Les sponsors de LCI vont-ils encore financer l'apologie du terrorisme ?

Mobilisons-nous contre l'irresponsabilité criminelle de LCI, qui, quelques heures après les attentats islamophobes de Nouvelle-Zélande, déroulaient le tapis rouge aux racistes français qui les ont inspirés, tolérant même chez David Pujadas l'apologie du terrorisme. Signalons au CSA, demandons aux annonceurs d'être responsables.

On trouvera ci-dessous la liste des annonceurs de LCI durant l'émission de Pujadas de vendredi dernier ainsi qu'un argumentaire dont on peut s'inspirer pour un signalement au CSA et auprès des sponsors.

Quand Cyril Hanouna avait tendu un traquenard homophobe en direct sur C8, les militant-es LGBTI s'étaient mobilisé-es. Une action d'interpellation du CSA avait été organisée devant leurs locaux. Et sur Twitter, les internautes avaient appelé les annonceurs à ne plus financer la banalisation de pièges homophobes. Le CSA avait prononcé des plaintes d'exception contre la chaîne, et avant même sa décision, les annonceurs fuyaient le programme. L'animateur avait sans cesse nié ou invisibilisé la mobilisation par les victimes de son homophobie : elles n'en étaient pas moins responsables de cette victoire, qui avait amené la chaîne à perdre beaucoup d'argent, et l'intéressé à en rabattre sur ses prétentions sexistes et homophobes.

La banalisation de l'homophobie blesse et tue. Le lien de causalité directe entre la promotion des mensonges racistes de Renaud Camus, Eric Zemmour, Marine Le Pen, Robert Ménard, etc. et les attentats islamophobes de Nouvelle-Zélande est explicite. L'auteur se réclame du fantasme du Grand Remplacement défendu d'une façon ou d'une autre par l'extrême-droite française. Or, cette extrême-droite française a pu se justifier, et parfois justifier l'attentat, au nom même de cette idée, quelques heures seulement après les attentas. Dans de très nombreux médias, et notamment à LCI, aucune réelle contradiction ne leur a été apportée.

Sur cette chaine, dès le vendredi matin, Philippe de Villiers pouvait étaler sa propagande. Un sujet sur le burkini à midi était l'occasion d'une nouvelle salve islamophobe. Le soir, Marine Le Pen avait droit à tous les égard. Et à 18 heures, David Pujadas offrait à un journaliste du Figaro la possibilité de faire l'apologie des attentats d'extrême-droite en évoquant un « match retour » avec les attentats commis en France. Il offrait aussi à Robert Ménard la possibilité de justifier ses craintes d'un grand remplacement, sans jamais lui opposer les faits démographiques qui montrent que ses craintes reposent sur un mensonge.

L'indignation sur les réseaux sociaux ne suffit pas. Il faut passer à des modes d'action qui sortent du seul affichage de nos idées, il faut sortir de la naïveté qui consiste à penser que défendre des idées progressistes par la seule rhétorique suffit. Il faut inverser le rapport de forces. LCI provoque ce genre de buzz, contraire au devoir d'information auquel est tenue une rédaction, pour vendre de la publicité. Exigeons des sponsors qu'ils se retirent, sauf à vouloir financer l'apologie du terrorisme et la diffusion d'idées qui tuent.

Interpellons donc les annonceurs : Allianz, qui sponsorise l'émission, ainsi que tous ceux qui paient de la publicité à cette heure : Booking.com, Tui , Commej'aime.fr, GMF, Générale d'Optique, Lexus, Nissan Juke, Fiat Tipo, Seat Arona, Expedia, Renault, Cofidis, Volkswagen, Samsung Galaxy, Athena, BMW, Leclerc, Solocal, Meilleurtaux.com, Nouvelle Classe B, Lunettes Transitions, MGEN, Suzuki Swift, Mazda, Toyota Aygo, Renault, Mobalpa, Tui, Aramisauto, Engie.

