Dans trois jours, La France insoumise joue son va-tout

C’est dans un contexte de grande turbulence et même de crise ouverte que La France insoumise prépare, pour ce week end, une « Assemblée représentative », une sorte de congrès donc. La direction actuelle est au pied du mur.

Dans trois jours, La France insoumise joue son va-tout

             C’est dans un contexte de grande turbulence et même de crise ouverte que La France insoumise prépare, pour ce week end, une « Assemblée représentative », une sorte de congrès donc.

             Le public perçoit cette crise à travers les annonces successives de départ, la parution de tribunes, la multiplication de points-de-vue divergents. Mais si on consulte, sur le site de LFI, les plus de 300 « contributions » écrites et publiées par des Insoumis, individuellement ou en groupes, pour réagir au texte de la direction appelé « Bilan d’étape et perspectives » - ce qui est difficile car il faut lire des centaines de pages, anonymisées et publiées dans l’ordre d’arrivée – on constate l’existence d’une tonalité dominante fortement critique, on lit une multiplication de propositions, dont certaines concernent les orientations fondamentales du mouvement et beaucoup d’autres la refondation démocratique de celui-ci.

La crise démocratique dans La France insoumise

             La France insoumise qui est née, il y a plus de deux ans, d’un enthousiasme unanime, d’une sorte de vague homogène portée par une méthode (le « mouvement citoyen »), un programme (L’Avenir en commun), un objectif qu’on croyait atteignable (la prise du pouvoir), un candidat quasi charismatique (Jean-Luc Mélenchon), est aujourd’hui affaiblie, divisée, assaillie par le doute. C’est peu dire.

            Les groupe insoumis se réunissent actuellement un peu partout, souvent en présence de délégués tirés au sort qui participeront dans trois jours à l’Assemblée en question. De ce qui circule à ce sujet, on peut s’attendre à ce que le constat du pluralisme des points-de-vue, autant sur le bilan que sur les perspectives s’imposera à la direction actuelle qui pourra tenter de trouver sinon une parade au moins une réponse à ce constat. Mais surtout, on comprend que ladite assemblée devra décider une structuration démocratique du mouvement : le temps du leadership unique, de l’accaparement des postes de décision par les membres du parti du gauche, des décisions stratégiques prises on ne sait où par on ne sait qui, du management bureaucratique avec mise à l’écart des éléments perturbateurs – qu’ils soient des individus ou des groupes entiers d’Insoumis – ce temps est terminé. Sauf à choisir dans l’aveuglement, de la part des dirigeants actuels, de s’accrocher à leur manière de faire et à leurs postes, et de condamner le mouvement à un étiolement pire que celui qui s’est développé depuis deux ans puis à la mort de LFI.

           Dans les contributions lues sur le site de LFI on relève de multiples injonctions à appliquer à la vie interne du mouvement les principes contenus dans L’Avenir en commun (révolution citoyenne, 6ème République, démocratie, révocabilité des élus, etc.), à décider de convoquer sans délais une « Constituante de La France insoumise ». C’est au point que la direction ne pourra échapper à ce débat : cherchera-t-elle à le récupérer pour se maintenir (tel dirigeant admettant qu’il y a des choses à améliorer…) ou bien assistera-t-on à un « big bang » de La France insoumise qui, sans résoudre la crise, permettrait d’espérer que le mouvement lui survive et retrouve une dynamique ?

Le débat d’orientation au sein de LFI

            Le débat sur les orientations de LFI risque donc de passer au second plan et d’être renvoyé à un moment où il pourra enfin se mener dans des conditions démocratiques « normales ». Dans un précédent billet, j’ai proposé quelques réflexions sur « Comment LFI a raté le coche… ».

            Sans nier qu’il existe des points-de-vue divers à ce sujet, il est indéniable que les raisons qui ont conduit des centaines de milliers de citoyens à se reconnaître dans l’Insoumission à la mode Mélenchon restent et elles unissent les Insoumis encore aujourd’hui. Ainsi, le « faux débat » entre « populisme de gauche » et « union de la gauche » se clarifierait sans doute rapidement – et sans anathèmes – s’il pouvait se développer librement sans que l’orientation de LFI soit soumise, comme aujourd’hui, aux « changements de ligne » brutaux et incompréhensibles auxquels nous assistons sans cesse. Exemple : lorsque Jean-Luc Mélenchon a lancé, tout seul et peut-être après une nuit d’insomnie, l’idée d’une « fédération populaire » ; exemple : l’abandon du positionnement Plan A/ Plan B à la veille des Européennes. Dix exemples pourraient être donnés.

            Tous les Insoumis savent que LFI ne peut arriver au pouvoir seule et que la tentation hégémonique est un leurre. Tous regrettent que LFI n’ait pas su, à ce jour, trouver les voies pour offrir aux Gilets jaunes une issue politique. Tous espèrent que le mouvement hérité de la Présidentielle- La France insoumise – mais aussi un mouvement à venir, mouvement citoyen qui dépassera LFI et dont ils veulent travailler à le faire naître – permettra d’unir toutes les forces de la « gauche dite radicale » et d’ouvrir la voie à la victoire politique. C’est la combinaison de ces éléments qui doit être la perspective de LFI dans les mois à venir. Peut-être pour parler un jour de « populisme unitaire » :-)

             LFI dispose –encore ? – d’atouts pour jouer un rôle déterminant car elle a été et reste 1) forte de son orientation et de sa volonté de « rassembler le peuple » qui, au moins comme manière d’être et comme projet, emportaient une large adhésion, 2) forte de son programme L’avenir en commun, excellent dans sa nature synthétique et innovante - l’éco-socialisme -, 3) forte de la nature nouvelle et puissamment mobilisatrice de son organisation en un mouvement qui se veut ouvert et sans étiquettes partisanes, 4) et forte du rôle moteur de son principal représentant et inspirateur, dont le charisme, le talent oratoire et la capacité d’empathie ont fait merveille et peuvent encore jouer un rôle rassembleur. Mais il y a aussi - à côté de ces atouts qui ont fait espérer la victoire avant le premier tour des Présidentielles - un grave accroc : La France insoumise a été faible, pendant la présidentielle - cruels défauts dont on n’a perçu qu’ensuite qu’ils étaient congénitaux, durables et « plombants » jusqu’à ce jour – 1) de son incapacité à rassembler des alliés et à balayer les divisions au sein du mouvement progressiste, 2) de son incapacité à surmonter des clivages, parfois artificiels et souvent sur-joués, foncièrement démoralisateurs. LFI a ainsi perdu la main, elle a acquis une identité clivante, la vague est retombée.

            On saura dimanche s’il existe une chance de sortir de cette pente fatale.

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