Procès de Gap : les maraudeurs solidaires de Briançon condamnés

Ce jeudi 10 janvier 2019, en l'absence de la justice et du droit, deux personnes solidaires ont été condamnées pour ASSISTANCE À PERSONNE EN DANGER. Voilà comment policiers et magistrats utilisent l'arsenal répressif mis en place depuis des années.

Gap : Procès des maraudeurs solidaires de Briançon

Ce post reproduit un article de compte-rendu paru dans Alp’ternatives le média citoyen des Alpes du Sud, du procès tenu à Gap contre deux personnes ayant voulu porter aide et secours à d’autres personnes ; en deux mots des maraudeurs solidaires de migrants.
Le délit de solidarité soi-disant aboli par un arrêt du Conseil constitutionnel continue de sévir, policiers et magistrats usant tous les moyens à leur disposition. Moyens que le Syndicat de la magistrature rappelle et analyse sur Médiapart dans un article sur l’arsenal juridique répressif mis en place depuis des années par le pouvoir exécutif, dans ses variantes successives, tenant la main du législateur complaisant.

Tous les pouvoirs sont ligués aujourd’hui pour démanteler la démocratie. Comme l’a écrit un jour Edwy Plenel, nous ne sommes plus en État de droit ("Quand la liberté s'éteint en silence")

 

"Ce jeudi 10 janvier 2019, en l'absence de la justice et du droit, Pierre et Kévin ont été condamnés pour ASSISTANCE À PERSONNE EN DANGER.

"La stupéfaction  nous a saisi lorsque le tribunal refuse les demandes de renvoi des avocats. Dès lors nous avons compris que ce procès n'était en fait qu'un procès politique pour condamner  l'engagement militant et humaniste de ces deux solidaires. Pourtant les demandes de renvoi étaient parfaitement justifiées et Maître Chaudon nous confiera qu'il « n'a jamais vu ça ». Et oui, ici dans les Hautes-Alpes, il se passe des choses extraordinaires.

"Maître Chaudon, avocat de Pierre, exprime sa difficulté à explorer et analyser sérieusement le dossier de plusieurs centaines de pages qu' il ne l'a reçu que le 27 décembre. Il ajoute qu'il détient des pièces capitales à joindre au dossier : les rushs du film tourné par les journalistes qui accompagnaient Pierre ce soir là et que l'instruction ne s'est même pas préoccupée de demander. Que nenni rien n'y fera, le film ne sera même pas visionné à l'audience.
"Pour Maître Binimelis, avocate de Kévin, la demande de renvoi se justifiait tout simplement parce qu'elle n'avait pas reçu le dossier de son client. La procureur d'expliquer que oui ce dossier avait bien été envoyé par lettre recommandée tardivement parce que le fax du tribunal, malgré 4 essais, ne marchait pas, et que même par mail, c'était impossible : « vous savez les moyens de la justice » ... Nous ne savons pas où est passé le soi-disant recommandé puisque Maître Binimélis n'a jamais reçu…
"Qu'à cela ne tienne, le parquet de Gap a décidé que ce procès devait se tenir, il se tiendra : droit de la défense bafouée, on se croirait dans un film de Costa Gavras...

"Pierre est  appelé à la barre. La juge nous fait la lecture du rapport de la police qui est en parfaite inadéquation avec les images que nous avons pu voir sur la 7 ( télé italienne qui était présente ce soir-là). Vous pouvez les voir ici :

http://www.la7.it/piazzapulita/video/bardonecchia-il-viaggio-dei-migranti-nella-neve-11-01-2018-231246

" Regardez ces images, on y voit Pierre à partir de la 6ème minute distribuer du thé, des gâteaux, des gants. La police arrive, contrôle d'identité, lorsqu'une exilée fait un malaise. Pierre la transporte dans la voiture de la police et demande aux agents d'appeler les secours.

"Pour justifier interpellation de Pierre et sa convocation devant le tribunal, la police ment et l'accuse d'avoir fait fuir deux autres personnes. Ainsi donc la police mentirait ?… Alors en plus de malmener les exilés, de les mettre en danger à la frontière, de les frapper de les voler, la police est aussi coupable de faux témoignages ?
"Et voilà pourquoi Pierre se retrouve à la barre : parce qu'il a porté assistance à une personne en danger ! Fermez le ban et vive la République...

" Devant cette mascarade, Kévin va user de son droit au silence et son avocat ne plaidera pas un dossier qu'elle n'a pas pu étudier.

"Plusieurs personnes présentes dans la salle expriment alors leur colère, un médecin très connu dans le Briançonnais part en claquant la porte du tribunal.

"Nous sommes atterrés, révoltés, nous savons ce qui se passe à la frontière, nous avons signalé à Mr le Procureur de Gap les maltraitances, les tabassages, les vols, les propos racistes et xénophobes, les dénis de droit et d'humanité, la mise en danger quotidienne subis par les exilé-e-s, la traque dans la montagne avec des chiens…

"NOUS SOMMES ATTERRÉS PARCE QUE NOUS SAVONS QUE PIERRE, KEVIN ET TOUS LES AUTRES MARAUDEURS SAUVENT DES VIES, ET QUE CES VIES ONT UNE VALEUR INFINIMENT PLUS IMPORTANTE QU'UNE QUELCONQUE FRONTIÈRE !

"Le verdict tombe dans l'après midi. Pierre est condamné à trois de prison avec sursis. Kévin est condamné à quatre mois de prison avec sursis.

"Pendant ce temps là, deux ministres, MM. Blanquer et Lecornu se baladaient dans les Hautes-Alpes en compagnie des élus et du député rallié à Macron Joël Giraud, dans la plus parfaite indifférence du drame qui se joue à Montgenèvre, à la frontière franco italienne."

Article paru sur Alp’ternatives, le média citoyen des Alpes du Sud :

https://alpternatives.org/2019/01/11/proces-des-solidaires-de-briancon-acte-ii-recit-par-agnes-antoine/

 

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