Voici l'argumentaire que j'ai envoyé pour signaler l'émission au CSA :

 

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Cette émission de débat d'actualité, animée par David Pujadas, donnait la parole à Robert Ménard, élu apparenté RN, Guillaume Tabard, éditorialiste au Figaro, Romain Goupil, cinéaste et Yaël Goosz de France Inter. La première partie de l'émission portait sur les attentats islamophobes perpétrés en Nouvelle-Zélande et qui ont fait 49 morts.

Apologie du terrorisme :

Invité à s'exprimer sur le sujet, Guillaume Tabard a tenu les propos suivants : « «On a vécu en France un terrorisme islamiste assez meurtrier, si on veut jouer à de la comptabilité, on n’est pas encore dans l’équilibre. Il ne faut pas s’aventurer sur le terrain du match retour». Les victimes de Nouvelle-Zélance étaient musulmanes, et rien ne permet des les associer aux « islamistes », entendre ici les terroristes qui ont ensanglanté la France. Il y a donc dans cette équivalence une généralisation stigmatisant tous les musulmans.
D'autre part, la comparaison impliquerait qu'il n'y ait aucun-e musulman-e dans les victimes des attentats commis en France, ce qui est faux. Les propos ont donc pour conséquences d'invisibliser certaines victimes.

Enfin, cette logique de comptabilité indique clairement qu'il n'y aurait pas assez de victimes du côté des musulmans (« on n'est pas encore dans l'équilibre », « match retour »). Il s'agit d'apologie du terrorisme, agravée par le relais des propos sur Twitter :

 https://twitter.com/24hPujadas/status/1106606907723264005

 David Pujadas n'a pas repris le propos, ne l'a pas condamné comme apologie du racisme. Son silence vaut caution, les spectateurs-rices n'ont pas été alerté-es du caractère délictueux et contraires à la dignité humaine. Le présentateur porte donc une lourde responsabilité. Sa première question invitait d'ailleurs à cette mise en concurrence des victimes et un appel à rééquilibrer les comptes puisqu'elle était ainsi formulée, mettant musulmans et « islamistes » dans le même sac : « est-ce qu'on n'assiste pas là au scénario rêvé par les islamistes qui rêvent de la loi du Tallion ? »

 Banalisation de propos racistes obscurantistes et manque de positions scientifiques

 Comme on le voit avec cette question, les attentats de Nouvelle-Zélande ont été présentés par David Pujadas comme une réponse aux islamistes, et non comme les conséquences des théories du Grand Remplacement. Le débat s'est concentré sur cette thèse raciste dont se réclame le terroriste dans son manifeste. Robert Ménard a pu parler de longues minutes pour la défendre, affirmant qu'elle n'était pas une fiction, mais un fait. L'immigration a donc été présentée pendant de longues minutes comme un danger, un mal qui faisait peur à la personne. Ni les invités, ni David Pujadas n'ont repris Robert Ménard sur les faits.

La seule caution « scientifique » tient à des données de l'institut de sondage IFOP et un livre de son directeur Jérôme Fourquet. Cette caution porte sur un chiffre présentée comme en hausse de prénoms « arabo-musulmans » en France, ce qui montrerait la réalité du Grand Remplacement. Or, la notion de « prénom arabo-musulman » n'a aucun fondement scientifique, elle n'est qu'un amalgame obscurantiste et raciste. Aucune donnée démographique n'a été apportée, aucune étude de l'ONU, de l'INED, de l'INSEE, de l'OFII. Le débat s'est donc fondé sur les préjugés des invités, aucun éclairage scientifique n'a été apporté. Robert Ménard a pu fonder sa peur de l'immigration et de l'islam qui a justifié les attentats de Nouvelle-Zélande sans que l'animateur ou les invités ne montrent que cette peur est irrationnelle et n'est qu'une construction de préjugés racistes.

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