MediaVU', ça compte !

Cette semaine le 10è portfolio est « un coup » signé Christian Caujolle : montrer et mettre en vente la planche contact des photos de Mesrine par Alain Bizos. Bravo ! Le 19 septembre dernier la galerie MediaVU’ était inaugurée. Deux mois se sont écoulés, l’heure du premier bilan pour les huit premiers portfolios: 28 tirages vendus, 10 419 € de chiffre d’affaire TTC. Un succès à confirmer.Picture-editeur dans une agence photo des années 80. Collection Cie Reporters

Cette semaine le 10è portfolio est « un coup » signé Christian Caujolle : montrer et mettre en vente la planche contact des photos de Mesrine par Alain Bizos. Bravo ! Le 19 septembre dernier la galerie MediaVU’ était inaugurée. Deux mois se sont écoulés, l’heure du premier bilan pour les huit premiers portfolios: 28 tirages vendus, 10 419 € de chiffre d’affaire TTC. Un succès à confirmer.

Picture-editor dans une agence de photographie dans les années 80 - Collection Compagnie des Reporters

Picture-editeur dans une agence photo des années 80. Collection Cie Reporters

 

 

Je sais que je vais énerver certains, mais je suis comme ça, je ne peux pas m’empêcher de parler « boutique » quand je parle photographie ! Un tic d’ancien petit-patron-de-petites-agences qui a trop vu – et voit encore trop - de photographes « galérer » pendant que des « mémères endimanchées » se pâment aux pieds des cimaises devant leurs « si merveilleuses œuvres ». Vu ?

 

Or donc, le 17 septembre dernier, Sophie Dufau et Edwy Plenel nous annonçaient le partenariat de l’agence VU’ et de Mediapart sous la forme d’une édition : MediaVU’. « Chaque semaine, vous découvrirez l'œuvre d'un auteur de l'agence VU', à travers un portfolio de 12 à 20 photos. Toutes ces photos seront disponibles à la vente en ligne, avec des tirages de collection, numérotés et certifiés, en série limitée de 15 exemplaires, de format 30x40. »

 

Le 23 septembre dans mon blog « A l’œil » j’écrivais « Du point de vue de la réalisation graphique et technique, le résultat est à la hauteur de l’ambition. Le premier portfolio – dont on a tout lieu de penser qu’il sera identique pour les autres - est extrêmement agréable à feuilleter. Un clic de souris, ou un coup de doigt sur son écran tactile, tourne les pages de cet album comme un vrai livre photo. De courtes légendes, des articles d’encadrement, un système classique de paiement en ligne… Il n’y rien à dire, il y a tout ce qu’il faut pour que ça marche. »

 

Deux mois se sont écoulés, je persiste et je signe : MediaVU’ met magnifiquement en écran les travaux des photojournalistes de l’agence VU’.

 

Munem Wasif à Visa pour l'image - Photo G.Delalot/Puech.Neteyes.fr

Munem Wasif à Visa pour l'image - Perpignan. Photo G.Delalot/Photos.Neteyes.fr

 

Inaugurée avec la lumineuse numérique Afghanistan du jeune David Sauveur, qui défendait « cash » de modernes principes photo-journalistiques, la galerie nous proposa ensuite le « Noir & Blanc » de Munem Wasif, talentueux jeune homme honoré à Perpignan, qui continue de collectionner les prix d’honneur. Il en décroche d’ailleurs, ici, encore un autre ; celui du plus grand nombre de tirages vendus depuis l’ouverture de MediaVU’ : huit épreuves pour un total de 2892 Euros TTC. Félicitation l’artiste.

