NOTRE DAME OU LES MALHEURS DE LA FRANCE. JUSTE COURROUX DES DIEUX ET DE DIEU ?

C'est le devoir des politiques de motiver un intérêt publique et privé dans la préservation d'un patrimoine rendu encore plus fragile dans une société matérialiste en perte de repères historiques, éthiques et spirituels.

NOTRE DAME OU LES MALHEURS DE LA FRANCE. JUSTE COURROUX DES DIEUX ET DE DIEU ?

‘Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en basnous dit d'Hermès Trismégite, l’ancien sage égyptien dans La Table d'Émeraude le texte fondateur de la Grande Tradition Hermétique inscrite dans selon l’expression  de Victor Hugo le défenseur de Notre Dame, le livre de pierre des cathédrales déchiffré par Fulcanelli dans son traité Le mystère des cathédrales.Tout est en tout’ poursuit La Table d’Émeraude. Yahweh répond à Moïse devant le buisson ardent : Je suis ce que je suis’ indiquant l’essence même de toute vie, le principe primordial, ‘Je suis, j’ai été, je serai’, c’est l’Atman du Vedānta hindou, la conscience absolue, le souffle créateur : ‘ Je suis Cela’. Ainsi il advient que les affaires humaines d’une part sont le reflet de la lutte de forces cosmiques, et d’autre part les suscitent. Dans l’univers sidéral du monde parallèle poétique et métaphysique, le jeu des forces antagonistes pourtant complémentaires dans leur action tendant vers la Monade, l’union parfaite des opposés, le Principe Absolu, se révèle avec une fulgurante clarté.

Les forces destructrices se nourrissent de la haine, de la colère, de la peur, du mépris, de la cupidité, de l’orgueil, de l’envie, de la jalousie. Elles créent ce nuage noir que je vis planer sur l’ombre d’Emmanuel Macron nouvellement élu, avançant compassé, à pas comptés dans la cour du Louvre, drapé dans une fausse dignité. Le funeste pressentiment qui m’assaillit à ce moment-là , déjà pressenti durant la campagne présidentielle quant au sort de la France et des Français s’est révélé prophétique. La liste est longue des paroles méprisantes, des manipulations de l’opinion pour diviser la Nation, des mesures iniques sous le masque de supposées réformes visant à asseoir un pouvoir vendu à Mammon. Voilà le petit roi jupitérien qui se pavane à Versailles, Chambord, l’Élysée et sur la scène internationale à l’Acropole ou au Taj Mahal. Jupiter du haut de l’Olympe, dieu de la foudre et du tonnerre, avait un autel dédié à son culte dans un temple gallo-romain sur l’Ile de la Cité. Découvert en 1711, il s’avéra avoir été érigé au temps de Tibère par les Nautes de Lutèce, ces anciens bateliers de la Seine dont le souvenir survit dans le célèbre Pilier des Nautes au Musée de Cluny alliant des divinités celtes à celles des Romains conquérants.

