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Billet de blog 20 août 2020

Interpellation «musclée» dans un quartier pop’: récit d’une violence ordinaire

Les faits se déroulent le mardi 4 août, vers 17h, dans un petit commerce à Gorbella, un quartier populaire de Nice Nord. Ils nous ont été relatés, par téléphone puis par voie écrite, par un témoin direct, qui nous a également fait parvenir des vidéos. Coups, menaces, enfants gazés… Antépénultième récit d’une violence ordinaire… du moins, dans les quartiers populaires.

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Quand il entend le terme « violence policière », notre nouveau ministre de l’intérieur, a-t-il dit, « s’étouffe » -une formule semble-t-il choisie pour rendre un hommage ému à Cédric Chouviat, mort assassiné par la police après avoir, par huit fois, prononcé, difficilement, ce « j’étouffe », qui constitua son tout dernier mot.

S’étouffera-t-il également, ainsi que notre maire, qui s’est retrouvé une carrure martiale toute sarkozyste suite aux règlements de comptes récents dans le quartier populaire des Moulins, en entendant le récit qui suit –où, fort heureusement, personne n’est mort, mais qui témoigne des changements profonds à opérer dans une police qu’on peine de plus en plus à pouvoir juger démocratique ?

Notre témoin se trouve alors à proximité d’un commerce. Arrive alors en courant un jeune homme, qui demande de l’aide. Personne ne comprend très bien la situation, jusqu’à ce que celle-ci soit soudainement éclaircie « par l’arrivée de trois policiers municipaux armés de matraques télescopiques et de bombes lacrymogènes ». Ces « gardiens de la paix » (qu’ils nous la foutent, ce sera déjà ça, dirait Coluche) « semblaient avoir pour objectif de blesser le jeune homme arrivé précédemment ».

Notre témoin (précisons qu’il travaille comme éducateur, et aurait pu apaiser les choses), sans préjuger de la gravité du cas du poursuivi, mais voyant qu’il ne représentait aucun danger, tente la voie diplomatique : « Je me suis dirigé vers eux, avec certains clients, en essayant de calmer la situation. Cela s’est fait calmement de la part des personnes présentes, mais les agents ne semblaient pas vouloir écouter… »

L’un d’eux explique alors à notre témoin que le jeune homme doit les suivre. Ce à quoi il répond bien sûr positivement, ne souhaitant pas s’opposer à leur travail, tout en « insistant sur le fait de ranger leurs armes totalement inutiles dans cette situation, sachant qu’aucun danger n’était présent ». Le jeune homme concerné, ainsi que les personnes essayant de calmer le jeu face à des policiers agressifs, « sont alors forcés de reculer jusque devant le commerce par les « feintes » et menaces de coups des policiers », notamment à l’encontre « des clients filmant leurs « travail ».

C’est l’escalade. « Les policiers sont entrés dans le commerce, où des enfants étaient présents pour acheter des sucreries. Là, ils usent une nouvelle fois de gaz lacrymogènes, à l’intérieur même du commerce, touchant alors le commerçant et quelques clients, âgés de 12 ans tout au plus... »

Le jeune homme poursuivi par la police est alors brutalement interpellé. « Une fois entré dans le commerce, ils se jettent littéralement sur lui, lui donnant coup de poing à la tête et écrasant ses jambes. J’ai ouvert les yeux tant bien que mal, et j’ai protégé la tête du jeune homme avec mes bras, mais un des policiers m’a repoussé. »

Conclusion laconique de ce récit par notre témoin : « Le jeune homme s’est fait interpeller sans chaussures, dans un commerce, avec beaucoup de violences inutiles... »

Suite à cela, notre témoin, légitimement interloqué, nous a précisé avoir appelé différents bureaux de postes de gendarmerie et de police. « Tous m’ont orienté vers le chef de brigade du bureau de poste associé à ces gardiens de la paix. Au cours de ces appels, les agents au téléphone m’ont, pour la plupart, raccroché au nez. D’autres m’ont stipulé « qu’ils n’avaient pas à se justifier de leur travail ». Malgré tous mes appels, tous ont refusé de me passer le chef de brigade de ces agents ».

Se « justifier de leur travail » ? Si les policiers avaient à le faire, ça se saurait. Le problème est que le « travail » en question est notoirement de service public, financé par nos impôts, comme celui des professeurs, des infirmières, des pompiers… qui, tous, doivent rendre des comptes devant leur employeur, qui est, non pas le gouvernement français dans ses diverses incarnations, mais les citoyennes et citoyens français eux-mêmes, de toutes croyances, toutes origines sociales et géographiques, de toutes convictions.

Même si on imagine TRES difficilement que ce genre d’exactions policières, qui concerne ici des gens modestes et racisés, ait pu avoir lieu dans le calme feutré d’un beau quartier bourgeois…

Alors, quand nous lisons ce genre de récit, c’est plutôt nous qui étouffons. Littéralement. De rage. Peut-être que le jeune homme dont il est question ici avait commis un délit grave. La justice en décidera. Mais le moins que l’on puisse attendre des mal nommées « forces de l’ordre » est d’être en mesure, faute de danger, de l’interpeller en paix et sans victimes collatérales innocentes.