 

David Sauveur - Photo G.Delalot/Photos.Neteyes.fr

Silhouette de David Sauveur à la galerie VU'

Photo G.Delalot/Photos.Neteyes.fr

 

 

 

 

Munem Wasif bat d’une courte tête Cédric Gerbehaye, qui grâce à la photo numéro 5, vendue 5 fois fait un chiffre d’affaire de 2 489 €. Une peccadille pour son sujet, le général dissident Laurent Nkunda qui s’occupe lui assidument des riches minerais de l’Est de la République Démocratique du Congo. Avec ce portrait d’anthologie, Cédric Gerbehaye a également eu les honneurs de la Une de Times, etc. Pour ce premier bilan de MediaVU’, il fait partie du club des 6 tirages vendus avec Steven Siewert (CA 2 146 €) David Sauveur (CA 2 192 €).

 

Ensuite les affaires se gâtent… José Manuel Navia et Chris Maluszynski ont séduit chacun un seul acheteur. On peut se dire que le Mali ne passionne pas les foules, mais le résultat du portfolio USA opportunément mis en ligne, n’est pas la hauteur de « l’Obamania ».

La Havane de Bertrand Desprez - mais aussi de Castro - n’a pas fait danser les lecteurs de Mediapart. Quand aux « Suicide Girls » d’Elin Bergé elles n’ont pas plus émoustillé l’abonné.

 

 

Il ne me paraît pas raisonnable de penser que la décision d’achat n’est pas immédiate. Pour avoir suivi régulièrement les achats en ligne, j’ai remarqué que l’essentiel des ventes se faisait la semaine d’exposition du portfolio. Il faut dire – petite critique – que l’accès aux archives a été mis en place tardivement et qu’il n’est guère valorisé, ainsi on n’y accède toujours pas depuis la page de Une de l’édition MediaVU’. Bizarre.

 

 

Si le temps ne fait rien à l’affaire, la couleur ne semble pas très attractive. Les deux portfolios les plus vendus sont en « N&B », et cela ne m’étonne guère. Comme dit justement Reza dans un des entretiens qu’il a accordés à Christian Caujolle cette semaine pour France Culture « Le N&B est séduisant, il attire l’œil puisque la vraie vie est en couleur. Il est plus difficile de provoquer l’émotion en couleu

 

 

 

 

Que conclure de ces deux mois et de ces huit expositions ? Assurément que l’agence VU’ est gagnante. Elle bénéficie d’une bonne exposition, et le lancement de MediaVU’ a été bien repris par les confrères. Cela compense-t-il tout le travail de laboratoire, de certification et d’expédition, ce n’est pas certain. Mais comment calculer la rentabilité en matière d’art ?

 

Pour Mediapart, le bilan est également bon : le journal a montré son dynamisme dans le domaine du photojournalisme, et a bénéficié avec le Congo et les USA de reportages d’actualités de qualité, à peu de frais. Au contraire, Mediapart a engrangé 3 126 € TTC soit un peu moins de 400 mois/abonnés (L’abonnement est 9/mois).

 

 

Pour les quatre photographes en tête de ce hit-parade, le résultat est « une bonne pige » de plus, l’équivalent d’une double pages publiée dans un magazine grand public. Ce n’est pas négligeable vu l’état du marché du photojournalisme.

 

 

Le lecteur, lui est le grand gagnant, car il a pu se cultiver l’œil devant son ordinateur, sans bouger et sans risque, de se faire marcher sur les pieds à « Paris Photo ».

 

 

Il n’y a plus qu’une chose à espérer pour les prochain mois : que les collectionneurs « professionnels » rejoignent les généreux supporters de Mediapart, ou l’inverse, pour que le succès se confirme.

 

 

Michel Puech

Tous droits réservés pour le texte et les photographies. La reproduction intégrale sur tous supports est formellement interdite

 

Précisions

Les chiffres indiqués dans ce billet sont obtenus par mes calculs personnels et ne m'ont pas été communiqués par Mediapart. Il peut y avoir dee légères différences (moins de dix Euros) avec la réalité en raison du mode d'accroissement du prix des tirages : + 10% sur le Hors Taxe pour les huit portfolios pris en compte. A noter que le calcul est différent pour la planche de contact Mesrine par Bizos (+2% sur le HT pour que le cout du 50e tirage-contact soit équivalent au 15e tirage des autres portfolios ).

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