Le Pilier des Nautes, vestiges d'un temple gallo-romain (Ier siècle ap.JC) sur l'île de la Cité à l'emplacement du chœur de ND de Paris. L'Histoire de Paris tome 1, Michel Félibien (1666 - 1719) Le Pilier des Nautes, vestiges d'un temple gallo-romain (Ier siècle ap.JC) sur l'île de la Cité à l'emplacement du chœur de ND de Paris. L'Histoire de Paris tome 1, Michel Félibien (1666 - 1719)
 Les lieux sacrés de l’Antiquité, choisis par les Anciens en raison de leur position géographique et de leurs pouvoirs telluriques, sur l’emplacement d’une source ou au sommet d’un mont, furent très souvent investis par la nouvelle religion de l’Empire Romain rendue légitime par l’Édit de Milan sous Constantin en 313 et devinrent des sanctuaires chrétiens. Aux Saintes-Maries-de-la-Mer existait un sanctuaire à Sol Invictus, le dieu oriental vénéré par Constantin, dont l’image représentée dans les catacombes romaines des Premiers Chrétiens s’associe à celle du Christ. Au 12e siècle le blanc manteau des églises couvrit la France, ‘la Fille Aînée de l’Église’ depuis Clovis, de son ombre protectrice, les tympans de leurs façades annonçaient la Justice Divine du Jugement Dernier. Au 13e siècle sous l’influence des Croisades et de l’Orient une nouvelle source d’inspiration se fit ressentir. L’Amour Courtois, qui avait fleuri dans les cours arabes de Bagdad et de Cordoue se répandit dans le Languedoc par le chant des troubadours. La Dame devint l’inspiratrice, l’initiatrice, la muse du trouvère, qui pouvait être aussi seigneur et chevalier. Une influence civilisatrice envahit les cours du nord, en particulier en Champagne où régnait la fille d’Éléonore d’Aquitaine, la Comtesse de Blois, la tradition chevaleresque s’en trouva vivifiée. Le futur chevalier se devait de faire non seulement l’apprentissage des armes, mais aussi d’apprendre les belles manières et les beaux sentiments à la cour d’une Noble Dame. Cette tradition inspira des chef-d’oeuvres de la littérature européenne depuis Chrétien de Troyes, Guillaume de Lorris, à Pétrarque et à Dante. Le culte de la Vierge Marie prit un nouvel éclat. La vénération exaltée du féminin dans l’Amour comme seule et unique vertu essentielle à tous les Chrétiens selon Jésus dans l’Évangile de St Jean, trouva son expression dans le culte de la Mère de Dieu dont Bernard de Clairvaux se fit le chantre. Et le Couronnement de la Vierge par son Fils remplaça le Jugement Dernier sur les tympans des églises dénommées désormais Notre Dame. Au Dieu Vengeur de la Bible se substituait l’Amour au féminin, la Mère Éternelle et Universelle, Fontaine d’Amour, Refuge des opprimés. C’est l’incarnation chrétienne d’Isis la déesse égyptienne dont le culte était populaire chez les Romains et dont les sanctuaires furent repris par les Chrétiens dans le mystère des Vierges Noires tel à Rocamadour. L’apparition de ces dernières, nombreuses en Occitanie, date des Croisades et de l’arrivée en Europe des premières tribus dites roms. Ces guerriers Hindous originaires du Nord de l’Inde, après la mort en 1030 du Sultan Mahmoud d’Afghanistan qui les avaient déportés, se mirent au service des Turcs Seldjoukides et s’emparèrent de Jérusalem aux mains des Egyptiens Fatimides, suscitant la Première Croisade en 1095. Les guerriers roms appelés aussi Al-Ghulamis se retrouvèrent à combattre contre les Croisés au service des Egyptiens après la défaite turque, ils vénéraient la déesse mère Kali la Noire. La Maia des Anciens Grecs, la Sophia des Byzantins, la Kali des Roms d’origine hindoue, la Miriam des Musulmans, tous les attributs de la Mère Universelle, la Mère Protectrice et Nourricière dans sa Bonté et sa Sagesse, enfouis dans la mémoire collective de l’Orient et de l’Occident, sont exaltés en Notre Dame,Vierge et Mère. Telle est l’ancienne et auguste lignée témoin de ce passé historique, artistique et philosophique qui s’épanouit et vit son apogée sur la terre de France. L’unique destin français dans son génie d’ouverture au monde et d’assimilation a fait se rejoindre, se confondre et briller d’une lumière tout à fait nouvelle dans l’art gothique les influences croisées d’un lointain passé ou l’Orient se mêlait avec bonheur à l’Occident en le vivifiant. L’arc brisé des constructions orientales ramené par les Croisés au contact de la culture arabe fit fleurir ces ‘vaisseaux de lumière’ dont les grandes verrières multicolores jetaient sur le dallage les couleurs chatoyantes des pierres précieuses qui pavent les rues de la Jérusalem Céleste. Et les flèches des cathédrales lancèrent vers les Cieux la ferveur de leurs prières, celle de la Jérusalem sur terre, selon l’Abbé Suger fondateur de la basilique de St Denis.

