Bienvenue dans «le monde d’après»

Joyeux 1er mai ! Le numéro que nous vous présentons ce mois-ci est particulier. Il nous vient de mai 2025. Une période dans laquelle notre société, suite à l’effondrement du capitalisme, est désormais organisée selon les préceptes de l’écologie libertaire et de la démocratie directe. Mais comment cette «possitopie» fonctionne? Retrouvez tous les détails ici en accès libre & gratuit.

Selon K.M. Weigart et R.J. Crews, la « possitopie » est « l'amélioration par rapport à la réalité actuelle et réalisable de manière réaliste, mais

Couverture : dessin de Pluie Acide pour Mouais. Maquette : Morresk. Couverture : dessin de Pluie Acide pour Mouais. Maquette : Morresk.

uniquement si des mesures appropriées sont prises ».

(si vous êtes impatients, vous pouvez sautez l'intro qui suit et directement commencer votre lecture par ici)

« N’ayez pas peur. Je vais tout vous expliquer ».

L’individu était là, devant nous. Coiffé d’une chapka, les yeux couverts par des lunettes d’aviateur. Une épaisse fumée l’entourait encore, venant chahuter celle de nos cigarettes, que nous tenions dans nos mains sans bouger, abasourdis. En entendant le triple bang qui avait précédé cette apparition, le chat, lui, s’était enfui derrière le rideau.

En plein confinement, à l’heure de l’apéro, quelqu’un venait de surgir inopinément dans notre salon. En mépris manifeste de toutes les mesures barrière en vigueur. « Passe-moi le gel hydroalcoolique », murmurai-je à Mahault, qui ne m’entendit pas, les yeux toujours fixés sur l’intrus potentiellement contagieux et qui, horreur suprême, ne portait pas de masque.

C’est alors que, lentement, elle ouvrit la bouche à son tour, pour s’exclamer : « Mais… Steph ? C’est toi ? Qu’est-ce que tu fous là ? »

Car effectivement, tandis que la fumée retombait, nous ne pouvions que constater l’évidence : il s’agissait bel et bien de Stéphane, notre ami, notre éternel compère de Mouais, Télé Chez Moi et de bien d’autres projets, qui trônait au milieu de notre salon, déguisé comme le figurant d’une série Z post-apocalyptique fauchée.

« -Tu as picolé ? -Je vais tout vous expliquer, nom de Zeus », répéta-t-il, enlevant ses lunettes et sa chapka. « Mais d’abord, s’il vous plait, les copaines, permettez-moi de me rouler une clope de votre tabac industriel… En 2025, nous le faisons pousser nous-même, et parfois, ça pique un peu ».

« -2025 ? Qu’est-ce que tu racontes ? », nous exclamâmes-nous de concert, légitiment –du moins je le pense- interloqués. Et il nous raconta.

« Je viens tout droit de 2025, les copaines. La machine à voyager dans le temps que j’ai bricolée à la maison m’a permis d’aller vous rendre une petite visite en 2020, à une époque où, on s’en souvient toustes très bien, nous avons souffert… Mais nous avons voulu venir vous dire : ne vous inquiétez pas, tout ira bien. La période de post-confinement sera difficile, on ne va pas vous mentir. Mais en 2025… Nous vivons dans une société libre, libertaire, écologique, auto-suffisante, auto-organisée. Le capitalisme mondialisé s’est effondré à cause de la crise du covid. Macron a été renversé. Et la preuve de ce que je dis, la voilà ».

Il sortit un document de son ample manteau cache-poussière. Il s’agissait d’une revue papier. Un Mouais. Je le pris de ses mains et, après l’avoir frictionné au gel hydroalcoolique, car on ne sait jamais, nous regardâmes la couverture. Il y était indiqué : « Mouais #62, mai 2025 »

« Tout y est, poursuivit Steph. Comment notre société est organisée. Sur quelles bases nouvelles. Comment elle fonctionne –et elle fonctionne très bien ! Je vous laisse cet exemplaire. Diffusez-le. Afin que tout le monde sache. Moi, je dois y aller. Si je reste trop longtemps, je risque de créer une anomalie dans le vortex espace-temps… »

Il tritura les boutons de la petite machine qu’il avait attachée au poignet. Une épaisse fumée commença à monter autour de lui. Se tournant vers nous, son visage fut illuminé d’un grand sourire, et il prononça ces derniers mots :

« Je vous aime, les copaines. Tout ira bien. Par contre, Macko, j’ai hélas quelque chose de très grave à t’annoncer. Dans deux ans, tu vas… »

Et il disparut, dans un triple « bang ». Je m’exclamai : « Ah l’enfoiré ! »

Nous nous regardâmes.

