Violences sexistes et sexuelles à la France insoumise : l'omerta se porte bien

Me Too n'en finit pas de faire des vagues. Retour sur des faits dénoncés depuis longtemps à la FI. En rappelant que tous les partis, tous les syndicats, tous les secteurs sont concernés par l'ultrasexisme et les violences à l'encontre des femmes.

Thomas Guénolé, responsable de la formation de la France insoumise vient de publier un post au lance-flammes contre la direction de la FI (1). Il connaissait évidemment depuis longtemps la situation qu'il dénonce. Qu'il le fasse publiquement et avec autant de fracas au moment où il est accusé de faits inaproppriés pouvant "s'apparenter à du harcèlement sexuel" (cf. l'article de Lénaïg Bredoux et Pauline Graulle) ressort de la stratégie classique des hommes incriminés en pareil cas, où la meilleure défense est l’attaqe et la diversion. En tout état de cause, la justice tranchera puisque Thomas Guénolé a annoncé qu'il portait plainte contre la jeune fille qui l'incrimine et contre la France insoumise.

Sexisme, homophobie...

Mais plusieurs témoignages circulent depuis longtemps sur les comportements ultrasexistes dans cette organisation. Le 10 octobre 2018, dans un long post facebook, Amandine Fouillard, candidate FI aux législatives dans la 5e circonscription du Nord et co-animatrice nationale du livret FI sur l’Egalité Hommes/Femmes annonce sa démission d’une organisation qu’elle est accusée de mettre en danger en parlant « de racisme et d’hommes blancs, etc » (2). Le but de cette accusation, selon ses propos, la débarquer de la co-animation du livret sur l’égalité hommes/Femmes.

Mais surtout, elle dénonce un fonctionnement sexiste et homophobe délétère qui motive sa démission : « Ce sont les milliers de propos sexistes, transphobes, racistes, homophobes, qui sont proférés; que ce soit en réunion, en actions militantes ou sur les réseaux sociaux; par des militants, des responsables, des candidats et des élus de la France Insoumise. Même par des groupes d'action entiers dans certains endroits. Ce qui est agressif ce sont les violences sexistes et sexuelles que nous subissons de la part de militants, de responsables, de candidats et d'élus de la France Insoumise.»(2)

Enquête de «Causette le Mag» : circulez y a rien à voir

Dans son numéro de décembre 2018, le magazine Causette, dans une enquête assez fouillée intitulée "Sexisme, homophobie, autocratie", avance plusieurs témoignages de militantes FI  «épuisées », par le combat contre le sexisme qu'elles subissent. Et qui parlent de principes affichés en contradiction avec la réalité d’un parti « patriarcal où une poignée d’hommes décident de tout » (3). Le comportement d'un responsable du Parti de gauche, aujourd'hui député FI est notamment épinglé pour des actes relevant «du harcèlement et de l'agression sexuelle ».(3)

Le 3 mars, interpellée sur twitter à ce sujet, Danielle Simonnet, oratrice nationale de la FI, responsable du pôle de prévention et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes créé en décembre 2018, affirme «n'avoir été saisie d'aucun témoignage» à ce sujet. Sur le compte twitter @antisexismeFI, des militantes rétorquent qu’Amandine Fouillard a apporté des témoignages  précis à Manuel Bompard et Danielle Simonnet sur le comportement dudit député. (4)

36 militantes FI signent une tribune publique

 Le 27 mars 2019, des militant-e-s et sympathisant-e-s FI dénoncent dans une tribune publiée par Le Média (4), l'absence de réaction publique de la FI face aux faits publiés par Causette, et demandent  l’ouverture d’une enquête interne (4). La réponse de La FI, publiée deux jours plus tard toujours sur Le Media, affirme des principes mais elle ne répond pas aux demandes précises énoncées par la tribune et regrette "fortement qu’aucun échange avec ce pôle n’ait été engagé par vos soins avant la publication de votre lettre publique (...) Votre texte relaie par ailleurs des accusations pour lesquelles nous n’avons jamais été saisies.".(5)

Cette réponse ne manque pas de provoquer l'ironie de militant-e-s ou d'ex-militant-e-s PG et FI sur le compte @antisexismeFI, à l'instar de Quentin Girod, ex-militant PG qui commente : "Les victimes doivent donc s'en remettre à une cellule dont elles ignorent la composition pour espérer se faire entendre sur un problème qui, en l'occurrence, concerne un député dont le comportement problématique est déjà bien connu depuis des années." Et de nombreux tweets d'ironiser sur les témoignages existants mais irrecevables pour cause de non respect de la procédure...

Aucune déclaration de la direction de la FI à propos des témoignages et des faits dénoncés dans cette tribune et dans le magazine Causette n'a jamais été publiée à ce jour. Si Me Too n’en finit pas de faire des vagues, plus d'un an après les premières révélations, force est de constater que les résistances sont toujours aussi vives.

 (1) https://twitter.com/thomas_guenole/status/111876406847783321

(2 https://blogs.mediapart.fr/gaspardv/blog/221018/demission-damandine-fouillard-de-la-france-insoumise

  https://www.facebook.com/amandine.fouillard18/posts/412678992597951?hc_location=uf

(3) https://www.causette.fr/le-ma-article/article-2227/sexisme-homophobie-autocratie-chez-les-insoumis-aussi.html

Extrait de l'enquête de Causette

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 (4) https://lemediapresse.fr/societe/lettre-ouverte-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles-a-lensemble-de-la-france-insoumise 

(5) https://lemediapresse.fr/societe/fi-reponse-a-la-lettre-ouverte-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles

 

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