 Les Templiers furent les principaux acteurs de cette effervescence gothique. Ils eurent la vision, la sagesse, le génie d’allier le raffinement de l’Orient, la science mathématique des savants arabes férus de la géométrie sacrée de Pythagore et d’Euclide au savoir des bâtisseurs de forteresses normands pour créer ces joyaux de spiritualité vibrant de l’harmonie divine du Nombre d’Or. Il est inscrit sur la façade de Notre Dame, et crée à l’insu du non-initié cet hymne à l’Harmonie Universelle qui survit dans la tradition judéo-chrétienne illustrée par la frise transversale des Rois descendants de David sur l’Arbre de Jessé dont est issu Jésus, et qui devinrent associés dans l’imaginaire populaire, selon la légende, à la lignée royale des Mérovingiens. Ce système géométrique sophistiqué à résonance métaphysique Pythagoricienne constituait le Secret des maîtres maçons bâtisseurs de cathédrales. En 1509 le franciscain mathématicien Luca Pacioli publia à Venise un traité De Divina Proportione dont la première partie traitant du Nombre d’Or est illustrée par Léonard de Vinci. Une traduction française fut publiée en 2008 par la Librairie du Compagnonnage, ISBN : 2-901362-11-7

 

Notre Dame de Paris, gravure 1776 Notre Dame de Paris, gravure 1776
Le Cantique de Notre Dame, les Litanies de la Vierge Marie, Souveraine des Cieux, Nouvelle Arche d’Alliance, représentée à Notre Dame de Paris sur le Portail de la Vierge, deviennent ainsi universels unissant les trois grandes religions monothéistes issues d’Abraham, qui ont façonné l’Orient et l’Occident et créé l’Europe, du nom de l’une des nombreuses conquêtes amoureuses de Jupiter qui l’enleva. Voilà toute la grandeur, la majesté, l’universalité d’un édifice, porteur de la mémoire collective de l’Orient et de l’Occident par là même uniquement sacré, le symbole de l’Amour de Dieu sur terre, qui est l’harmonie entre les hommes.

Les derniers mois sur le sol de France n’ont vu que discorde, dissensions, luttes intestines et fratricides, violence de toute part. L’État qui se doit de protéger le peuple français au nom du maintien de l’ordre mutile les protestataires, blesse et tue les femmes âgées, arrête les enfants. La foudre de Jupiter s’est abattue sur son ancien autel devant l’hubris insensé de celui qui se réclame du pouvoir des dieux. La foudre de Yahweh a frappé le sanctuaire de la Madone dédié à l’Amour, la Concorde, l’Harmonie des Cieux et sur la terre en un pays divisé.

Notre-Dame de Paris : La Main de Dieu protégeant les  fidèles - Heures d’Étienne Chevalier, Enluminure de Jean Fouquet, 15e siècle, The Metropolitan Museum of Art, New York. Notre-Dame de Paris : La Main de Dieu protégeant les fidèles - Heures d’Étienne Chevalier, Enluminure de Jean Fouquet, 15e siècle, The Metropolitan Museum of Art, New York.

 Le cœur des hommes a été touché, la rédemption peut en surgir. Ce sera par leur action de contrition, de création, de bonne volonté que les Français pourront réparer les sévices infligés à l’âme même de la France. À Notre Dame de Paris la charpente a disparu, le charpente est la structure qui relie un bâtiment de la terre vers les Cieux. Elle prend ici une dimension symbolique, c’est la charpente de la France elle-même qui a été endommagée ces derniers mois, sa Constitution, son administration dans les Services Publics, la cohésion de la société, son patrimoine immatériel, ici matérialisé à Notre Dame.

