Le RIC rejeté par les députés

Dans un hémicycle presque vide, l’une des principales revendications des gilets jaunes - le Référendum d’initiative citoyenne - a été rejetée par les députés de l’Assemblée nationale. On aurait aimé que BFM, CNews, LCI et même France-info aient eu l’idée d’apporter leur contribution au « grandéba » en diffusant en direct et en continu cette belle séance de trois heures….

Le RIC rejeté par les députés

         Le Référendum d’initiative citoyenne a été rejeté par les députés de l’Assemblée nationale. C'est l’une des principales revendications des gilets jaunes. Ce débat, permis par le dépôt d’une proposition de loi par le groupe insoumis (voir sur Médiapart «Référendum d'initiative populaire, mon amour») en profitant de sa « niche » annuelle qui permet à un groupe à l’Assemblée d’imposer son ordre du jour, a quand même été esquissé, bon gré-mal gré, contraignant tous les groupes de l'Assemblée à se positionner.

         Devant un hémicycle presque totalement vide, au point que le vote a dû être repoussé faute de quorum sur les bancs dont seuls ceux des Insoumis étaient garnis, le débat a tourné à la mise en cause des objectifs politiques du groupe auteur de la proposition de loi - ah ! madame Belloubet soupçonnant LFI de subversion... - en évitant soigneusement une discussion sur le fond comme toute réflexion sur les raisons de la popularité du RIC sur les ronds-points et lors des Actes des gilets jaunes.
         La Garde des sceaux a joué sans scrupule, comme à son habitude, de la langue de bois et de la novlangue, tandis que les petits soldats de la macronie requis, en bons godillots de service, ont veillé sans états d’âme apparents à bien fermer toutes les écoutilles ; d’un côté comme de l’autre, on n’a pas pu empêcher de laisser ruisseler le conservatisme derrière le double langage, le goût de l’autoritarisme sous les proclamations démocrates, et même le mépris des gens bien nés se bouchant le nez pour ne pas risquer la contamination par des remugles « populistes ». Ce fut caricatural.
         On aurait aimé que BFM, CNews, LCI et même France-info aient eu l’idée d’apporter leur contribution au « grandéba » en diffusant en direct et en continu cette belle séance de trois heures….

Et les médias ?

         D’ailleurs, l’autre scandale réside dans la manière dont les médias dominants ont évoqué ou rendu compte de cet ordre du jour - ou pas. La palme de la manipulation est revenue à France-inter qui a invité… Etienne Chouard, pour ses journalistes c'est « le copain des fascistes », à venir parler du RIC.
         Ailleurs, on a soigneusement évité d’informer, d’informer sur le contenu de la proposition de loi de La France insoumise, d’informer sur le contenu et le niveau de la discussion à la Chambre - par exemple quelle position ont défendue les socialistes -, la plupart des commentateurs se contentant des mêmes citations et des mêmes généralités reprises des dépêches d’agences, sur enfin la manipulation consistant à renvoyer en commission pour éviter d’avoir à voter sur le contenu du texte : il ne sera pas dit que LREM et ses complices ont préféré camoufler qu’ils avaient, en fait, voté contre le RIC.

          Le silence des médias ne contribue pas à donner aux citoyens une autre idée du travail des parlementaires, il n’aide pas à contraindre ceux-ci à se comporter autrement de crainte que le public ne les juge sur pièce, il ne va pas dans le sens de redonner au peuple le pouvoir qu'il revendique.
          Ce silence constant, structurel, des médias sur la vie parlementaire - où trouver aujourd’hui un compte-rendu nourri et fidèle de ce travail des députés comme il en existait dans la presse jusqu’aux années cinquante ? - indique le réel désintérêt des faiseurs d'opinion pour le débat public, le profond accord des élites avec l’antiparlementarisme, leur adhésion déterminée à la monarchie présidentielle
          La publicité dont ont bénéficié les travaux de la commission d’enquête du Sénat sur le cas Benalla constitue une exception qui pourrait susciter d’autres initiatives pour populariser l’activité des parlementaires ; on n’y croit guère.

          Les médias sont raccord avec l’idée macronienne de supprimer un tiers des sièges à l’Assemblée nationale, et ils brossent en ce domaine le public dans le sens du poil : la critique souvent démagogique des élus qui fait partie, depuis toujours, du fond de commerce de l’extrême droite est un commode exutoire quand la tendance est à la « gouvernance » des experts, à l’accueil sans complexe de la parole des lobbies sur tous les plateaux, à l’extension du pouvoir des technocrates hors-sol dans des lieux de décision jamais ouverts au regard des citoyens.

           Il reste que les réseaux sociaux n’ont pas ignoré, en général et vidéos à l'appui, que LFI défendait le RIC cette semaine contre la majorité et une partie de l'opposition ; les gilets jaunes, toujours aussi « apolitiques » au plan des proclamations, font plus que jamais de la politique….

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