HARCELEMENT PROFESSIONNEL DANS LE CADRE D'UN CMP

Un exemple de la perversion institutionnalisée des méthodes de gestion du personnel dans la santé publique.

En juin 2005, cherchant du travail, j'ai fait un certain nombre de demandes dans les hôpitaux de la région. Au début du mois de juillet, j'ai reçu un appel téléphonique de la directrice de soins infirmiers d'un centre hospitalier, me disant que ma candidature avait été retenue, et que j'avais été inscrite dans l'effectif du CMP[1] sans en être informée. Si ce travail m'intéressait, elle me proposait de la rencontrer le plus rapidement possible à ce sujet et me fixa rendez-vous dans la soirée même.

Le travail dont il s'agissait était compatible avec mon diplôme d'infirmière psy. J'étais employée par ce centre hospitalier, situé à 63 kms de chez moi, pour travailler dans la structure du CMP située dans un autre hôpital tout proche, à 10 kms, en résidence administrative. Le contenu du travail, qui consistait en des entretiens sur place et des visites à domiciles des patients, représentait pour moi la continuité du travail de psychothérapeute que je venais d'effectuer pendant un an. J'acceptai donc et commençai à travailler après avoir passé une visite avec le médecin du travail.

La première semaine se déroula très bien. La structure me paraissait convenir parfaitement aux soins prodigués. Les locaux étaient tout neufs, très agréables, spacieux, et je pouvais y faire un travail de qualité. L'équipe était constituée de trois autres infirmières, et d'une surveillante arrivée une quinzaine de jours avant moi. J'étais sur un petit nuage, ayant le sentiment d'avoir enfin trouvé un emploi décent. Alors que j'exprimai ma satisfaction, la surveillante me dit: "Ne te réjouis pas trop vite. Attends de voir la suite." Mais ne comprenant pas ce qu'elle entendait par là, je n'accordai pas d'attention à sa remarque.

Les choses commencèrent à se gâter au bout d'une quinzaine de jours quand mes collègues cessèrent de me parler, agissant comme si je n'étais pas là. Ne comprenant pas ce qui se passait, j'attendis d'avoir des éléments supplémentaires avant de réagir. Puis, les choses ne s'arrangeant pas, mes collègues ne m'adressant la parole que pour me rabrouer, je demandai à l'une d'elle ce qui se passait: je ne les connaissais pas avant d'arriver, n'avais rien contre elles, j'étais prête à entendre ce qu’elles avaient à me dire en cas de problème, et n'étant pas parfaite, je comprendrais très bien qu'elles me fassent part de ce qui n'allait pas le cas échéant. Mais je ne pus obtenir d'explication satisfaisante.

Une semaine plus tard, commençant à trouver la plaisanterie douteuse, je m'ouvris à la surveillante de ce qui se passait, lui demandant de bien vouloir m'éclairer sur l'origine de cet état de fait. Mais au lieu d'arranger les choses, cette démarche ne fit que les empirer dans la mesure ou ladite surveillante calqua son comportement sur celui de mes collègues.

Les deux mois et demi qui suivirent se déroulèrent dans une atmosphère de tension croissante. Mon temps de travail était réduit (2 h 30 en moyenne sur 8), et la surveillante intervenait sans cesse pour m'empêcher de faire ce que j'avais à faire: interdiction de me rendre dans le service de personnes âgées où nous étions censées intervenir, intervention téléphoniques au cours des entretiens avec les patients quand elle jugeait que ceux-ci duraient trop longtemps à son goût, etc. La seule chose que j'étais censée faire qui ne posait de problème à personne consistait à rester dans la salle de pause à boire du café et servir d'auditoire muet à mes collègues. Consciente qu'il s'agissait d'un jeu pervers, je choisis de faisais comme si de rien n'était, sans me départir de mon sens de l'humour, tout en faisant mon travail de mon mieux. Mais mon calme, loin d'apaiser l'atmosphère, exacerbait l'humeur de mes collègues.

