LE SEPARATISME A LA FRANCAISE

Designer du terme « séparatistes » les terroristes islamistes n’est ce pas leur faire trop d’honneur ?.

Le séparatisme « à la française »

En février dernier, Monsieur Macron avait trouvé opportun d'appeler le séparatisme au secours d'une politique sécuritaire qu'il lui semblait opportun d'invoquer dans le chaos du début de la crise sanitaire... et à quelques jours les élections municipales. Cherchez l'erreur !

Mais non, ce n'était pas électoraliste puisque, pour fêter l'arrivée de Monsieur Darmanin au Ministère de l'Intérieur il lui fait don de cette merveilleuse idée pour bien montrer qu'il est temps de s'occuper de choses sérieuses.

En mars, donc, j'avais écrit un billet, ici même sur le séparatisme: https://blogs.mediapart.fr/michel-joli/blog/230220/le-separatisme-explique-poulit. Inutile d'en écrire un nouveau, mon opinion n'a pas changé. Alors je m'autorise pour une fois à remettre en ligne ce blog auquel je n'ai strictement rien changé en dehors des commentaires de mon âne Poulit qui se trouve en congés de déconfinement.

 

 "Certaines personnes musulmanes de religion (et pas que…) qui vivent en France n’aiment pas notre pays, soit pour des raisons personnelles, soit pour des raisons politiques ou religieuses et rejoignent des mouvements violents, voire terroristes, dont le but est de remplacer les valeurs de la République par des valeurs issues de cultures différentes.

Il ne faut pas pour autant stigmatiser l’islam, mais seulement la frange intégriste de cette religion qui nous donne tant de soucis. Comme il faut bien lui donner un nom, Le Président Macron a proposé de qualifier cette  frange intégriste par le mot séparatiste pensant sans doute que pour gagner une guerre il faut commencer par circonscrire et nommer son ennemi.

Ainsi pourrions-nous :

-séparer le bon grain de l’ivraie et réhabiliter le communautarisme dans ses particularismes folkloristes, orientaux et africains, avec en retour une vigilante subordination aux valeurs de la République en respect des dispositions de la loi de 1905 sans en ajouter ni en retirer.

-et concentrer notre appareil d’Etat et notre détestation sur les intégristes désormais « séparatistes" autrement dit « ennemis de l’intérieur" ou en passe de le devenir.

Personnellement j’ai toujours été favorable à un communautarisme subordonné aux lois de la République, mais libre d’exprimer ses différences, sauf évidemment celles qui dérangent gravement l’ordre public. Nous devons en effet accepter que les nouveaux venus en France recherchent la compagnie de leurs semblables d’origine et que se forme ainsi des quartiers communautaires. Ce qui ne m’empêche pas de penser que c’est aussi le rôle de la communauté nationale de faire la preuve de sa solidarité en faveur des réfugiés et celui de la République de faciliter l’intégration des migrants de toutes origines. Ces personnes porteuses d’une expérience de vie, d’une singularité et d’une représentation du monde contribuent en effet à enrichir notre propre identité. Le communautarisme est une indispensable expression de la diversité culturelle de l’espèce humaine dont la défense est aussi nécessaire à la vie que celle de la biodiversité. Je crois aussi d'une façon plus pragmatique que les années qui viennent avec les grands mouvements de population qui se préparent nous placeront dans l'obligation, non de lutter contre les communautés mais d'organiser leur coexistence.

 Le séparatisme est un mot valise qui fait son retour. Il ne désigne pas spécifiquement une conduite criminelle ou extrémiste et risque d’être plus encombrant qu’utile en s'étendant à un champ d’application bien au delà du terrorisme. 

Car un mot reste un mot et il est difficile de l’employer en lui retirant les autres sens, images, et évocations qu’il porte. Or, les sens sont nombreux et beaucoup d’entre eux évoquent positivement des combats et violences « pour une bonne cause ». Que dire des guerres d’indépendance, des révoltes des noirs d’Afrique du Sud lassés d’une si longue domination raciste, des violences extrêmes qui ont précédé la division des Indes, et mêmes des revendications indépendantistes des bretons, des basques, des corses ? 

