Parent 1, parent 2, double ration d'homophobie

Une mesure prenant en compte les familles homoparentales à l'école provoque un déferlement de haine homophobe, des Familles Catholiques à Laurent Bouvet en passant par la Manif pour tous et le Figaro.

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La loi sur « l'école de la confiance » est un texte profondément réactionnaire, liberticide, porté par un ministre qui a mis à son agenda le démantèlement de ce qui reste de l'Éducation nationale et y travaille par tous les moyens : les moyens horaires annoncés pour la prochaine rentrée baissent, deux mille postes sont supprimés, les mathématiques disparaissent du tronc commun, l'art, les langues anciennes sont réduites à un quasi-néant, les programmes d'histoire, de Sciences économiques et sociales ou de français sont marqués du sceau des pires conservatismes, on impose le drapeau national dans des salles où les fenêtres ne ferment pas, où le chauffage fonctionne mal, où il n'y a plus de stores, etc.

Dans ce cadre, l'épisode « Parent 1, parent 2 » parait être un moyen pour des député-es En Marche de se donner une bonne conscience progressiste à peu de frais, du moins pour ces parlementaires. Gardons en mémoire que le groupe des député-es LREM n'a pas exclu Agnès Thill malgré ses récidives homophobes et s'avèrent incapables de faire adopter l'ouverture de la PMA. Dénoncer l'homophobie des réactions à ces mesures ne vaut en rien acceptation de l'inertie complice de la majorité1.

L'amendement 834 adopté jeudi dans l'hémicycle propose de rajouter au Code de l'Éducation nationale la mention suivante : « Chaque formulaire administratif qui leur est destiné fait mention d'un parent 1 et d'un parent 2. » L'exposé des motifs se propose de combattre « cette absence de prise en compte (de toutes les familles qui) ne respecte pas la dignité des familles et des enfants et représente une forme de négation de l'existence de familles homoparentales. » Il rappelle que depuis l'ouverture du mariage de nombreuses mairies ont « ont pris en compte la diversité familiale que sont les familles homoparentales », mais que « de nombreuses municipalités font encore de la résistance », ce qui motive le passage par la loi.

La rapporteure et le ministre ont émis un avis défavorable : « je ne suis pas certaine que la mention figurant sur les formulaires soit d’ordre législatif. J’émets donc un avis défavorable même si, sur le fond, je ne suis pas opposée à ce que vous venez de défendre. », a indiqué la rapporteure reprise par Blanquer. Mais si une simple circulaire était suffisante, pourquoi le ministre ne l'a-t-il pas diffusée depuis sa nomination ?

L'amendement fut cependant adopté. Il provoqua la colère des homophobes, même si l'exposé des motifs rappelait que de nombreuses écoles utilisaient déjà des termes dégenrés2. L'Association des Familles Homoparentales donna même quelques exemples d'établissements privés catholiques.

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Cela n'empêcha pas les vendeur-ses de haine de hurler.

Des employés de Serge Dassault, faisant profession de journalistes, étalèrent ainsi leur mépris des familles homoparentales et de la littérature, en amalgamant un formulaire administratif de rentrée et des œuvres littéraires, cinématographiques ou musicales :

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Elle aussi salariée du vendeur d'armes, pour qui elle réécrivit une histoire de l'Action Française minorant son antisémitisme meurtrier , Eugénie Bastié parla, elle, « d'appauvrissement de vocabulaire » :

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Bien sûr, quand on calque son vocabulaire sur celui d'un formulaire administratif, on devrait avant tout se poser des questions sur ses propres pratiques langagières. Bien sûr, la même Bastié se plaint quand l'écriture inclusive ré-enrichit le vocabulaire en féminisant les noms de métier.

Il y eut Eric Naulleau, gardien des porcs sexistes, faire-valoir d'Eric Zemmour :

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C'est bien connu : c'est à cause des revendications des pédés et des gouines qu'En Marche n'écoute pas le peuple, le vrai !

Mais la palme revient à l' « universaliste » Laurent Bouvet – contributeur régulier au Figaro, qui s'en étonnera ? Co-fondateur du Printemps républicain, il a déjà montré que l'homophobie ne le gênait pas plus que cela en invitant à un de ses séminaires universitaires Pascal Bruckner, pour qui homosexuel est synonyme de pédophile, ah, ah, c'est une blague.

Des blagues sur les homos et sur une mesure permettant leur reconnaissance, Bouvet peut donc en faire, en reprenant les mêmes termes que la Confédération des Associations de familles catholiques (CNAFC)

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La CNAFC parle d'enfants perdant leur repère. Bouvet imagine un dialogue dans lequel la terminologie brouille les repères d'un enfant. Ainsi le Tartuffe de la laïcité a-t-il les mêmes réflexes qu'une association catholique réactionnaire portant croisade contre les familles homoparentales. Ainsi quelques semaines après le lancement d'une campagne de pur affichage contre les LGBT-phobies à l'école, un « Sage de la laïcité », nommé par le ministre Jean-Michel Blanquer, relaie-t-il une campagne discriminatoire contre les parents homos.

Face aux réactions, Laurent Bouvet en rajoute une couche. Il y reprend textuellement la rhétorique de la Manif pour tous sur les désirs ou angoisses d'une minorité face à la majorité. On est en train de parler d'un formulaire administratif, et Bouvet nous explique qu'une faille va engloutir la France...

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Il va encore plus loin en nous resservant l'argumentation qui a été opposée à toutes les revendications d'égalité. Le rejet des familles homoparentales par l'école, discrimination qu'un "universaliste" (pour celles et ceux qui pensent encore que c'est le cas de Bouvet) devrait combattre, devient une "exigence identitaire" :

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On pourrait pleinement en rire si le travail de sape de ces homophobes n'avait des conséquences sur nos vies et si leurs outrances ne permettaient à LREM de se faire passer pour des allié-es des personnes LGBTI+, faisant ainsi oublier leur politique lesbophobe et transphobe.

 

1Juste avant la disussion sur les formulaires pour les parents, le député Raphaël Gérard avait proposé un amendement, refusé, demandant le respect par l'école de l'identité de genre des enfants trans à l'école. La rapporteure et le ministre ont émis un avis défavorable, arguant qu'il s'agissait d'un amendement d'appel (visant simplement à sensibiliser sur un problème politique), ne relevant pas du texte discuté. On se demande bien pourquoi. Mais le temps ne fut pas perdu pour tout le monde : 'échange permit une auto-célébration d'En Marche sur la récente campagne sur les LGBT-phobies à l'école, pourtant contre-productive.

2Un logiciel de vie scolaire utilisé dans de très nombreux établissements scolaires recours depuis une dizaine d'années aux termes de « responsable ». Cela a aussi pour mérite de ne pas rappeler sans cesse aux enfants qui ont perdu leurs parents les mots « père » ou « mère ».

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