Parallèlement, j'étais très étonnée de constater le peu d'activité du lieu en comparaison des chiffres avancés par le programme informatique, qui mentionnait 317 patients pris en charge depuis le début de l'année. Personnellement, je suivais 11 personnes; mais si j'avais peu de travail, il en allait de même de mes collègues, qui ne travaillaient guère plus que moi. A mon arrivée, au beau milieu des vacances, l'explication avancée était que les patients étaient partis, mais qu'ils allaient revenir en masse à la rentrée. Septembre arriva, sans que l'afflux prévu se réalise: la première heure de travail se passait à lire le journal, échanger les nouvelles, commenter le programme télé dans la salle de pause, la dernière idem, et le reste du temps était occupé par quelques entretiens et le remplissage des divers dossiers, entrecoupés de pauses café et petits gâteaux. Je demandais à la surveillante son point de vue sur l'inactivité du lieu, elle me répondit qu'il ne fallait pas en parler car nous avions intérêt à perpétuer la situation. Ignorant ce qu'elle voulait dire par là, je gardai mes interrogations pour moi, mais avec l'impression que le lieu était en réalité davantage une couverture qu'un centre de soins effectif.

Le fait était que ma présence n'y était nullement justifiée par une charge de travail, et je finis par me demander vraiment pourquoi j'avais été embauchée à ce poste et dans ce service qui ne nécessitait nullement un agent supplémentaire, et où manifestement personne ne voulait de moi.

Un jour, agacée par le comportement de mes collègues à mon égard dont je ne comprenais pas la cause, et les barrières qui m'étaient posées constamment pour m'empêcher de travailler, je décidai de comprendre ce qui se passait exactement et me mis à éplucher tous les dossiers des patients suivis afin de comprendre qui faisait quoi. Mon exploration des dossiers fit manifestement peur à l'équipe, qui s'organisa ensuite pour limiter mon accès au téléphone et m'empêcher de prendre en charge de nouveaux patients.

Mais elle se révéla fructueuse pour la compréhension de ce qui se passait exactement: Je constatai qu'une partie d'entre eux venaient consulter puis étaient, selon l'expression consacrée, "mis à disposition" au bout de quelques entretiens, ce qui signifiait qu'ils étaient purement et simplement éconduits. De ce fait, le nombre de patients suivis en réalité était bien inférieur au nombre enregistrés sur l'ordinateur lors de leur inscription. Au bout de quelques temps, ils étaient considérés comme "en rupture de soins", et ne relevant plus du centre, qui déclinait toute responsabilité sur ce qui pouvait leur arriver.[2]

Au niveau du discours, cet écrémage était justifié par les arguments suivants: "Ce n'est pas la peine de s'occuper des paranoïaques ni des caractériels car ils sont opposants aux soins." Ce n'est pas la peine de s'occuper des psychotiques, parce qu'ils ne peuvent pas se projeter dans l'avenir et refusent ce qu'on leur propose." "Ce n'est pas la peine de s'occuper des personnes âgées qui s'ennuient en maisons de retraite parce qu'il est normal qu'elles s'y ennuient. Nous n'avons pas à faire le travail relationnel à la place des gens qui y travaillent." Etc. En conclusion, il n'était pas tant question ici de se donner les moyens de soigner les gens que de se donner les moyens de ne pas le faire, l'objectif étant d'en faire le moins possible.

Les médecins brillaient par leur absence, le médecin chef et son assistant étant complètement débordés en raison de la pénurie de psychiatres, travaillaient la plupart du temps dans les services du centre hospitalier. L'assistant, qui partageait son temps entre l'hôpital et les différents CMP, venait un jour par semaine, et son temps était occupé à recevoir les patients en consultation. Il avait parfois à peine le temps d'aller déjeuner. Pas de réunion de synthèse sur les patients, pas de projet thérapeutique.

J'abordai ma situation avec lui, lui demandant ce qui se passait: il me répondit que c'était souvent le cas dans l'établissement avec les nouveaux venus qui n'étaient pas acceptés, qu'il régnait une ambiance désastreuse, et me conseilla de tenir le coup.

La semaine suivante, alors que j'étais en vacances, la surveillante m'appela chez moi pour me demander si je savais où se trouvait le dossier d'un patient que je suivais, que j'avais rempli la veille et avais rangé dans l'armoire. Celui-ci était introuvable et le médecin le cherchait.

A mon retour quelques jours plus tard, le dossier n'était pas retrouvé, et sa disparition m'était imputée. Au cours de la matinée, prenant dans l'armoire le dossier d'un autre patient, je cherchai le dossier disparu dans la rangée de la lettre où il était censé se trouver, et mis la main dessus à deux rangées de son compartiment. Je l'emportai et le montrai à l'équipe, qui m'accusa de l'avoir déplacé puis remis, ce qui était absurde.