A moins que nos policiers se rêvent désormais en nouveaux « Juges Dredd », à la fois flics, procureurs, juges et bourreaux ?

Désarmons-les. Et faisons-leur rendre des comptes auprès de nous, citoyennes et citoyens. Il y a urgence.

Macko Dràgàn pour Mouais

Voici l'une des vidéos des faits :

Violence policière à Gorbella

Violence policière à Nice : les cow-boys ont encore frappé (à la tête) Les faits se déroulent le mardi 4 août, vers 17h, à Gorbella, un quartier populaire de Nice Nord. Ils nous ont été relatés, par téléphone puis par voie écrite, par un témoin direct, qui nous a également fait parvenir des vidéos. Quand il entend le terme « violence policière », notre nouveau ministre de l’intérieur, a-t-il dit, « s’étouffe » -une formule semble-t-il choisie pour rendre un hommage ému à Cédric Chouviat, mort assassiné par la police après avoir, par huit fois, prononcé, difficilement, ce « j’étouffe », qui constitua son tout dernier mot. S’étouffera-t-il également, ainsi que notre maire, en entendant le récit qui suit –où, fort heureusement, personne n’est mort, mais qui témoigne des changements profonds à opérer dans une police qu’on peine de plus en plus à pouvoir juger démocratique ? Notre témoin se trouve alors à proximité d’un commerce. Arrive alors en courant un jeune homme, qui demande de l’aide. Personne ne comprend très bien la situation, jusqu’à ce que celle-ci soit soudainement éclaircie « par l’arrivée de trois policiers municipaux armés de matraques télescopiques et de bombes lacrymogènes ». Ces « gardiens de la paix » (qu’ils nous la foutent, ce sera déjà ça, dirait Coluche) « semblaient avoir pour objectif de blesser le jeune homme arrivé précédemment ». Notre témoin (précisons qu’il travaille comme éducateur, et aurait pu apaiser les choses), sans préjuger de la gravité du cas du poursuivi, mais voyant qu’il ne représentait aucun danger, tente la voie diplomatique, « calmement de la part des personnes présentes, mais les agents ne semblaient pas vouloir écouter… » L’un d’eux explique alors à notre témoin que le jeune homme doit les suivre. Ce à quoi il répond bien sûr positivement, ne souhaitant pas s’opposer à leur travail, tout en « insistant sur le fait de ranger leurs armes totalement inutiles dans cette situation, sachant qu’aucun danger n’était présent ». Le jeune homme concerné, ainsi que les personnes essayant de calmer le jeu face à des policiers agressifs, « sont alors forcés de reculer jusque devant le commerce par les « feintes » et menaces de coups des policiers », notamment à l’encontre « des clients filmant leurs « travail ». C’est l’escalade. « Les policiers sont entrés dans le commerce, où des enfants étaient présents pour acheter des sucreries. Là, ils usent une nouvelle fois de gaz lacrymogènes, à l’intérieur même du commerce, touchant alors le commerçant et quelques clients, âgés de 12 ans tout au plus... » Le jeune homme poursuivi par la police est alors brutalement interpellé. « Une fois entré dans le commerce, ils se jettent littéralement sur lui, lui donnant coup de poing à la tête et écrasant ses jambes. J’ai ouvert les yeux tant bien que mal, et j’ai protégé la tête du jeune homme avec mes bras, mais un des policiers m’a repoussé. » Conclusion laconique de ce récit par notre témoin : « Le jeune homme s’est fait interpeller sans chaussures, dans un commerce, avec beaucoup de violences inutiles... » Suite à cela, notre témoin, légitimement interloqué, nous a précisé avoir appelé différents bureaux de postes de gendarmerie et de police. « Au cours de ces appels, les agents au téléphone m’ont, pour la plupart, raccroché au nez. D’autres m’ont stipulé « qu’ils n’avaient pas à se justifier de leur travail ». Se « justifier de leur travail » ? Si les policiers avaient à le faire, ça se saurait. Le problème est que le « travail » en question est notoirement de service public, financé par nos impôts, comme celui des professeurs, des infirmières, des pompiers… qui, tous, doivent rendre des comptes devant leur employeur, qui est, non pas le gouvernement français dans ses diverses incarnations, mais les citoyennes et citoyens français eux-mêmes, de toutes croyances, toutes origines sociales et géographiques, de toutes convictions. Même si on imagine TRES difficilement que ce genre d’exactions policières, qui concerne ici des gens modestes et racisés, ait pu avoir lieu dans le calme feutré d’un beau quartier bourgeois… Alors, quand nous lisons ce genre de récit, c’est plutôt nous qui étouffons. Littéralement. De rage. Peut-être que le jeune homme dont il est question ici avait commis un délit grave. La justice en décidera. Mais le moins que l’on puisse attendre des mal nommées « forces de l’ordre » est d’être en mesure, faute de danger, de l’interpeller en paix et sans victimes collatérales innocentes. A moins que nos policiers se rêvent désormais en nouveaux « Juges Dredd », à la fois flics, procureurs, juges et bourreaux ?

Posted by Mouais on Thursday, August 20, 2020
violence policière à Nice © Mouais

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