Designer du terme « séparatistes » les terroristes islamistes qui n’ont aucune légitimité morale, économique, territoriale, idéologique et religieuse à entraîner la communauté musulmane de France dans un projet dit « de séparation » n’est ce pas leur faire trop d’honneur ?. N’est pas leur offrir sur un plateau le droit de prétendre qu’ils font le même combat que Che Guevara, Garibaldi et même nos ancêtres révolutionnaires de 1789, qui n’ont rien fait d’autre que créer une situation séparatiste….jusqu’à couper le roi en deux. Que faisons-nous d’autre que donner une identité quasi glorieuse aux djiadistes et même un argument à leurs  sergents recruteurs? Ce qui serait terrible non seulement pour l’honneur de la France, terre d’accueil et d’intégration mais aussi pour tous les musulmans à la recherche d’alliés fraternels, de protection et de résilience. Il est vrai que notre pays a beaucoup fait en matière de négligence pour l’accueil et l’intégration des migrants depuis les années 50 où s’entassaient dans le bidonville de Nanterre les ouvriers algériens venus assembler les quatre chevaux des 30 glorieuses. Il a fait beaucoup en matière de mépris pour ces- gens-là incapables de se loger décemment, incapables de supporter la vie loin de leur famille, de prendre des congés à la mer ou au ski…. Il a fait beaucoup, avec un grand succès, pour que les musulmans qui triomphaient en Algérie soient humiliés en France et ne puissent trouver réconfort et solidarité que dans l’entre soi. C’est la France qui a préparé le terrain d’un communautarisme malsain et fangeux sur un modèle inspiré plus par l’apartheid que par les valeurs de la République.

  Au lieu de donner aux musulmans de France des conditions de vie décentes, de la fierté et des espoirs pour leurs enfants, nous leur demandons aujourd’hui de payer une dette déjà payée 100 fois en s’associant à notre lutte contre le terrorisme islamique. Ne serait-il pas plus judicieux de proposer au communautarisme musulman de participer à un compromis civilisationnel et de le mettre en place bien au-delà de rassurantes  initiatives pré-électorales? J’imagine bien ce qui va se passer avec la stigmatisation du séparatisme, ce crime impossible à qualifier juridiquement, même en y ajoutant l’adjectif islamiste où en donnant l’exemple de la déchéance de nationalité.

Qui tiendra la plume d’un tel projet de loi ? Quel parti politique applaudira le plus fort, quel ministère se frottera les mains pour les avoir en fin libres ?

Voyons les risques :

- L’aggravation permanente d’une perception négative du monde musulman et la généralisation d'un islamo-racisme favorisant  la radicalisation des "border line" islamistes et simultanément l'organisation celle des casseurs d'arabes.

-L'arrivée triomphante en France des mannes gluantes d'un certain sénateur américain auquel Monsieur Trump allume chaque jour un cierge pour le remercier de ses excellentes idées pour lutter contre les séparatistes noirs, communistes, féministes,  et homosexuels. Le nom de Mac McCarthy évoque tour à tour: des années de chasse aux sorcières, les listes de suspects sur dénonciation, des extorsions, disparitions-façon Argentine et Chili des années 70- et la chaise électrique…  

-Son exemple peut inspirer la France lorsqu’un régime suprématiste fêtera l'ouverture  d’une chasse aux sorcières islamo-gauchistes.

En sommes-nous à l'abri ? Tout commencera avec la lutte contre le terrorisme islamiste avec les moyens légaux dont dispose la police contre le crime organisé visant les auteurs et leur complices; rien à dire!. Mais le champ des incriminations extra judiciaires s’élargira aux parents et amis pour lesquels on inventera un délit d’intention, puis, de proche en proche à tous et toutes les musulman(e)s puis aux étranger(e)s parce qu'ils parlent mal le français qu'ils ne s'habillent pas comme nous, qu'ils  dorment dans la rue et n'ont que la religion pour seul horizon, enfin  à toute la population selon le bon vouloir des policiers qui trouveront sans mal un motif "séparatiste". Bref, tout ce qui nous fera oublier qu'un jour nous avons rêvé d'un compromis civilisationnel et d'un communautarisme républicain   seule voie de coexistence pacifique et d’enrichissement respectif de cultures différentes seule voie pour éviter la multiplication des camps de rétention, des jugements expéditifs et de l’abandon de toute dignité.


 

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