Comme le faisaient au Moyen Age les pieux donateurs, seigneurs ou riches bourgeois des villes, qui embellissaient églises et cathédrales d’une chapelle à leur nom, et délaissant soie et velours se vêtant de bure transportaient poutres et pierres, maniaient truelle, maillet et ciseau en humble pénitence afin d’assurer leur place au Paradis. Ainsi les Français peuvent réparer les outrages faits à l’âme de la France Éternelle, divisée, meurtrie, avilie par les deniers événements en se mobilisant pour les plus hauts principes qui font d’elle un grand pays. Ils le feront c’est certain, ils ont en eux le feu de l’esprit qui s’exprime dans l’art par la main, en apportant leur savoir ancestral de tout leur cœur au service de la reconstruction de Notre Dame dans sa beauté première, de la reconstruction de la France. Ainsi le démontre Arthur Lochmann, diplômé en droit et philosophe devenu charpentier dans La vie solide, La charpente comme éthique du faire, Editions Payot &Rivages, Janvier 2019 ISBN: 978-2-228-92271-5

‘La charpente… de tous les corps d’état du bâtiment, c’est le seul qui procure cette sensation première, essentielle, des espaces en train de prendre forme sous le ciel. C’est un métier immensément exigeant, une vie solide à laquelle on s’attache…. Au fil des ans et des chantiers, j’ai acquis cette conviction : l’apprentissage et la pratique d’un artisanat sont un ensemble d’expériences, de méthodes et de valeurs adaptées aux défis individuels et collectifs de la modernité.’ Ce n’est pas la France des start-ups qui procure une éthique de vie, mais celle des artisans, des Apprentis, Compagnons, Maîtres Ouvriers de France détenteurs d’un savoir et d’une éthique ancestrale, ainsi que je l’exposais dans un article sur Mediapart en juillet 2017 :

DES DEVOIRS & DES PROVILÈGES. NI S’ASSERVIR, NI SE SERVIR, MAIS SERVIR

https://blogs.mediapart.fr/monique-riccardi-cubitt/blog/170717/des-devoirs-et-des-privileges-ni-sasservir-ni-se-servir-mais-servir

Ce sont eux comme ils l’ont fait dans le passé, détenteurs de la Connaissance et de la Sagesse Antique, qui vont reconstruire Notre Dame, et ce faisant la France. Notre Dame leur appartient, son symbole, son passé, son âme. Ce sont eux qui doivent avoir ce privilège qui est leur droit le plus légitime. Il n’appartient pas à un architecte étranger de prendre des décisions de haute portée sur un édifice aussi puissamment symbolique associé au meilleur de la France et de son génie. L’annonce du Premier Ministre Édouard Philippe d’un ‘concours international d'architecture sur la reconstruction de la flèche’ de Notre Dame créée par Eugène Viollet-le-Duc au 19e siècle est inacceptable. Cette décision revient aux historiens d’art, architectes et experts français qui ne peuvent être dépossédés du droit qui est le leur.

L’État français aurait dû prendre ses responsabilités il y a bien longtemps, comme le met en avant l’article de Stéphane Lavignotte du 19 avril,  auquel j’ai posté un commentaire en réponse à celui de Bruno Carbone, ici transcrits :

https://blogs.mediapart.fr/stephanelavignotteorg/blog/190419/notre-dame-malaise-dans-la-precipitation

Les commentaires : 19/04/2019 12:29 PAR BRUNO CARBONE EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE RICHARDTHEVENON LE 19/04/2019 07:55

Il semble bien qu’il y ait eu des défaillances coupables du ministère de l’Intérieur et du ministère de la Culture bien avant cet incendie de la semaine dernière.

En 1972, la cathédrale de Nantes s'était embrasée et la toiture fut complètement dévorée par les flammes et il eu été bon d’en tirer la leçon pour Notre-Dame.