Quelques jours plus tard, la surveillante fit état de la disparition de deux ramettes de papier machine, qui me fut également imputée.

Enfin je me vis accusée de vouloir intenter une action en justice contre l'infirmière qui m'avait précédée au CMP, que je n'avais jamais vue, que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam, et qui ne m'avait rien jamais rien fait.

Tout cela était absurde, je me contentai de dire que je n'avais rien à voir avec ces disparition, et que l'intention qui m'était prêtée de vouloir attaquer ma collègue était de l'ordre du délirant, tout en commençant à rédiger parallèlement des rapports de services sur tous ces événements.

Peu après, trois mois après mon arrivée dans le service eut lieu une réunion avec mes supérieurs hiérarchique: ma DSI[3] et l'infirmière générale, en présence de ma surveillante et de mes collègues. Pendant deux heures je me vis reprocher un ensemble de soi-disant fautes indémontrables, dont la disparition du dossier, des ramettes, et l'accusation de vouloir attaquer ma collègue. A l'issue de ces deux heures, j'appris que j'étais mutée en intra-hospitalier dans l'hôpital du département à 63 kms de chez moi, et que j'avais une semaine pour accepter ou refuser.

La semaine suivante, la surveillante me demanda d'appeler les patients que je suivais afin de leur signifier mon départ. Le reste du temps, je restais isolée dans la salle de pause, personne ne daignant m'adresser la parole. Je pris rendez-vous avec le médecin du travail afin de l'aviser de ce qui se passait. Le médecin qui me reçut n'avait rien à voir avec celui auquel j'avais eu affaire l'année précédente[4]. Il écouta mon récit l'air compatissant, puis me déclara qu'il était fatigué d'entendre des récits de ce genre, les procédés que je décrivais étant monnaie courante en psychiatrie: il avait rédigé un certain nombre de rapports à l'administration sur la façon dont était traité le personnel, et avait réussi à faire partir deux infirmiers cadres, mais ses interventions n'étaient plus prises en compte. Il interviendrait néanmoins en ma faveur auprès de la DSI, sans illusion quant au résultat. Il me décrivit les services de psychiatrie comme étant au bord de l'implosion, avec une proportion importante du personnel en maladie, et celui au travail aussi médicamenté que les patients. Les gens partaient, demandaient leur mutation dans d'autres hôpitaux. Et si mes collègues n'avaient pas agi comme elles l'avaient fait envers moi, elles auraient été mutées à ma place dans ce service.

Au bout d'une semaine, je reçus un rapport écrit sur mon travail stipulant ma mutation et contenant un ensemble de points qui m'étaient reprochés pour justifier celle-ci. Sur ces entrefaites, je me rendis chez mon médecin traitant à qui j'expliquai la situation, et qui, me trouvant anxieuse, me donna 15 jours d'arrêt maladie. Ma présence dans le CMP n'avait plus lieu d'être, je n'avais plus affaire aux patients et restais isolée dans une pièce seule à ne rien faire.

Je profitai de ce temps libre pour rédiger des rapports administratifs sur mes conditions de travail et les accusations qui avaient été portées contre moi: voir en annexe de ce chapitre: Rapport de service dans le cadre de la disparition du dossier de Mr R. et Rapport de service dans le cadre de l'accusation portée sur moi de vouloir attaquer en justice Mme N. G..

A l'issue de mon arrêt maladie, je suis allée travailler dans le service d'intra-hospitalier une journée: tôt le matin le temps de trajet se révéla plus long que de jour, ralenti par des nappes de brouillard et la présence de camions. Il fallait compter une heure et demie par trajet, ce qui impliquait, pour embaucher à 5 h 45, que je me lève à 3 h 30.

Le service où j'étais mutée était un service d'entrée: personnel peu abondant, ne permettant plus d'effectuer de travail thérapeutique ni relationnel auprès des patients, le temps étant entièrement occupé par les tâches matérielles: préparation des médicaments, distribution, toilettes, soins, etc. Je pris rendez-vous avec le directeur afin de lui notifier ma décision de refuser cette mutation. Il avait lu mon rapport et me dit qu'il s'agissait d'un phénomène de mouton noir, et que la seule solution pour moi consistait à démissionner car si je restais, je serais confrontée au même phénomène.

