Le tort de Jean-Luc Mélenchon face à Zemmour

Le tort de Jean-Luc Mélenchon face à Zemmour.

Sur le fil du dernier billet de Vingtras "Un face à face terrifiant... ", Luc Rigal écrit ceci :

"Je ne suis pas sûr que Jean-Luc Mélenchon ait été si efficace à contrer les propos de Éric Zemmour. La partie sur l’islam a marqué à mon avis une déroute du leader de la France insoumise sur ce thème, pourtant central dans la rhétorique du polémiste. Il n’a trouvé pour toute réponse à l’affirmation de Zemmour d’un islam en soi politique que de proclamer la dangerosité de son adversaire et la préférence des Français pour le couscous. Rien de consistant par conséquent".

Et Luc Rigal, parlant de l'Islam, d'ajouter ceci : "nombre d’imams en France prêchent la fidélité à la république, ce qui est d’ailleurs jugé souhaitable par la majorité des musulmans".

Sur le fait que  "nombre d’imams en France prêchent la fidélité à la république, ce qui est d’ailleurs jugé souhaitable par la majorité des musulmans", Mélenchon, donc, s'il lisait un peu plus ce qui s'écrit, aurait dû précisément parler de ce livre paru récemment, du recteur de la grande mosquée de Paris : "Écoutez-moi", où il dit effectivement clairement que l'Islam est absolument compatible avec la République laïque, et donc la laïcité (et tout le monde devrait lire ce livre ou écouter son interview remarquable sur France culture - interview avec aussi Philippe Gaudin, agrégé de philosophie, Directeur de l’Institut d’Etudes des Religions et de la Laïcité). Et Chems-eddine Hafiz publie en effet ce court « manifeste contre le terrorisme islamique ».

Oui, JLM aurait dû répondre cela, de cette façon beaucoup plus claire.

Mélenchon qui a participé (comme Plenel) à la "marche contre l'islamophobie", qui était surtout une marche pro un islam politique, et contre la France, a eu tort, car il est quand même vrai qu'il y a en France un islam politique qu'il faut combattre. Je suis (du verbe suivre) sur Twitter, en cela, les interventions claires et précises de Mohamed Sifaoui. Et Mélenchon aurait donc dû dire que ce n'est certainement pas en ayant un discours pétainiste que l'on peut défendre la France et son passé, car s'il ne faut pas oublier le passé - ce qui est actuellement une grande tyrannie, de vouloir tout oublier -, cette France du passé n'a pas à être celle, raciste, enfermée, nauséabonde, obsédée par "un grand remplacement", de Zemmour.

Oui, il fallait débattre du passé...

"Le passé devient de plus en plus intéressant, puisque tout le monde cherche à l’effacer. Il fait peur. (...) La mémoire est touchée. Et c’est ce que peut souhaiter de mieux une tyrannie éventuelle : l’amnésie." 

                                                                Philippe Sollers

Et Luc Rigal, d'ajouter encore ceci :

"Les cultures nationales se dissolvent progressivement dans la pseudo-culture marchande mondialisée que dénonce Sollers, qui n’est que la promotion de la concurrence et de l’argent. Les délires pétainistes de Zemmour expriment d’abord son aspiration à un régime autoritaire, à mon avis, où la police impose la domination des normes culturelles traditionnelles. C’est complètement passéiste et vicié, mais ça dit bien un désarroi profond face à la mondialisation. "

"Amnésie", écrit Sollers. À cela, on va rétorque que "On n'oublie rien de rien, on n'oublie rien du tout, on n'oublie rien de rien, on s'habitue, c'est tout !"

Notre inconscient n'oublie rien, c'est vrai, mais le refoulement est aujourd'hui flagrant, et je pense toujours que la gauche a tort de vouloir rester en dehors de ce débat, de ne pas vouloir débattre de notre présent où l'angoisse prédomine, en rappelant notre passé qu'un Zemmour voudrait voir revenir au temps de Pétain. En ne voulant donc pas débattre, la gauche reste ainsi invisible et sans consistance, pendant que l'autre se permet toutes ses outrances.

Parce que si cette France rance, raciste, dans le rejet de "l'étranger" que revendique Zemmour, il y a aussi la France et toute sa grandeur passée qui est aussi en permanence critiquée, dénigrée et rejetée par la gauche (et Mediapart) qui veut occulter que l'on puisse l'aimer la France et la beauté de ses paysages, et son passé - même sujet à de justes controverses -, et sa culture, et sa "langue"...

Comme le dit si bien Fatou Diome : "Cette France brillante, je l’ai bien trouvée mais on n’arrête pas de la trahir ! Il faut toujours s’y référer, la rappeler aux mémoires courtes. Cette France, elle est bien là. Seulement, les sectaires font plus de bruit. Il est temps que les beaux esprits reprennent la main !". "Ceux qui lui font raconter le contraire de ce qu’elle a voulu défendre. Pour bien aimer la France, il faut se rappeler qu’elle a fait l’esclavage et la colonisation, mais qu’elle a aussi été capable de faire la Révolution française, de mettre les droits de l’homme à l’honneur et de les disperser à travers le monde. Aimer la France, c’est lui rappeler son idéal humaniste." Aujourd'hui « La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce ». "« Il faut pacifier les mémoires et arrêter de se référer tout le temps à l'esclavage et à la colonisation. » .

Et Porfirio d'ajouter : "

"Il reste donc un débat sur lequel Mélenchon ne veut pas vraiment s'aventurer et qui porte sur les critères de définition d'un islam offensif envers la laïcité."

Oui, la gauche a peur d'aller en banlieue écouter ce qui se dit, se ressent chez un grand nombre : beaucoup d'esprit revanchard ; de la haine et du rejet anti-France blanche, laïque. Et il y a là, de la part de la gauche, un véritable déni - une gauche qui devrait donc, contrairement au discours clivant de Zemmour, promouvoir une politique d'ouverture, pédagogique et d'intégration.

Voilà donc en quoi, à mon avis, Mélenchon a eu tort : de ne pas avoir voulu débattre sur cette question si importante du PASSÉ, face à un présent désorienté.

Et je voudrais ajouter, comme l'écrit un philosophe, que le tort a surtout été que ce "débat n'ait été qu'un échange de coups, et non pas d'idées".

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