine et la religion d'un élève, et sur un constat sur son propre établissement fait à partir d'un simple reportage télé. »

Refuser d'inscrire un élève à l'école parce que juif, c'est de l'antisémitisme, quel que soit les inepties qu'on essaie de faire passer pour justifications. La Licra cautionne.

Actuellement, de nombreux lycées se mobilisent pour alerter sur la baisse drastique des moyens, notamment en agentEs d'entretien et en surveillantEs, dans l'indifférence des médias et des associations de défense des droits humains. Les moyens anciennement dévolus à l'éducation prioritaires dans le second degré sont démantelés, mais la priorité de la Licra est de nous faire croire que la religion serait le premier problème de l'école. Une belle caution aux politiques antisociales et antiégalitaires en cours.

De la Manif pour tous à la Licra

La Licra a activement milité pour obtenir la censure d'un colloque à Lyon sur l'islamophobie (voir enquête dans cet article ou cette tribune). Jamais à court de raccourcis mensongers et diffamatoires, elle n'a pas hésité à comparer cet événement, qui répondait à tous les critères scientifiques, à la protection qu'avait donnée une autre universitaire lyonnaise aux discours négationnistes remettant en cause l'extermination des juif-ves et des rroms d'Europe.

La Licra n'aime pas le concept d'islamophobie. La Manif pour tous n'aime pas le concept de genre1. Au lieu de répondre sur le terrain du savoir et du débat, des contre-arguments et de productions scientifiques, ces deux organisations, à cinq ans d'intervalle, ont utilisé leur pouvoir pour brimer la recherche dans les domaines qui les gênaient. Là où, en octobre 2017, la Licra obtient la censure d'un colloque scientifique, la Manif pour tous avait obtenu quatre ans plus tôt la censure des formations d'enseignantEs sur les questions de genre.

Les valeurs défendues par la Licra sont donc la diffamation, la censure du savoir quand il gêne et l'alliance avec l'extrême-droite.

Front commun

C'est en effet avec le site identitaire fdesouche que La Licra a travaillé à la censure du colloque universitaire. C'était avec les identitaires qu'elle a diffamé le collectif Mwasi et le festival NYANSAPO, y consacrant une indéniable énergie alors qu'au même moment, des racistes affrêtaient un bateau pour empêcher le sauvetage des migrantEs en mer, dans le silence assourdissant de cette association, qui n'a commencé à réagir sur ce sujet que quand elle a été virulemment interpelée sur les réseaux sociaux.. C'était avec le FN local que la Licra avait invectivé le camp d'été décolonial lors de sa première édition.

Quand les alliances de fait sont à ce point systématique
s, on s'interroge sur ce qu'on défend. Avec ce colloque, la Licra en est loin et continue à banaliser les discours et les pratiques de haine.

1Au vu des propos transphobes tenus par le président de la Licra (voir cet article), et de l'indifférence des militantEs à cette haine publique, on se demande d'ailleurs si cette association ne partage pas la haine du concept de genre de la Manif pour tous. En tout cas une bonne dose d'ignorance.

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