Je lui répondis par écrit qu'une démission me priverait de prestations d'ASSEDIC, et il me renvoya une lettre me menaçant d'abandon de poste si je ne reprenais pas mon travail. Préférant choisir la solution la moins pénalisante, je lui adressai ma démission, soulagée de savoir que j'en aurais terminé avec des gens si déplaisants.  

Annexes:

Rapport de service dans le cadre de la disparition du dossier de Mr R (1)

Je, soussignée, X, infirmière, ayant été mise en cause par mes responsables hiérarchiques dans la disparition du dossier d'un patient, Monsieur C. R., déclare les faits suivants relatifs à l'utilisation que j'ai faite de ce dossier avant sa disparition, et aux circonstances dans lesquelles je l'ai retrouvé en prenant mon travail cinq jours plus tard.

Le matin du mercredi 22 septembre, la veille du jour où le dossier de Mr R. a été déclaré manquant, suite à la demande de ma surveillante, Mme B., de remplir les différents volets des dossiers de soin des nouveaux patients, j'ai rédigé celui de ce patient afin qu'il soit prêt pour la visite du médecin du lendemain. Celui-ci terminé, j'ai commencé à remplir celui de Mme BR..

J'ai ensuite rangé ces deux dossiers avant 13 h 45 dans l'armoire à dossiers du bureau du secrétariat, avant de partir en VAD voir Mr S.. A mon retour, j'ai pris le dossier de Mr S. pour faire le compte rendu de la VAD, j'ai reçu Mr D. en entretien. J'ai rédigé ensuite le compte rendu de l'entretien avec ce dernier avant de partir, voulant le faire avant de partir en congés annuels, et j'ai quitté le CMP après avoir rangé les dossiers S. et D..

Jeudi matin, ne devant reprendre mon travail que le mardi suivant, j'ai reçu un appel téléphonique à mon domicile de Mme B. me demandant si je savais où se trouvait le dossier de Mr R. que demandait le médecin, et qui ne se trouvait pas dans l'armoire à dossiers. Je lui ai dit que je l'avais rangé dans l'armoire et ne l'avais pas sorti ensuite. Ne l'ayant pas utilisé à mon retour de VAD, j'ignore ce qu'il est devenu après que je l'y ai rangé avant 13 h 45. Je suis en ce qui me concerne certaine de l'avoir rangé dans l'armoire, en même temps que celui de Mme B; en ayant terminé ce jour-là avec eux.

Quand j'ai repris mon travail mardi matin, le dossier n'avait toujours pas été retrouvé. J'ai demandé au cours de la réunion du mardi matin s'il n'aurait pas pu être rangé dans l'armoire du bureau du médecin. Mme B. m'a demandé si j'avais regardé dans cette armoire, je lui ai dit que non (j'ai verbalisé cette pensée concernant l'armoire dès qu'elle m'est venue à l'esprit). Elle m'a dit, qu'à ma place, elle serait allée y regarder et aurait commencé à chercher le dossier en arrivant.

Je n'ai pas compris cette remarque, ne voyant pas pourquoi j'aurais agi ainsi: j'ai rangé ce dossier dans l'armoire mercredi avant 13 h 45, je ne suis pas responsable de ce qu'il est devenu après, et n'ayant rien à voir dans sa disparition, je n'ai pas de culpabilité à ressentir par rapport à celle-ci.

Après la réunion, je suis allée dans l'armoire à dossiers à la recherche de ceux des gens que je venais de voir en entretien, et, repensant au conseil de Mme B. de chercher à mon tour, j'ai commencé à regarder dans la rangée de celui de Mr R., à la recherche de mon écriture dans les dossiers infirmiers. Rendue au dossier " RO.", j'ai reconnu mon écriture sur les pages des comptes rendus infirmiers, et j'y ai trouvé le dossier disparu. Je l'ai aussitôt apporté dans la salle de réunion et l'ai donné à mes collègues. Nous avons regardé ensemble son contenu, et avons constaté qu'il était complet.

