La presse libre au temps du Corona: passer l’hiver?

C’est fini la bamboche ! Ce second confinement, dû à l’incurie de l’exécutif, est un nouveau coup fatal pour le monde de la culture. Et notamment pour les librairies, et la petite presse libre, contre-pouvoir nécessaire mais privé de ses lieux de diffusion. Comme les expulsables en attente de la fin de la trêve, et comme les p’tits rouge-gorges, nous ne sommes pas sûrs de passer l’hiver…

La petite presse libre, un contre-pouvoir nécessaire

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Alors voilà. Nous étions en train de finaliser notre maquette pour envoi à impression, quand la nouvelle a « fuité » : re-confinement. Ce qui pose de lourdes question : imprimer ? Pas imprimer ? Quel avenir pour nous ?

Notre petit journal au chat noir, 100% libre et 100% fait-maison a un an. Mais ne les fête pas dans les meilleures conditions, c’est le moins qu’on puisse dire… Pas plus que tous nos petits et grands camarades de la « presse pas pareille ». Entre attentats, tempête Alex dans nos vallées, étouffante atmosphère sécuritaire et sanitaire… et, cerise pourrie sur le gâteau avarié, expulsion imminente de notre siège social, rue de la Condamine, en même temps que Macko et Jide, nos journalistes qui habitent dedans.

Mouais, c’est une aventure collective, c’est du bon vieux journal, avec des papiers écrits et des illustrations originales, sortis de nos tripes, de nos émotions, de nos réflexions, de notre désir de lire des textes qui fassent entendre ce qu’on lit trop peu souvent ailleurs, dans des médias mainstream qui nous ont depuis quelques temps bien montré le degré d’ignominie et d’homogénéité idéologique dans l’expression du pire qu’ils étaient capables d’atteindre. Nous prétendons pouvoir faire vivre une parole différente.

Personne ne saurait détenir la vérité, et plutôt qu’une réalité homogène et monolithique, notre monde est celui de la subjectivité, de la diversité, de la différence, de la confrontation, du débat. Quoique le point cardinal du chemin que nous essayons de tracer, comme bien d’autres aujourd’hui, soit bien celui de la tolérance, de la bienveillance, et surtout, de la liberté et de l’amour de la vie. On sait, ça peut paraitre idiot. Mais on pense que nous en avons tous bien besoin, et que la bienveillance peut, doit, n’être ni bête, ni naïve, mais qu’elle est au contraire la clef de l’esprit critique et du vivre-ensemble.

Nous gardons donc toujours la gueule ouverte. Grande ouverte, contre les puissants, ceux qui nous la font à l’envers, les escrocs, bref les ordonnateurs en costume du grand désordre ambiant. Journalistes, nous le sommes toustes. Plus que beaucoup de celles et ceux payés pour l’être, pensons-nous. Et nous voulons continuer à incarner avec fierté ce contre-pouvoir indispensable. Mais nous allons avoir besoin de vous.

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Parce que Mouais, comme tous les autres titres de la presse libre, c’est du boulot. Du gros boulot bénévole.

Dans notre cas, une équipe d’une dizaine de personnes se réunit une à deux fois par mois pour la conférence de rédaction. C’est lors de celle-ci que nous déterminons le sujets et les contenus du ou des prochains numéros. Les textes et les dessins doivent être terminés pour le 15 du mois à peu près. Ensuite, nous utilisons un outil en ligne open source que nous avons installé sur un serveur pour entamer le cycle des relectures : corrections des erreurs de syntaxes, des fautes, etc. Vient alors la phase de maquettage, parce que l’esthétique c’est important, qui représente à peu près 4 jours de boulot INTENSE. La maquette est validée par l’équipe de rédaction, puis part vers l’imprimeur, qui se situe à Nice.

10 jours plus tard, voilà les 500 ou 1000 exemplaires (selon le numéro) en chair et en encre entre nos mains moites. Passé le petit moment d’autosatisfaction, nous voilà parti.es en équipe de deux pour le distribuer dans nos points de diffusion, d'autres gèrent les abonnements, que nous préparons manuellement, en glissant avec amour les exemplaires dans des enveloppes par nous-mêmes imprimées.