Le site internet Italie « Il Fatto » nous apprenais avant hier, le 17 avril, qu’en 2016 un chercheur italien, Paolo Vanucci, professeur à l’Université de Versailles a coordonné pour le CNRS une étude pour le CNRS le risque d’attentat terroriste et par voie de conséquence sur le système de protection anti-incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris : https://www.ilfattoquotidiano.it/2019/04/17/notre-dame-il-docente-italiano-allerto-i-francesi-nel-2016-impossibile-spegnere-un-rogo-nel-tetto-installate-antincendio/5118436/

Cette étude alertait sur l’impossibilité d'éteindre un incendie sous le toit et préconisait l’installation d’une protection anti-incendie automatisé à poudre sèche.

Hier Marianne a été le seul organe d’information français a faire état de de cette information hier jeudi 18 : https://www.marianne.net/societe/notre-dame-de-paris-nous-avions-alerte-le-cnrs-sur-les-risques-d-incendie

L’hebdomadaire révèle que le gouvernement Valls avait dévidé que ce rapport devait rester confidentiel, compte tenu des éléments d’inspiration qu’il contenait pour des apprentis terroristes. Il en a été de même pour les gouvernements qui ont succédés. Cependant les préconisations pour la prévention d’incendie et la lutte contre l’incendie méritaient sans doute d’être retenues d’autant plus que le CNRS et le Ministère de la Culture sont tous deux liés par un accord-cadre de partenariat de recherche (http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Enseignement-superieur-et-Recherche/La-recherche/L-accord-cadre-avec-le-CNRS/L-accord-cadre-Culture-CNRS-2016-2020)

 19/04/2019 13:17 PAR MONIQUE RICCARDI-CUBITT EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE BRUNO CARBONE LE 19/04/2019 12:29

Je ne puis qu'adhérer à ce témoignage en tant qu'historienne d'art, bien que je n'avais pas connaissance du rapport de Paolo Vanucci de 2016. Mais j'ai suivi la restauration de l'Hôtel Lambert, désormais propriété de la famille royale du Quatar Al-Thani, sur lequel j'ai écrit un article en anglais pour Country Life magazine, et le même incendie s'est déclaré dans la charpente des combles durant la restauration en juin 2013. Denis Lavalle, Conservateur Général du Patrimoine en charge des travaux ainsi qu'Alain Charles Perrot l'architecte n'ont pu manquer de faire un rapport.

Il semble que l'indifférence générale de l'État quant à la préservation du patrimoine en France et son refus d'investir temps et argent dans ce but soient en partie responsable de ce nouveau désastre. Pourquoi n'avoir pas lancé une souscription à cet effet après l'incendie de la cathédrale de Nantes en 1972, celui de l'Hôtel Lambert en 2013 et après le rapport de Vanucci en 2016 pour la prévention de ces catastrophes dans les monuments à haut risque? Il vaut mieux prévenir que guérir. Les dons défiscalisés des milliardaires auraient alors assumé une bien autre dimension philanthropique et symbolique que celle d'une précipitation quasi obscène dans le climat actuel de vouloir afficher une générosité ostentatoire alors que l'évasion fiscale est un sujet de polémique. Leur empressement à vouloir s'inscrire dans la restauration de ce lieu de spiritualité hautement symbolique est aussi une manière de soutenir la politique controversée de l'homme qu'ils ont fait élire et affiche par là même une douteuse vertu.  

C'est le devoir des politiques de motiver un intérêt publique et privé dans la préservation d'un patrimoine rendu encore plus fragile dans une société matérialiste en perte de repères historiques, éthiques et spirituels dont les symboles profonds sont récupérés par la communication, avilis, désacralisés, mis au service d'intérêts privés, comme le démontre chaque jour le présent Président de la République.