Au cours de l'après-midi, Mme B. m'a convoquée dans son bureau et a pointé un ensemble d'aspects négatifs dans mon travail depuis mon arrivée, aspects susceptibles de remettre en question ma présence au sein de l'équipe, en terminant par la disparition du dossier de Mr R., et celle de deux ramettes de papier machine A ce propos, elle a émis des doutes par rapport à ma version des choses concernant le dossier, postulant que si je ne l'avais pas subtilisé, seule ma collègue Mme D. aurait pu le faire (postulat qui ne correspond pas aux faits) et que le fait que j'affirme mon innocence signifiait que je l'accusais, et qualifiant de suspect le fait que je ai retrouvé ce dossier, déduisant de ce fait que je voulais accréditer l'idée que mes collègues ne l'avaient pas bien cherché.

Il s'agit là de procès d'intention qui ne sont pas les miens et ne m'engagent nullement. Je ne soupçonne Mme D. de rien dans cette affaire, que je n'ai pas à utiliser pour jeter le discrédit sur elle ni sur mes autres collègues. Pas plus que je n'ai à me sentir impliquée par les soupçons qui peuvent être jetés sur moi, qui ne m'engagent en rien, mais seulement ceux qui les émettent. Je relate les faits concernant ce que j'ai fait de ce dossier mercredi, mais n'ai pas de conclusion à en tirer concernant ceux qui se sont déroulés au CMP en mon absence, ni sur les actes des gens qui s'y trouvaient entre le moment où je l'ai rangé, la veille de mes congés, et celui où je l'ai trouvé, le jour de ma reprise de travail.

En ce qui concerne la disparition des ramettes de papier machine, je n'ai rien à y voir non plus, je ne les ai pas prises, et n'ai pas à assumer la culpabilité de leur disparition. Je n'ai jamais dérobé quoi que ce soit dans un établissement où je travaillais et ce n'est pas à cinquante-deux ans que je vais commencer à le faire, ayant les moyens de m'acheter du papier si j'en ai besoin. C'est pourquoi il ne me semble pas dans la logique des choses d'être soupçonnée d'emblée de dérober des dossiers ou de voler du papier, sans que ces soupçons soient étayés par l'ombre de la moindre preuve, ni de voir ces disparitions m'être imputées en conclusion d'une liste de reproches qui me sont adressés.

Je n'ai pas constaté ces disparitions par moi-même, celles-ci s'étant produites au cours de mes congés. Je n'ai jamais manipulé de ramette de papier machine au CMP et ignore quelle quantité s'y trouvait avant et après cette disparition.

En ce qui concerne les documents qui en témoignent, Madame B. a mentionné celle du dossier sur le cahier de consigne, ajoutant qu'elle avait fait un rapport à l'administration au sujet de celle-ci. Mais je n'ai pas vu ce rapport, qui aurait dû en l'occurrence être communiqué aux agents du service, et qui n'était pas non plus joint au cahier de consigne.

Pour ce qui est de la disparition des ramettes, je n'ai pas eu connaissance de rapport de service écrit à ce sujet ni n'ai été informée de leur existence.

En raison des soupçons portés sur moi dans ces deux affaires, sur la base desquels mes supérieurs hiérarchiques en déduisent que je suis sanctionnable, je demande à avoir connaissance de tout document écrit relatif à ces disparitions.

En l'absence de ces pièces, si ces disparitions continuent de m'être attribuées, je déposerai plainte à la gendarmerie relativement à ces disparitions, afin qu'elles donnent lieu à l'ouverture d'enquêtes officielles. Dans l'hypothèse où d'autres disparitions de documents se produiraient dans le cadre du CMP, je demande que des plaintes officielles soient déposées, autant pour mettre des limites légales aux gens qui en seraient responsables que pour éviter toute exploitation de celles-ci.

Copies adressées à:

  • Monsieur I, directeur par intérim,

  • Monsieur le Dr B., chef de service,

  • Monsieur G, DRH,

  • Monsieur le Dr B, médecin du travail.  

Rapport de service dans le cadre de l'accusation portée sur moi de vouloir attaquer en justice Mme N. G. (2)

Je, soussignée X, infirmière au CMP de C, ayant été mise en cause par mes responsables hiérarchiques suite à l'accusation portée par ma collègue de travail Madame D. à mon encontre, selon laquelle j'aurais voulu attaquer en justice une infirmière qui m'aurait précédée au CMP, Mme N. G, déclare les faits suivants:

Je n'ai jamais tenu de tels propos. Je ne connais pas Mme G, je ne l'ai jamais vue, ne lui ai jamais parlé, elle ne m'a strictement rien fait, je n'ai absolument rien contre elle, et certainement rien qui justifierait une poursuite en justice. Je n'ai jamais entrepris aucune démarche judiciaire contre elle ni n'ai la moindre intention de le faire. Cette affirmation est dépourvue de fondement en ce qui me concerne. Il s'agit là d'un procès d'intention qui n'engage que ses auteurs.