La presse libre et les soussous ? Ou comment devenir ni riche ni célèbre.

L’argent, c’est pas le nerf de la guerre, mais ça permet quand même pas mal de choses. On  n’est pas contre les dons en nature, mais c’est pas forcément pratique de transporter un veau jusqu’à nous pour faire un troc. En attendant mieux, voilà comment nous fonctionnons. Tout d’abord, il y a une structure officielle qui « héberge » le journal. Il s’agit de l’Association pour la Reconnaissance des Médias Alternatifs – l’ARMA. Elle permet d’avoir un numéro SIRET, un compte en banque, mais aussi d’éditer des factures, de percevoir des dons, et d’avoir le tarif presse de la poste, sans quoi, cela ne serait pas possible d’expédier des abonnements à un prix raisonnable.

Une fois tout cela mis en place, nous récupérons de l’argent pas trois moyens : d’abord via les points de diffusion (spécialistes de la presse et librairies) qui récupèrent 30% du prix de vente ; pour faire simple, un exemplaire coûte environ 60 centimes à l’impression. S’il est vendu 2€, nous versons 60 centimes au kiosque. Il nous reste donc 2€ - 60ct – 60ct = 80ct. C’est avec cet argent que nous pouvons envisager un peu l’avenir. Maigre récolte n’est-ce-pas ? Nous récupérons aussi de l’argent lorsque nous vendons le journal directement à la criée, à prix libre, lors des manifs par exemple.

Sauf que ça… c’était avant

Car ce nouveau confinement sonne pour nous le glas de tous nos canaux de diffusion alternatifs –notamment, répétons-le à nouveau, nos petites librairies bien-aimées. Ainsi que des concerts que nous organisions pour nous financer. Ne nous reste donc que les abonnements. Le recevoir par la Poste est désormais le seul moyen de lire et de faire vivre notre petit journal, sans doute pas indispensable, mais néanmoins nécessaire dans le paysage médiatique.

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Comme l’est le Ravi, l’Age de Faire, le Diplo, Médiapart, Arrêt sur Images, Médiacités, la Mule du Pape, et tant d’autres que l’Age de faire a rassemblé dans sa magnifique cartographie de la « Presse Pas Pareille », qu’ils nous ont aimablement au­torisés à reproduire pour notre numéro d’octobre, « remédier aux médias », et qui est le fruit du travail de Lisa Giachino, Lydia Robin, Fanny Pageaud, Maya Naruse.

Nous ne voulons pas crever.

Pour résumer, et vraiment désolé si ça fait miséreux : 22€ par an, c’est bon pour votre karma, et ça fait chaud à votre boîte aux lettres lorsque la poste y glisse l’enveloppe bien garnie. En attendant, on voulait quand même en profiter pour vous remercier chaudement, merci de nous lire tous les mois, de nous diffuser, de nous soutenir via vos dons… Et merci à celles et ceux qui rendent possible cette belle aventure !

Le lien est là : https://www.helloasso.com/associations/association-pour-la-reconnaissance-des-medias-alternatifs-arma/paiements/abonnement-mouais

Avant de vous abonner, vous pouvez jeter un œil à tous nos anciens numéros, accessibles en pdf sur notre site, mouais.org

Vous pouvez aussi nous envoyer un petit mot doux à notre adresse (enfin, jusqu'à l'expulsion) au 20, rue la Condamine, avec la mention ARMA, Association pour la Reconnaissance des Médias Alternatifs. On accepte les chèques et les lettres d'amour.

A bientôt dans votre boîte aux lettres ! Et faisons rouvrir nos librairies !

L’équipe de Mouais

Et en plus de notre journal à pas cher, vous pouvez regarder gratuitement et librement nos films documentaires, tel notre petit dernier sur la technopolice : https://www.youtube.com/watch?v=MPI25ckA-7w

 

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