Monique Riccardi-Cubitt

Je ne suis ni architecte, ni maçon ou tailleur de pierre, ni sculpteur ou verrier, mais historienne d’art, poète mystique et visionnaire, je ne puis apporter ma pierre à l’édifice de reconstruction de Notre Dame que par ma plume. Voici mon hommage à Notre Dame de Paris, Notre Dame de France, pour tous les Français au coeur en deuil :

 

ODE À LA MADONE

À NOTRE DAME DE FRANCE

 

O Vierge Toute Puissante Reine du Ciel et de la Terre,

j’avais été Votre vestale,Trône de Pureté,

Votre fille,Votre suivante,Votre servante,

cette Enfant de Marie dont j’avais déposé

la couronne tressée de vert feuillage et de pétales blancs,

sur Votre autel au mois de mai.

Je Vous faisais hommage de la blanche aubépine

qui fleurissait les haies,

des fleurs de l’églantine touchées de roseur pudique et virginale,

des grands lis immaculés au parfum enivrant et au profond calice.

Votre emblème, O Marie,Tour de David, est celui de la France,

et nos rois s’exaltaient d'être de Votre Maison d’Or la glorieuse lignée.

Le lis, glaive, épée de Vos chevaliers, il giglio, je l’ai retrouvé à Firenze,

Florence la belle, Florence l’altière,

Santa Maria dei Fiori.

 

Vous êtes de tous les hommes la Mère, la Souveraine,

devant Vous ils inclinent leur tête haute et fière,

les plus grands, les plus humbles, les plus indignes aussi,

Vous adressent leurs prières,

Notre Dame de Lumière.

Pour la Bonne Dame, les plus pauvres, les plus démunis,

trouvent en leur cœur,

un éclair de tendresse, un rayon de bonheur,

la joie, cette richesse, de Vous louer,

O Notre Dame,

de Vous offrir, tel Votre pauvre jongleur,

ce qui en lui est de meilleur.

Sur leurs vielles et sur leurs mandoles,

Vos troubadours Vous chantent leur amour,

dans la vacillante lumière des hauts cierges allumés

monte vers le Ciel, l’encens de leur musique et de leur paroles,

Femme et Vierge Exaltée.

 

O Marie, entre toutes les femmes,

Vous êtes bénie.

Vous êtes le refuge de tous les affligés,

Mère Consolatrice, Mère du Bon Secours,

Notre Dame des Sept Douleurs,

les Mystères de Votre Rosaire égrainés en Votre honneur,

ouvrent les Portes du Ciel.

Étoile du Matin, Étoile de la Mer,

guide du pèlerin égaré sur la terre,

Arche d’Alliance, Rose Mystérieuse et Mystique,

Vierge Noire de l’Égypte antique,

Isis, Ishtar, Astarté, Miriam,

Vous êtes l’Âme du Monde, l’Émanation du Souffle Divin,

créée dès le commencement, et avant tous les temps,

Vous ne cesserai d’être dans la suite des âges.

Trône de Sagesse, Miroir De Justice,

Sophia hiératique,

Vous êtes le Jardin Clos et Enchanté,

la Source Pure et Claire,

le Sceau, le Glaive,

la Flamme, la Clé de l’Illumination

et de l’Amour Divin l’Ultime Connaissance.

 

Passèrent les années,

à Paris en la royale église de Saint Germain l’Auxerrois,

un matin de décembre glacé et désolé,

à Votre autel appelée,

le cœur brisé de douleur et de chagrin,

je Vous renouvelais mes vœux,

O Notre Dame de Bonne Garde,

à nouveau Vous dédiais,

la loyauté et la droiture de ma vie et de mon âme.

La mort avait emporté tous ceux qui m’aimaient,

ma solitude était profonde, mon désarroi sans nom.

C’était Noël et sur la terre de France,

il n’y avait pour moi de havre où reposer,

de bras aimants pour me serrer.

J’entrai sur un chemin étroit et solitaire,

semé de pierres aïgues et acérées,

à la recherche de la Vérité.

 

Je Vous ai visitée dans tant d’églises sombres,

tant de pays, tant de cités.