Pour ce qui est de la scène à laquelle Mme D. s'est référée pour appuyer son affirmation, voici les faits que j'ai vécus en ce qui me concerne, et ce que j'ai dit exactement:

A mon arrivée au CMP, mes collègues m'ont mise en relation avec 11 patients que suivait Mme G, dont j'étais censée prendre la suite. Etonnée du peu de travail que j'avais d'une part et de la différence entre ces 11 personnes auxquelles était censé s'être limité le travail de Mme G. et le nombre de suivis répertoriés dans le DDAPSY[5] (317 patients), j'ai demandé à mes collègues s'il existait un document permettant de savoir qui ma collègue suivait exactement. Mes collègues m'ont dit qu'un dossier informatique existant à ce sujet avait été effacé avant mon arrivée, et que le seul moyen de le savoir était de se référer aux dossiers.

J'ai donc profité de mon temps libre pour consulter l'ensemble des dossiers en recherchant l'écriture de Mme G dans les comptes rendus infirmiers, et j'en ai trouvé 35, dont la moitié avait cessé d'être suivi au cours des derniers mois précédant son départ. Etonnée de ce fait et ne comprenant pas pourquoi ces gens n'étaient plus suivis, j'ai dit devant Mme D. que je ferais un rapport à Mme B., ce que j'ai fait par la suite, en lui donnant une liste des gens suivis par Mme G., ainsi que ce qu'il en était advenu.

Je n'ai pas tiré de ces observations une quelconque culpabilité présumée de Mme G. J'ai compris à mon arrivée au CMP à travers les propos peu valorisants que j'ai entendus sur elle qu'il y avait eu un conflit dans l'équipe, et que son départ était davantage souhaité par cette dernière que par elle-même. J'ai constaté également que les orientations qu'elle avait prises dans son travail: rencontres avec l'équipe du V 80, activités CATTP[6], etc., avaient été abandonnées à son départ, et que leur poursuite n'était pas souhaitée ni envisagée. En raison des difficultés relationnelles auxquelles j'ai moi-même été confrontée depuis mon arrivée, la conclusion que j'en ai tirée était que le climat relationnel avait pu altérer les conditions de travail de Mme G, tout comme il altérait le mien.

Il n'y a en conséquence ici aucun élément sur la base duquel j'aurais pu faire grief de quoi que ce soit à Mme G., rien qui puisse justifier de ma part une quelconque poursuite en justice la concernant.

En raison de l'existence de rumeurs lancées sur la base de déclarations sans rapport avec les faits, et les préjudices qu'ils peuvent provoquer pour les gens concernés, j'adresse une copie de ce rapport à Mme G., afin qu'elle puisse rectifier d'elle-même toute déformation de mes propos qui aurait pu lui être rapportée, en l'assurant de ma parfaite considération.

Copies adressées à:

  • Monsieur I, directeur par intérim,

  • Monsieur le Dr B., chef de service,

  • Monsieur G, DRH,

  • Monsieur le Dr B, médecin du travail.  

[1] CMP : Centre Médico-Psychologique.

[2] Dans ce contexte, les chiffres enregistrés sur l’ordinateur, utilisés pour les statistiques, ne correspondent pas à la réalité, et donnent automatiquement une vision faussée de celle-ci. Les rapports d’activité de psychiatrie (RAPSY) établis à partir de ces chiffres sont donc faussés également. Il en découle que les conclusions tirées à partir de ces chiffres, et les décisions prises sur cette base sont également sans rapport avec les faits.  

[3] DSI : Directrice des soins infirmiers.

[4] Voir le chapitre Pénurie d'infirmières: un phénomène planifié sur le long terme 10 juin 2003.

[5] DDAPSY : Dossier informatisé contenant l’ensemble des patients suivis au CMP.

[6] CATTP : Centre d’accueil thérapeutique à temps partiel.

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