« -Bon, ben… ça fait au moins un Mouais que nous n’aurons pas à écrire. Et ça nous confirme au moins une chose : Alain Minc dit TOUJOURS n'importe quoi ». Et nous nous nous sommes resservi un verre de vin.

Macko Dràgàn 

                             AU PROGRAMME DE CE MOUAIS :

Ah, il est beau le monde : une mécontente exprime avec verve son dégout de la société de hippies anarchisants dans laquelle, jadis adepte de l’ultra-consommation et du vote Ciotti, elle est désormais obligée de vivre.

Balade dans Nice autogérée : Macko Dràgàn nous fait une visite de la Fédération des Communes Nissartes autonomes, et présente son fonctionnement.

Le jour où la caissière a « su planter » le gestionnaire : pendant la crise, point de bascule de l’anthropocène, nous nous sommes rendus compte que certaines personnes ne servaient à rien, et que les « invisibles » précarisés, dans les lieux de distribution, les usines, les entrepôts, les hôpitaux, étaient les plus utiles à notre économie. Bob revient sur cette révolution, et sur les décisions prises par le CNR de 2022.

Aux balcons, les jardins : Staferla s’extasie devant la richesse collective que constituent désormais les lieux ouverts, rues, places, balcons, jardins collectifs, parcs, dans lesquels nous déambulons, chantons et dansons.

Libres : Tia Pantaï revient sur les luttes des Sauvages, collectif féministe né pendant les émeutes de 2021, et sur les acquis, toujours fragiles certes, de la société post-patriarcale dans laquelle nous vivons désormais.

La manif du turfu : quid des gilets jaunes et autres réfractaires festifs dans une société basée sur l’échange et la parole libre. Les manifestations existent encore, aucune inquiétude ! Mahaut revient sur ces rites carnavalesques et dionysiens qui ponctuent la vie de la cité, exerçant un droit nécessaire à la subversion.

Visite : Vincent PP.P, illustrateur dans Mouais et directeur d’école à ses heures, nous fait une petite visite, comme le titre l’indique, de son établissement fondé sur la liberté pédagogique et l’émancipation.

Pascal Praud, reviens, tout est pardonné : Macko est perplexe. Lui, le punk manouche anar et bougon, il vit dans un monde conforme à ses principes. Et ses ennemis de jadis, les réacs, les macronistes, les éditocrates, finissent presque par lui manquer…

L’étrange créature au rebut : Bob nous narre une histoire incroyable et émouvante : dans une ancienne décharge, une troublante créature cybernétique, mi-ex-maire de la ville, mi-caméra de surveillance, a été aperçu en train de roder, luttant pathétiquement pour sa survie…

Salaire à vie, bonheur à mort : Malsayeur le Médisant nous décrit en détail l’économie de notre société post-capitaliste, fondée sur la contribution libre et éclairée à la vie collective, et sur le salaire à vie.

La balade est libre : anciennement observatrices des crimes de la PAF à la frontière franco-italienne, Anaïs aka la Grenouille Ninja nous dit sa joie de vivre désormais dans un monde où les frontières, ouvertes, et les moyens de transports coûteux et polluants, réduits, donnent à chacune et chacun l’opportunité d’aller s’installer où il le souhaite, par « juste pour voir », mais pour y contribuer à la vie de la cité.

Santa Capelina avec Emmaüs-Roya : ça y est, le monde fonctionne tel que l’abbé Pierre le préconisait ! Administrateur d’Emmaüs-Roya, Kawalight, en ce jour important entre tous du 1er mai et de la Santa Capelina, nous fais l’éloge de ces combats, et, bien sûr, de la poire, toujours délicieuse chez Cédric…

Le milliardaire survivaliste : tout est dans le titre… une nouvelle édifiante d’Esteban.

Mais aussi : une magnifique nouvelle de Louison, 11 ans, un portfolio exclusif des émeutes de 2021 à Toulouse, des chroniques, des mots croisés, un horoscope… Bref, 28 pages bien pesées de pur bonheur possitopiste.

Nous vous rappelons le lien : https://fr.calameo.com/read/006110248c246080b6403

Illustrations : Pluie Acide, Maurice Maubert, Vincent PP.P, Jumlelie, la Grenouille Ninja.

Maquette : Morresk.

Direction de la publication et de la rédaction : collective et horizontale.

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