J’ai suivi Vos pas en Égypte où Vous reposiez

Votre Enfant dans les bras,

à Éphèse où Paul prêcha,

en Votre humble maison, blanche et claire,

dans Vos splendides oratoires,

Notre Dame des Mystères,

à Rome, en Votre antique basilique,

Santa Maria Maggiore,

et celle nouvelle de Medjugorje.

Votre demeure sur cette terre

O Vierge d’Amour,

Votre sanctuaire privilégié,

en France je l’ai trouvé,

Votre Fille Aînée et Bien Aimée.

Les flèches et les tours de nos blanches cathédrales,

élèvent en Votre honneur

leurs pointes et leurs oriflammes vers les Cieux

O Notre Dame.

Nos poètes, nos mystiques, nos artistes,

Vous ont couronnée Reine du Ciel et de la Terre,

leurs mots de lumière,

Claudel, Péguy, le grand Bernard de Clairvaux,

ont chanté Vos louanges,Votre beauté, Votre bonté,

Mère des Cœurs Purs, de la Grâce de Dieu illuminés.

Nos fiers chevaliers, nos maçons inspirés, nos humbles tailleurs de pierre,

Vous ont offert l’hommage des joyaux rutilants de Vos grandes verrières,

O Notre Dame des Mystères.

Vous régnez sur le cœur des Français,

Vous les secourez,Vous les protégez.

 

À Paris, à Chartres, aux Saintes Maries de la Mer,

dans la plus humble de Vos chapelles, dans Vos splendides oratoires,

j’ai célébré Votre Mystère,

sur Vos autels sacrés, la cire blanche allumée remplaçait en lumière,

la senteur des fleurs de mes offrandes premières.

Devant Vous, O Sainte Mère, je laissais couler mes larmes,

en mon âme montait une prière pour tous ceux que j’avais aimé,

et qui m’avaient aimée sur cette terre,

ceux qui dans leur ignorance m’avaient porté souffrance,

qui étaient égarés dans une sombre, dense et lugubre forêt,

je priais pour eux tous,Vierge de Miséricorde,

qu’afin, dans Votre infinie bonté, Vous les secouriez.

 

Le temps tourna, se referma sur lui-même,

Uroboros de la destinée,

je revins vers la blanche chapelle des champs,

où nous allions vêtus de blanc

en procession aux Rameaux odorants du vert buis coupé,

aux Rogations, d’oriflammes et de bannières d’or et d’argent

claquant au vent.

Là, devant Votre autel où j’avais laissé en offrande ma couronne,

là, où tant de fois, agenouillée j’avais prié,

là, Vous m’attendiez, Notre Dame de Pitié,

Votre Fils Bien Aimé, dans Vos bras couché,

ultime offrande du Sacrifice.

 

Je sus en un éclair, une illumination,

que Vous aviez toujours été ma force et mon courage,

ma colonne de Lumière,

que Vous m’aviez guidée et protégée de tant de dangers,

le plus grand d’entre tous eut été, peut-être,

que la haine et la funeste malédiction de ma mère,

m’eussent fait perdre ma Foi et ma Lumière.

 

Et dans la vieille église de ma Première Communion, de ma Confirmation,

devant le grand retable de marbre rouge sang,

je revis d’un regard émerveillé,

la blanche Piéta de marbre taillé,

celle du mystique florentin, de l'artiste inspiré,

celle de Michel Ange pour la Chapelle des Rois de France,

dont l’amour, la ferveur et la dévotion,

m’avait toujours accompagnée de sa protection,

de la France, à Saint Pierre, la grande basilique de Rome,

Ville Éternelle, Sainte Cité,

où m’attendait l’Ultime Révélation de la Splendeur Divine,

la Grâce indicible de l’Illumination.

 

MONIQUE RICCARFDI-CUBITT

Londres, septembre 2005

 

Monique Riccardi-Cubitt

Paris, le 22 avril 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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